Bâtiment : Holcim acquiert le Vendéen PRB pour s'imposer sur le marché de la rénovation

Et de trois ! Après s’être offert le japonais Firestone Building Products en janvier 2021 et l’américain Malarkey Roofing Products en décembre dernier pour près de 4 milliards d’euros, le producteur suisse de béton, de granulats et de ciment Holcim vient d’annoncer l’acquisition du vendéen Produits de revêtements du bâtiment (PRB). Objectif pour Holcim : conquérir le marché français mais aussi rattraper son retard sur ses concurrents Saint-Gobain et Sika.
César Armand

6 mn

PRB, spécialiste des façades, des colles, des sols, des peintures et de l'isolation, vient compléter la gamme verte du suisse.
PRB, spécialiste des façades, des colles, des sols, des peintures et de l'isolation, vient compléter la gamme verte du suisse. (Crédits : Sncf réseau)

Depuis le début de la crise sanitaire, ce ne sont pas des millions mais des milliards d'euros d'argent public qui sont fléchés vers le bâtiment. Outre 1,05 milliard d'euros pour la construction - 300 millions pour les maires bâtisseurs et 750 millions pour le recyclage des friches -, 8 milliards ont été alloués à la rénovation des bâtiments publics et privés.

4 milliards d'euros ont en effet été affectés aux bâtiments publics, 4 milliards aux logements privés - dont 2 dans la loi de finances 2022 - et 700 millions aux logements sociaux depuis le lancement de France Relance en septembre 2020.

3ème acquisition en un an

Logiquement, les producteurs de béton, de granulats et de ciment suivent la tendance. Pour la troisième fois en un an, le suisse Holcim casse sa tirelire pour acquérir l'autoproclamé premier fabricant français indépendant d'enduits de façade et troisième producteur de mortiers techniques en France.

Après avoir acheté le japonais Firestone Building Products en janvier 2021 pour 2,9 milliards d'euros et l'américain Malarkey Roofing Products, pour plus d'1,2 milliard, l'acquéreur de Lafarge en 2015 vient de s'offrir le vendéen Produits de revêtements du bâtiment (PRB).

« Parmi les leaders du marché de façade et de l'isolation par l'extérieur, c'est une entreprise familiale indépendante ancrée localement mais qui rayonne nationalement grâce à des mortiers techniquement pertinents sur la construction neuve et la rénovation,», explique, à La Tribune, un porte-parole d'Holcim France.

Un chiffre d'affaires de 340 millions d'euros

Le montant de l'opération reste secret, mais avoisinerait le milliard d'euros pour une clôture prévue à la fin du premier trimestre-début du deuxième trimestre 2022. Aux manettes depuis sa création en 1975, la famille Laurent empoche la mise et garde le management. « Nous ne toucherons pas non plus à l'emploi (700 salariés, Ndlr)», ajoute-t-on chez Holcim France.

Avec un chiffre d'affaires de 340 millions d'euros et une croissance annuelle à deux chiffres - selon les données communiquées par son nouveau propriétaire - PRB, spécialiste des façades, des colles, des sols, des peintures et de l'isolation, vient compléter la gamme verte du suisse.

« C'est une nouvelle étape enthousiasmante pour le développement de notre branche Solutions & Produits et le déploiement de notre "Stratégie 2025 d'accélération de la croissance verte », a déclaré Jan Jenisch, directeur général d'Holcim, dans un communiqué.

Un achat qui s'impose dans le contexte actuel

En réalité, cette feuille de route, qui consiste à évoluer d'un métier de producteur de matériaux à celui d'agrégateur de solutions avec accompagnements, conseils et services, s'impose de facto dans le contexte réglementaire actuel.

Le 1er janvier 2022, la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs dite « RE2020 » est entrée en vigueur. Tous les matériaux de construction pourront encore être utilisés mais à condition, qu'à horizon 2031, « les matériaux plus usuels comme la brique et le béton se soient décarbonés ».

