Comment le business de la durabilité des infrastructures va booster Socotec

Spécialiste de la gestion des risques dans la construction et les infrastructures, le groupe Socotec vient de doubler son chiffre d'affaires de 2016. Présent dans vingt-trois pays, le spécialiste français du testing, de l'inspection et de la certification entend accélérer son européanisation. A La Tribune, son président exécutif Hervé Montjotin dévoile ses prochains objectifs.
César Armand

7 mn

Hervé Montjotin est président directeur-général de Socotec depuis 2016.
Hervé Montjotin est président directeur-général de Socotec depuis 2016. (Crédits : Socotec)

LA TRIBUNE - Vous annoncez avoir passé le cap du milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2021 et avez déjà réalisé trois acquisitions depuis fin décembre. Quelles sont les perspectives du groupe pour 2022 ?

HERVÉ MONTJOTIN - Nous sortons renforcés d'une année 2021 marquée par l'élimination complète de l'impact Covid de 2020 dans nos chiffres, et notamment du premier confinement pendant lequel l'activité s'est totalement arrêtée en France. Avec 5% de croissance par rapport à 2019, année de référence, c'est probablement l'une des croissances annuelles les plus significatives dans le paysage des acteurs du testing, de l'inspection et de la certification.

Nous passons ainsi le cap symbolique du milliard d'euros de chiffre d'affaires, soit le double de celui d'il y a cinq ans. C'est notamment le fruit de onze acquisitions en 2021, et d'une première en 2022 qui vient d'être finalisée début janvier.

Aux Pays-Bas, nous venons d'acheter Inpijn Blokpoel, qui opère dans le marché des infrastructures et de la géotechnique, six mois après Hanselman Groep spécialisé dans la conformité des bâtiments. Cela va nous permettre de réaliser 25 millions d'euros de chiffre d'affaires supplémentaires et d'ouvrir une sixième plateforme, en plus de la Grande-Bretagne (170 millions de CA, ndlr), de l'Allemagne (130 millions), des Etats-Unis (120 millions), de l'Italie et de la France.

Dans les Hauts-de-France, nous venons de racheter Urbads et Urbycom. Leur savoir-faire dans l'urbanisme et l'externalisation de l'instruction des permis de construire et demandes d'autorisations d'urbanisme devraient nous permettre d'accompagner la sortie des goulets d'étranglement actuels sur les permis de construire de logements neufs. En Allemagne, nous avons fait l'acquisition de Pfeifer, une société avec des équipes disposant d'expertises reconnues dans la structure et physique du bâtiment.

2022 s'inscrira dans cette continuité, grâce à des moteurs de croissance bien établis avec en particulier une activité infrastructures qui représentent déjà 30% de notre activité.

Combien et comment ?

Il est trop tôt pour vous répondre mais à l'heure où la transition environnementale et énergétique devient un sujet majeur pour la filière, nous avons un pipeline de grands projets qui est plutôt bon, tant en matière de croissance organique que de croissance externe.

En croissance externe, nous ciblons notamment l'Espagne où nous ne sommes pas encore présents, de même que nous nous attachons à déployer notre gamme de services dans les pays où nous sommes déjà implantés en Europe, et aux États-Unis.

Avec la France, ces cinq pays (dont les Pays-Bas) représentent 95% du chiffre d'affaires du groupe, mais les dix-huit autres où nous opérons font eux aussi l'objet de toutes nos attentions.

Donc l'objectif 2024 de réaliser 1,4-1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires est toujours d'actualité ?

La performance de 2021 nous a remis sur les rails beaucoup plus vite que ce que nous imaginions à la fin du premier semestre 2020. Nous visons effectivement un chiffre d'affaires fin 2024 autour d'1,4 milliard d'euros, avec un objectif d'avoir 40% du CA réalisé en France et 60% à l'international, contre 90-10% il y a encore cinq ans et 50-50 aujourd'hui.

