Étudiants architectes : la « génération climat » veut une construction frugale
Patrick Cappelli
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Photo d'illustration
Rachel Mc Dermott / unsplash
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Qui seront les futurs Jean Nouvel, Renzo Piano, Ieoh Ming Pei, Frank Gehry, Zaha Hadid, Rem Koolhaas, Norman Foster, ces « starchitectes » concepteurs de bâtiments audacieux, innovants et parfois controversés ? Peut-être personne, tant les actuels étudiants en architecture rejettent tout effet « waouh » dans la construction. Ils privilégient la rénovation, la frugalité, les nouveaux matériaux, pour une architecture moins polluante et avide en ressources naturelles. Une « génération climat » très consciente des enjeux : le secteur du BTP représente 43 % de la consommation énergétique et 23 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) selon le ministère de la Transition écologique. Plus question de bâtir des tours géantes ni de privilégier le béton dont le composant principal, le ciment, pèse 7 % des émissions de CO2. Les aspirants architectes ne semblent plus fascinés par les réalisations prestigieuses comme le musée national du Qatar en forme de rose des sables géante de Jean Nouvel ou la tour Burj Khalifa et ses 828 mètres de béton, d'acier et de verre de l'agence américaine SOM spécialisée dans les gratte-ciel. « Il est bien sûr difficile de généraliser. Parmi nos étudiants, il existe une avant-garde très engagée, consciente des problèmes écologiques et du rôle que peuvent jouer les architectes pour atténuer l'empreinte carbone du bâtiment » estime Françoise Fromonot, enseignante à l'ENSA Paris-Belleville. Néanmoins, elle reconnaît qu'un certain nombre d'étudiants se voient toujours en bâtisseurs démiurges : « Il s'agit surtout de garçons. Mais il y en a de moins en moins dans les écoles d'architecture. Les filles représentent environ 60 % de nos promotions, et elles sont géniales ! » Une autre évolution récente, c'est l'intérêt des futurs archis pour la rénovation afin de minimiser les destructions, qui coûtent cher et génèrent des gravats. Enfin, ces jeunes essaient d'inventer de nouvelles manières de pratiquer leur profession : « Ils envisagent de travailler en collectif plutôt que de monter leur propre agence. » Son collègue de l'ENSA Paris-Belleville, Patrick Henry, qui y enseigne la conception architecturale et urbaine, est d'accord sur ces constats : « Il existe sans doute des étudiants qui rêvent de devenir un architecte vedette. Mais je constate surtout leur engagement croissant au service de la transformation des villes à travers le réemploi de l'existant ou les matériaux biosourcés. » Il note aussi leur esprit critique devant les tentatives de greenwashing des donneurs d'ordre et aussi leur intérêt pour des pratiques différentes du métier d'architecte : « Ils s'intéressent aux collectifs, au milieu rural et périurbain. Et le modèle classique de l'agence les fait moins rêver. » Comme sa collègue, Patrick Henry se félicite de la féminisation de la profession qui « va certainement changer les choses ».
Patrick Cappelli