Qui se partagera le gâteau de la voiture connectée ?

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La voiture connectée doit permettre de proposer de nouveaux services aux automobilistes. L'enjeu sera de savoir lesquels seront monétisables.
La voiture connectée doit permettre de proposer de nouveaux services aux automobilistes. L'enjeu sera de savoir lesquels seront monétisables. (Crédits : reuters.com)
L'automobile est à la veille d'une double révolution entre la voiture autonome et la voiture connectée. Si une étude du BCG Group évalue à 42 milliards de dollars le marché de la voiture autonome à horizon 2025, en revanche, c'est le marché de la connectivité qui aujourd'hui nourrit les ambitions des constructeurs automobiles. Mais de nouveaux acteurs devraient aussi profiter de ces évolutions.

"L'automobile va plus changer dans les dix prochaines années qu'elle n'a changé pendant les 90 dernières années", résumait il y a peu le cadre d'un grand groupe automobile mondial. Il ajoutait n'avoir qu'une seule certitude : "C'est que la voiture de demain aura encore quatre roues". Et il est vrai que l'automobile est en train de vivre une double révolution : la connectivité et l'autonomie. Tout le monde y va de son chapitre pour tenter d'imposer sa technologie ou encore son standard.

42 milliards de dollars en 2025

Pour l'instant, la voiture autonome en est encore au stade de la prospective. Le Boston Consulting Group (BCG) estime que ce marché pourrait représenter un chiffre d'affaires de 42 milliards de dollars à horizon 2025. Il devrait néanmoins atteindre sa maturité dans plus de 20 ans. Mais les constructeurs et équipementiers ont développé des technologies opérationnelles qu'ils comptent déployer progressivement. La réglementation devrait rester encore longtemps réticente à laisser le conducteur à baisser son attention sur la route. A court terme néanmoins, il est possible d'envisager la mise en service de technologies d'assistance à la conduite.

La bataille de la connectivité a déjà commencé

En attendant, l'industrie automobile est déjà entrée dans l'ère de la voiture connectée, et une véritable économie est en train de se mettre en place. Elle va voir deux mondes radicalement différents se rencontrer : l'automobile et internet. L'enjeu pour eux est de trouver de nouveaux relais de croissance en imaginant de nouvelles frontières à leurs métiers respectifs. Deux enjeux toutefois : élaborer des services monétisables, et comment se partager ce marché.

"Trois acteurs d'univers totalement différents doivent apprendre à travailler ensemble : l'écosystème constructeurs et équipementiers, les géants de la High Tech et les opérateurs télécoms. Il s'agit là d'acteurs qui ont l'habitude d'être leader dans leur domaine d'imposer leurs standards au reste du marché", observe Guillaume Crunelle associé chez Deloitte et spécialiste de l'industrie automobile.

Le monde de l'électronique et de l'internet est déjà à pied d'œuvre. Il n'y a qu'à voir la brutale transformation du Consumer Electronics Show de Las Vegas en janvier dernier. Ce salon consacré aux innovations électroniques était presque entièrement consacré à des produits destinés à l'automobile. "On reste encore dans le domaine de la prospective. Peu d'innovations présentées au CES sont opérationnelles à court terme", relativise néanmoins Guillaume Crunelle. "Pour l'instant, nous n'avons encore rien vu de vraiment concret en matière de nouveaux services qui puissent créer de la valeur monétisable", poursuit-il.

La monétisation, la condition pour un modele

Tout l'enjeu des prochaines années sera donc de trouver le modèle qui permettra de monétiser les services de connectivité. Pour Guillaume Crunelle, le consommateur ne se fait aucune illusion : "quelle que soit la classe d'âge et le pays, le consommateur a compris que la voiture de demain va coûter plus cher ne serait-ce que pour les motorisations plus efficaces". D'après lui, l'automobiliste n'a pas "d'opposition de principe à payer un service à condition que celui-ci apporte quelques choses".

Côté constructeurs, il est également impératif de se positionner sur la connectivité. "Les constructeurs tentent de bâtir un environnement autour de la connectivité afin de renforcer leur image de marque avec des offres Premium dans tous les segments", analyse Hadi Zablit. Ainsi, la connectivité deviendrait l'argument différenciant des voitures classées haut-de-gamme.

Le Big Data attirera toutes les convoitises

Mais, le véritable enjeu pourrait en réalité se dissimuler derrière l'économie dite du Big Data. "Sur le modèle économique, le vrai enjeu sera de savoir de quelle manière les données seront récoltées, par qui, et à quelle fin", avance Hadi Zablit.

"Une grande entreprise qui dispose d'une importante flotte de voitures aurait un grand intérêt à optimiser la gestion de son parc en termes de maintenance, d'approvisionnement en carburant... Cela peut être possible avec la connectivité car celle-ci permet de récolter ce type d'informations et de les traiter", explique Hadi Zablit.

"Sur la clientèle particulière, les constructeurs vont tenter de renforcer la fidélisation et affiner la connaissance client, c'est stratégique pour eux", poursuit-il.

Le sujet crucial sera de savoir qui aura pris la main sur ce big data et les candidats ne manquent pas. Les constructeurs seront ralentis par le souhait des entreprises de disposer de logiciels multimarques, ce qui ouvre un espace pour d'autres acteurs en provenance du monde de l'internet.