« Avec son leadership en écoconception et en développement durable, le groupe PRB apporte des réponses essentielles à la nouvelle réglementation environnementale française pour la construction, entrée en vigueur au 1er janvier 2022 et destinée à renforcer l'efficacité énergétique et la performance carbone des bâtiments », souligne d'ailleurs Holcim France.

Holcim veut rattraper son retard sur Saint-Gobain...

Il semble aussi que le producteur suisse veuille rattraper son retard sur Saint-Gobain. Le groupe coté au CAC 40 s'est offert, dès novembre 2019, Continental Building Products (CBP), acteur majeur du plâtre outre-Atlantique, pour 1,3 milliard d'euros.

De la même manière que le fabricant et distributeur français de matériaux de construction et de verre a signé, le 6 décembre dernier, un chèque de 2 milliards d'euros pour mettre la main sur GCP Applied Technologies. Cette plateforme mondiale est notamment reconnue pour ses solutions d'imperméabilisation pour les infrastructures, le commercial et le résidentiel. Mais aussi pour ses additifs pour ciment et adjuvants pour béton.

Que ce soit Holcim ou Saint-Gobain, tous deux entendent également rester des industriels de la construction... décarbonée. En mai 2021, l'industrie cimentière s'est engagée, auprès du gouvernement, à baisser de 25% ses émissions à horizon 2030 et de 81% d'ici à 2050 ses émissions de gaz à effet de serre. Objectif final: rien de moins que la neutralité carbone dans vingt-huit ans.

... ainsi que sur son compatriote Sika

Tous les moyens sont donc bons pour réduire l'empreinte écologique du béton classique qui contient 88% de granulats et de sable ainsi que 12% de ciment, responsable à lui tout seul de 98% des émissions de gaz à effet de serre du béton.

Dès mai 2021, Saint-Gobain a ainsi dépensé 1,02 milliard d'euros pour se procurer l'entreprise Chryso, autoproclamée « leader mondial de la chimie de la construction » et, jusqu'en 2001, la propriété de Lafarge - désormais dans le giron d'Holcim -.

Suivie par son compatriote suisse, le fabricant de colles pour le bâtiment, mortiers et produits d'étanchéité Sika - dont Saint-Gobain détenait jusqu'à peu 10% du capital - qui a posé sur la table 5,2 milliards d'euros le 11 novembre dernier pour prendre MBCC Group. Cette ancienne branche de chimie de construction du groupe allemand BASF s'ajoute à Parex, payé 2,3 milliards d'euros en 2019.

« Nous ne faisons pas la course, nous serons co-leaders sur ce marché estimé à 60-70 milliards d'euros. Il reste encore quelques opportunités », soulignait, début décembre, le directeur général de Saint-Gobain.

« Nous ne fabriquons pas le béton et le ciment, mais sachant que nous n'allons pas vivre un monde de la construction sans béton, nous leur permettons de décarboner leur offre », poursuivait Benoît Bazin.

« Le marché de la rénovation et de l'isolation est en forte croissance »

Le producteur de béton, de granulats et de ciment Holcim le sait et a annoncé dès le 1er décembre 2021 entrer au capital de l'isérois CCB Greentech pour remplacer le gravier et le sable par du bois. Avec Produits de revêtements du bâtiment (PRB), le Suisse se dote de mortiers et d'enduits de façade a priori beaucoup moins émetteurs de CO2.

« Cela rééquilibre le bilan carbone à l'échelle du groupe », admet le porte-parole français. « Le marché de la rénovation et de l'isolation est en forte croissance », conclut-il.

Lire aussi 7 mnRE 2020: "Il n'y a pas eu assez de concertation" Gremillet et Petry font le même constat

César Armand

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Commentaire 1
à écrit le 11/01/2022 à 18:49
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Ahhhh souveraineté économique et industrielle, quand tu nous tiens !!

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