Autoroutes : APRR, Vinci et Sanef accélèrent sur la décarbonation

Les 12.000 kilomètres d'autoroutes concentrent 30% des kilomètres parcourus et 25% des émissions de gaz à effet de serre des transports. Vinci Autoroutes estime la facture entre 60 et 70 milliards d'euros. APRR (groupe Eiffage) et Sanef sont également en bonne voie.
César Armand

7 mn

Coût moyen d'une station avec cinq bornes très haute puissance - 15 minutes de recharge - : 700 à 800.000 euros entre le raccordement électrique, les bornes, les transformateurs et le génie civil des travaux.
Coût moyen d'une station avec cinq bornes très haute puissance - 15 minutes de recharge - : 700 à 800.000 euros entre le raccordement électrique, les bornes, les transformateurs et le génie civil des travaux. (Crédits : Crédits : Clicsouris/Wikimédia Commons/CC)

Ce sont des infrastructures autant détestées qu'appréciées. Pour les uns, à l'image de la maire (EELV) de Strasbourg, elles constituent « une catastrophe écologique ». Pour les autres, comme le Premier ministre Jean Castex, « elles sont essentielles au développement de notre pays, à l'aménagement du territoire ».

« Améliorer les routes, c'est améliorer très concrètement le quotidien de nos concitoyens (...), la République a le devoir d'agir pour tout le monde pour désenclaver et desservir certains territoires. Il est (...) de notre devoir de continuer à investir dans les routes, d'autant que celles-ci ont une mauvaise réputation du point de vue écologique », a ajouté le 11 décembre, le locataire de Matignon, lors de l'inauguration du contournement ouest de Strasbourg (A355).

1% du réseau, 30% des km et... 25% des GES

Avec leurs 12.000 kilomètres, les autoroutes ne représentent que 1% du réseau français, mais concentrent 30% des kilomètres parcourus et 25% des émissions de gaz à effet de serre des transports. D'autant qu'au regard d'une enquête réalisée par Ipsos auprès de 1.003 Français pour la Fabrique de la Cité (groupe Vinci) publiée le 6 janvier, la voiture reste, pour 75% des sondés, le mode de transport le plus utilisé au quotidien.

Dans le même temps, 48% du panel, même 60% en zone périurbaine, considèrent que leur façon de se mouvoir n'est pas écologique, tant est si bien que 91% veulent réduire leur impact. 59%, et même 69% en zone rurale, se déclarent ainsi prêts à monter dans un car au départ d'un parking d'une autoroute/voie rapide près de chez eux. De la même manière que 53% se disent « intéressés » pour des voies réservées pour le car ou le covoiturage.

Objectif: -28% en 2030

En réalité, ces discours et ces études interviennent dans un contexte de stratégie nationale bas-carbone. En termes de mobilité, celle-ci impose une baisse de 28% des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030 avant la neutralité en 2050. Vinci Autoroutes (4.443 km) a été le premier à communiquer fin novembre, mais sollicités par La Tribune, APRR (Autoroutes Paris-Rhin-Rhône, 2.323 km) et Sanef (1.957 km) avancent aussi en ce sens.

« La route a longtemps été l'impensé des politiques de décarbonation. On a longtemps pensé aux voitures sans réfléchir aux infrastructures », déclare Christophe Hug, directeur général adjoint de Vinci Autoroutes et directeur de la maîtrise d'ouvrage.

« Il ne s'agit pas uniquement d'aller vers la neutralité carbone, mais d'atteindre la neutralité climatique, c'est-à-dire celle qui préserve l'environnement dans son ensemble », appuie Patrice Geoffron, professeur d'économie à Paris-Dauphine et spécialiste de la transition bas carbone, associé au travail.

Entre 60 et 70 milliards d'investissements avant 2025

Pour la filiale de la multinationale du BTP, cela nécessitera d'investir 5 à 6 milliards d'euros pour un tronçon de 1.000 km, soit entre 60 et 70 milliards d'euros pour l'ensemble du réseau autoroutier avant 2025. Les principaux investissements devront être fléchés vers la décarbonation des poids lourds, l'électrification de la mobilité d'énergie, la résilience et le « free flow ».