Des intérêts divergents mais complémentaires

Dès lors, peut-on imaginer que les constructeurs voient cette valeur leur échapper au profit de start-ups spécialisées ou encore des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) ? Pas nécessairement puisque les deux parties ont des intérêts divergents. Ainsi, même s'ils sont intéressés par le Big Data, le monde de l'internet n'a aucune compétence pour mettre en place des protocoles de diagnostics de réparation automobile. A l'inverse, les constructeurs automobiles n'ont pas de légitimité à vendre des services de contenus (musique, mails...). Hadi Zablit penche donc pour une forme de "cohabitation" entre les deux univers. "Les constructeurs qui ont mis en place des interfaces connectées fermées à des acteurs extérieurs se retrouvent avec des offres peu riches", observe l'analyste.

Ainsi, l'univers automobile devrait être le théâtre d'une bataille économique qui se jouera à coup d'innovations, d'acquisitions et verra peut-être apparaitre un nouvel écosystème de start-ups spécialisées. Une nouvelle page de l'histoire économique s'ouvre aujourd'hui, et la prime sera aux premiers arrivants.

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Commentaires
a écrit le 09/05/2015 à 13:22 :
Toute a fait juste le rédacteur et le dernier paragraphe résume tout.
Combien d'année il a fallu pour "imposer" un "standard" comme le Bluetooth dans les voitures pour qu'on puisses avoir le téléphone mains libres et on voit encore des "riches" zozos avec le téléphone à l'oreille en conduisant des voitures de plus de 100.000 euros sans cette option.
Alors la voiture automatique (encore il faut commencer par avoir la BVA) et autonome pour tout le mode...arr^tez les mecs de vous moquer du monde!!!
a écrit le 05/05/2015 à 13:12 :
"Sur le modèle économique, le vrai enjeu sera de savoir de quelle manière les données seront récoltées, par qui, et à quelle fin" : incroyable ! Personne n'a aucune idée en quoi consisteraient ces "services" que déjà on se demande comment nous escroquer !! Et ça n'offusque personne ... :-(( !
a écrit le 05/05/2015 à 12:42 :
Bonjour,
Tout l'interet de la voiture connecté c'est justement la voiture autonome.
La voiture connectée n'a aucun interet tant qu'il faudra la conduire et donc rester concentré sur la conduite. Cette évolution des équipements prendra tout sons sens dans les cinq ans qui viennent avec les premiers modèles autonomes qui arriverons sur le marché français.
Cela donnera la possibilité aux usagers de ne plus perdre leur temps dans les embouteillage mais également permettra au retraité de recommencer à être mobile sur des trajets simples même s'ils ne peuvent plus conduire.
La connectivité des en automobiles ne reste donc qu'un gadget en attendant que l'automobile devienne autonome et intelligente afin de délivrer l'usager de ce fardeau que de conduire dans les grandes agglomérations françaises bouchées, polluées et monotones.
Ensuite il existe un plaisir de conduire pour une minorité, plaisir qui s'exercera en mode manuel sur les routes de campagnes et de montagne ou encore sur un circuit à l'avenir. Mais pour l'immense majorité des conducteurs la voiture autonome, électrique, connectée et avec une longue autonomie de route sera une réelle délivrance du fardeau moderne des bouchons et de la fatigue au volant après une longue journée de travail.
Réponse de le 05/05/2015 à 13:44 :
Effectivement, Marousan. J'ignore si vous travaillez pour Renault ou PSA, mais il est clair que je m'ennuie quand je conduis. J'espère bientôt pouvoir jouer installé confortablement à mon voland pendant que les autres m'évitent.
Réponse de le 09/05/2015 à 13:14 :
N'importe quoi...allez travailler en industrie pour savoir au moins que l'industrie automobile ne fait depuis cinquante ans que du face lifting.
A voir ce qui est "rêvé" et "proposé" on voit tout de suite que c'est prestement invendable et commercialisable (en grosses séries, sinon on ne fait que perdre de l'argent) au vu de l'état des infrastructures routières et de la législation du code de la route.
Les naïfs sont à manœuvre de la science fiction!!
a écrit le 05/05/2015 à 10:45 :
Une connexion de plus pour les services de renseignements nationaux et étrangers.
a écrit le 05/05/2015 à 9:22 :
dit autrement, la voiture du futur sera equipee de mouchards qui permettront de savoir qui est dedans, ou vous allez, a combien vous roulez, pendant combien de temps ...
Comme ca vous allez recevoir des pub de mac do quand vous etes dans votre voiture car le systeme a vu qu il y un enfant dans la voiture, que vous etes pas loin d un mac do et que vous roulez deja depuis 2 h
Que du bonheur !
Réponse de le 05/05/2015 à 13:48 :
Vous avez bien vu le truc, Cdf. Là, j'ai déjà été obligé d'envoyer balader un assembleur automobile qui me gavait de SMS. Et regardez le truffage de pubs que ce sont les logiciels d'itinéraires. Bientôt, nous serons envahis de "fidélisations" vomitives.
a écrit le 05/05/2015 à 7:47 :
Il faudra veiller comme pour les livres et la musique que l'un des acteurs n'impose pas à ses clients l'interdiction de commercialiser des propositions gratuites ou moins chère que la sienne.

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