En France, avec 500 millions d'euros de chiffre d'affaires, vous détenez déjà 20% des parts de marché. Que vous faut-il de plus ?

Effectivement nous avons une position de marché solide et les relais de croissance qu'apportent les transitions environnementale et énergétique vont probablement apporter de nouvelles opportunités.

Est-ce grâce à la nouvelle réglementation des bâtiments neufs dite « RE2020 » entrée en vigueur le 1er janvier 2022, ou au décret tertiaire qui impose aux propriétaires bailleurs et occupants de surfaces de plus de 1.000 mètres carrés à réduire leurs consommations d'énergie sur la base de celles de 2010 : -40% en 2030, -50% en 2040 et -60% en 2050 ?

Ces nouvelles exigences réglementaires apportent des opportunités pour tous les opérateurs dans le secteur du bâtiment. Le marché pivote sous l'effet des besoins de réduction des émissions gaz à effet de serre et la filière construction n'y échappe pas. Tous les acteurs : constructeurs, propriétaires, promoteurs, investisseurs sont désireux d'accompagner la réduction de l'empreinte carbone des bâtiments. Nous apportons des solutions allant de l'assistance à la maîtrise d'ouvrage en passant par le conseil à travers ses différentes filiales en France.

C'est le sens de votre raison d'être: « Building trust for a safer and sustainable world » qui signifie « Construire la confiance pour un monde plus sûr et durable ». Concrètement que proposez-vous ?

Le meilleur moyen de diminuer les émissions de CO2 consiste à produire des ouvrages qui durent plus longtemps ou à reconvertir des actifs obsolètes, comme les bureaux en logements.

Par exemple, l'inspection d'ouvrages d'art. Dans un contexte de vieillissement des infrastructures partout dans le monde, et des crises qui parfois l'accompagnent (comme l'effondrement du Pont Morandi à Gênes), notre raison d'être fait écho aux enjeux de durabilité des infrastructures et des ouvrages d'art.

Pour nous, accompagner cet enjeu de durabilité est une priorité. 15 à 20% des ponts se trouvent à risque en France, et nos solutions de monitoring apportent des réponses concrètes pour prévenir les risques et réaliser de la maintenance prédictive.

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La fédération nationale des travaux publics (FNTP) chiffre, elle, la neutralité carbone du secteur entre 500 et 900 milliards d'euros d'ici à 2050. Qu'en pensez-vous ? Jugez-vous la volonté politique suffisante dans ce domaine ?

Nous ne commentons pas ces montants, mais une chose est sûre : même si la chaîne de valeur, qui compte un nombre colossal d'intervenants, va devoir se réorganiser, la construction et les travaux publics se sont mis en mouvement à un rythme totalement inédit.

Les efforts de la filière sont mal reconnus. Il y a comme une espèce de contradiction entre des maires qui ne veulent plus bâtir et un déficit de logements pour les citoyens. C'est probablement temporaire. C'est tout un parc immobilier qui a besoin d'être produit, repensé et rénové.

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Quand cette prise de conscience va-t-elle se produire ?

Le réel va s'imposer. C'est un sujet qui touche tout le monde au quotidien, à commencer par les jeunes qui n'arrivent pas à se loger.

Outre la chute de la construction neuve et la réticence des élus à délivrer des permis, l'équation n'est-elle pas a priori insoluble entre l'interdiction progressive des passoires thermiques à la location et la future zéro nette artificialisation des sols ?

La non-artificialisation des sols renvoie à l'enjeu de densification des territoires de la ville et des métropoles.

Pour autant, les collectivités sont désireuses de repenser leur territoire et d'apporter des solutions concrètes. Ainsi, les réflexions autour du recyclage du foncier et des friches nous offrent aussi des opportunités. Nous savons proposer des prestations d'évaluation de la pollution des sols préalablement à un projet de construction et l'accompagnement des maîtres d'ouvrage dans le réaménagement de celles-ci.

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César Armand

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