Voiture électrique : Renault sécurise ses approvisionnements de cobalt au Maroc

La marque au losange a signé un contrat d'approvisionnement en cobalt produit au Maroc. Après le lithium et le nickel, Renault sécurise ainsi l'approvisionnement de ces composés indispensables à la fabrication des batteries et à la transition vers l'électrique d'une partie de ses véhicules. D'autant plus nécessaire que les besoins en minerais vont fortement augmenter dans les années à venir. Explications.
Le contrat prévoit la livraison de 5.000 tonnes de sulfate de cobalt par an pendant sept ans, à partir de 2025.
Le contrat prévoit la livraison de 5.000 tonnes de sulfate de cobalt par an pendant sept ans, à partir de 2025. (Crédits : SARAH MEYSSONNIER)

C'est l'un des composants essentiels des batteries électriques pour lesquels tout le secteur bataille en raison des difficultés d'approvisionnement de ces derniers mois : le cobalt. Pour pallier ce problème, Renault a annoncé ce mercredi 1er juin avoir signé un contrat d'approvisionnement de ce minerai avec le groupe marocain Managem Group.

Si le montant n'a pas été communiqué, ce contrat prévoit la livraison de 5.000 tonnes de sulfate de cobalt par an pendant sept ans, à partir de 2025. La production se fera à partir de minerai de cobalt à « bas carbone », grâce à l'utilisation de 80% d'énergie d'origine éolienne mais également via la revalorisation des matériaux de batteries en fin de vie. Ce contrat permettra notamment à Renault d'atteindre son objectif de baisse de l'empreinte carbone de ses batteries, fixé à 20% d'ici à 2025 et 35% d'ici à 2030 par rapport à 2020.

Le groupe français s'assure « ainsi un approvisionnement plus proche de notre écosystème de fabrication de batteries électriques en Europe et à bas carbone », s'est félicité le directeur des achats de l'alliance Renault-Nissan, Gianluca De Ficchy.

Cet accord vient par ailleurs compléter les investissements de Renault au Maroc, qui devraient atteindre au total 2,5 milliards d'euros en 2025, pour un objectif total de 3 milliards d'euros.

Un pôle électrique dans les cartons

Renault, qui cherche à accélérer l'électrification de sa gamme, travaille parallèlement depuis février à la création d'une entité dédiée, séparée de ses activités thermiques, « afin d'en renforcer l'efficacité et la performance opérationnelle ». Un choix déjà fait par certains de ses concurrents, à l'image de Volvo et sa branche dédiée Polestar ou encore Ford et ses activités électriques rassemblées sous l'appellation "Model e".

Le pôle électrique de Renault devrait se situer en France quand son pôle thermique sera installé à l'étranger. Chacun compterait 10.000 salariés à horizon 2023, soit environ un cinquième de son effectif au niveau mondial, a indiqué le groupe mi-mai.

Lire aussi : Renault veut filialiser ses activités électriques pour mieux les valoriser en Bourse

L'entité autonome "Véhicules Électriques et Software" comprendrait les activités françaises d'ingénierie (une partie du Technocentre de Guyancourt, le Renault Software Lab, le site de Lardy (Essonne) et d'autres sites à l'étude en Île-de-France), d'industrie (les trois usines de son ElectriCity ainsi que celle de Cléon, dans le nord), ainsi que les fonctions support liées à ces activités.

Une autre entité rassemblerait ses activités et ses technologies de moteurs et transmissions thermiques et hybrides basées hors de France, avec ses usines de moteurs espagnoles, portugaise, turque, roumaine, brésilienne, chilienne, ainsi que des centres de recherche en Espagne, Roumanie, Turquie et au Brésil.

La marque au losange devrait présenter les conclusions de ces réflexions aux investisseurs à l'automne 2022.

Bataille de métaux

Les constructeurs mondiaux se livrent en tout cas une concurrence féroce afin de sécuriser leurs approvisionnements en métaux rares nécessaires à la fabrication des batteries et à la transition vers l'électrique de leur gamme de véhicules. Le constructeur américain de voitures électriques Tesla a, par exemple, signé un méga-contrat pour le nickel de Nouvelle-Calédonie.

En octobre dernier, Renault avait lui-même annoncé un contrat d'approvisionnement en nickel avec le groupe finlandais Terrafame, après un autre contrat, pour le lithium cette fois, avec l'allemand Vulcan Energy.

Néanmoins, l'Union européenne risque d'être confrontée à des problèmes d'approvisionnement en métaux dès 2030. Les pays misent en effet sur ces matières pour remplacer les hydrocarbures et atteindre la neutralité carbone en 2050. Ce qui induit une augmentation considérable des besoins.

Les chercheurs de l'université KU Leuven, pour Eurométaux, l'association européenne des producteurs de métaux, ont fait les calculs en se basant sur les plans industriels prévus sur le continent. Ainsi, l'UE aura besoin, en 2050, de 800 000 tonnes par an de lithium, soit 35 fois plus qu'aujourd'hui. C'est deux fois plus pour le nickel. Quant au cobalt, les estimations tablent sur +330%, +33% pour l'aluminium, +35% pour le cuivre, +45% pour le silicium, de +10 à 15% pour le zinc.

« La bonne nouvelle », d'après les chercheurs, est que d'ici à 2050, 40 à 75% des besoins pourraient être couverts par le recyclage, si l'Europe investit rapidement dans les infrastructures, relève ses taux de recyclage obligatoire et s'attaque aux goulets d'étranglement à venir. Mais dans l'intervalle, elle « s'expose à des manques critiques sur les 15 prochaines années faute de plus grandes quantités de métaux pour accompagner les débuts de son système énergétique décarboné », soulignent-ils.

Aujourd'hui, l'UE dépend des importations pour l'essentiel des métaux, par exemple de la Russie pour l'aluminium, le nickel ou le cuivre. Ces dix prochaines années, Chine et Indonésie vont dominer le boom des capacités de raffinage des métaux pour batteries, souligne le rapport, qui recommande que l'Europe se lie à des fournisseurs responsables, en matière sociale et environnementale.

(Avec AFP)

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Commentaires 2
à écrit le 03/06/2022 à 9:05
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Beaucoup de bonnes raisons pour s'intéresser à autre chose que le tout électrique. Ou en est-on, sur le plan international, dans les recherches relatives à l'injection directe d'H2 dans des moteurs thermiques ? Ceci en substitution de la trilogie que...

à écrit le 02/06/2022 à 12:19
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Cela semble ridicule de nous annoncer cela sachant que le Maroc est un pays voisin mais cela rassure toujours les joueurs de casino que sont les "actionnaires"!

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