Par flux libre, il faut lire la fin des barrières de péage et leur remplacement par des portiques aériens bardés de capteurs qui liront la catégorie du véhicule - camion ou voiture individuelle -, sa plaque d'immatriculation, sa position sur la chaussée... La Sanef vient par exemple d'annoncer le démantèlement des quatorze péages des 210 km de l'A13-A14 Paris-Normandie.

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Le paiement se fera via le badge de télépéage ou l'intermédiaire d'une application, ou bien par Internet, téléphone ou dans des points de vente physique. Objectif : en finir avec les stop-and-go des véhicules, la Sanef évaluant l'empreinte carbone de ses clients à 6,5 millions de tonnes par an, contre 100.000 tonnes pour elle-même.

« Les émissions de CO2 de nos clients sont 300 fois plus importantes que les émissions liées à notre activité », confirme Guillaume Hérent, directeur général délégué du groupe APRR (groupe Eiffage).

100% d'aires équipées en bornes fin 2022

Véhicules utilitaires légers, voitures et poids lourds continueront de s'arrêter, notamment pour se réalimenter en énergie. La réglementation impose en effet aux concessionnaires autoroutiers de déployer des bornes de recharge électrique interopérable sur toutes leurs aires d'ici à fin 2022. Coût moyen d'une station avec cinq bornes très haute puissance - 15 minutes de recharge - : 700 à 800.000 euros entre le raccordement électrique, les bornes, les transformateurs et le génie civil des travaux.

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Vinci Autoroutes, qui assure avoir équipé 54% de ses aires, réfléchit déjà à la reconfiguration des places de stationnement et au schéma des flux. Ou encore à l'utilisation du badge de télépéage comme moyen de paiement. Pour gérer les pointes de consommations, la filiale de la multinationale du BTP songe même à des bornes mobiles sur roulettes.

Des stations mobiles, APRR, qui revendique l'ouverture la première station de GNL sur l'A46 avec Shell moyennant 1,2 million d'euros, y pense pour l'alimentation en hydrogène des poids lourds. Son DG délégué Guillaume Hérent participe à des groupes de travail sur cette énergie à l'échelle européenne, notamment sur le corridor Allemagne-Espagne, où il est en discussion pour six implantations avec des territoires moteurs comme la métropole de Dijon.

« La solution ne peut être qu'européenne et coordonnée », abonde Julien Pointillart, directeur délégué Environnement et RSE du groupe Sanef.

Economie circulaire, biodiversité et protection de l'eau

Ce cadre rattaché au directeur général applique par ailleurs déjà les recommandations de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) sur la décarbonation des enrobés, ces couches de bitume appliquées les unes sur les autres pour créer sur la route. Dans ses appels d'offre, il inscrit des taux de recyclage minimal des composants.

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Dans cette logique de préservation des ressources, APRR évoque la maîtrise de l'épandage de sel en hiver. Vinci Autoroutes vient, lui, d'inaugurer un échangeur multimodal sur l'A10 qui permet aux particuliers de laisser leur voiture sur un parking avant de monter dans un bus qui circule sur une voie réservée. A la clé, une heure de trajet économisée et près de 50% de CO2 en moins.

Tous trois, APRR, Sanef et Vinci Autoroutes, déclarent, enfin, agir sur la biodiversité et la préservation des milieux aquatiques. Et promis, cela ne coûtera pas plus cher aux usagers : l'Etat subventionne l'installation de bornes, tout comme la loi tarifaire qui les régit est reine en matière de tarification des péages.

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César Armand

7 mn

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Commentaires 2
à écrit le 09/01/2022 à 11:40
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Avec le changement climatique et l'épuisement de nos ressources, chaque personne qui a un emploi stable sur un site à plus de 5km de chez elle représente un échec de notre civilisation. Le suicide collectif en marche ...

à écrit le 08/01/2022 à 9:28
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La gestion des routes est une énième aberration venant de politiciens ouvertement irresponsables qui permettent aux camions une charge et donc une capacité de destruction supplémentaire de nos infrastructures routières parce qu'il n'y a pas que les r...

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