EuropaCity : le modèle économique et l'impact environnemental restent flous

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Alliages&Territoires s'est limité à souligner l'intégration dans le nouveau projet d'une continuité verte qui était une contrainte mais est devenue la colonne vertébrale du projet: elle inclura notamment une ferme urbaine de sept hectares (qui approvisionnera en produits bio les  restaurants du complexe), ainsi qu'un parc paysager et des toitures végétalisées.
Alliages&Territoires s'est limité à souligner l'intégration dans le nouveau projet d'une "continuité verte qui était une contrainte mais est devenue la colonne vertébrale du projet": elle inclura notamment une ferme urbaine de sept hectares (qui approvisionnera en produits bio les restaurants du complexe), ainsi qu'un parc paysager et des toitures végétalisées. (Crédits : DR)
Revu afin de prendre en compte les critiques du commissaire enquêteur et des habitants, le projet du complexe de loisirs et de commerces du Triangle de Gonesse remet toutefois à l'avenir l'essentiel des choix de fond en matière de développement durable. Comment y attirer les 30 millions de visiteurs attendus chaque année reste aussi obscur.

Le rendez-vous était attendu pour y voir plus clair dans le gigantesque projet du complexe de loisirs et de commerces prévu depuis 2008 dans le "triangle d'or" de Gonesse, dans le nord de Paris. Après l'approbation lundi 25 septembre par le Conseil municipal de la ville de la modification du plan local d'urbanisme de la commune, le porteur du projet, Alliages&Territoires, avait laissé entendre qu'il annoncerait le mercredi suivant de véritables changements, susceptibles de parer les critiques motivant l'avis défavorable rendu en août par le commissaire enquêteur, Ronan Hébert. Convoquée dans ses locaux, la presse est toutefois restée sur sa faim.

D'un bâtiment unique à un plan de quartier

Certes, le projet va bien changer de visage, afin de prendre en compte une partie des perplexités des habitants. "D'un plan de bâtiment unique nous avons évolué vers un plan de quartier, avec des rues, des places, plusieurs entrées", plus ouvert donc vers le reste de la ville, a expliqué le directeur des opérations d'Alliages&Territoires Matteo Perino. La construction - souvent comparée à une "soucoupe volante" - qui devait s'étendre selon l'ancien projet sur 80 hectares, a été revue par son concepteur, l'architecte danois Bjärke Ingels. Elle laisse la place à un ensemble d'immeubles s'articulant autour d'une place centrale de la taille de la moitié du jardin des Tuileries.

Dans la logique de "co-construction" qui selon le directeur général d'Alliages&Territoires Benoît Chang doit animer la refonte du projet, la conception de huit bâtiments considérés comme "iconiques" (hôtels, parc aquatique, centres culturel et de concerts, cirque contemporain) sera confiée à des architectes différentes. Ils seront choisis par concours en décembre parmi 29 candidats, comptant déjà des stars comme Stefano Boeri ou des jeunes talents comme Franklin Azzi. Le dépôt des autorisations est prévu en 2018, pour un début des travaux en 2019 et une ouverture du site en 2024.

Des panneaux photovoltaïques et chaufferie biomasse

Mais au-delà de ces relifting, les principales interrogations persistent. Les inquiétudes en matière de développement durable, au centre de l'avis défavorable de l'enquête publique, n'ont notamment pas véritablement été levées ce mercredi. Alliages&Territoires s'est limité à souligner l'intégration dans le nouveau projet d'une "continuité verte qui était une contrainte mais est devenue la colonne vertébrale du projet": elle inclura notamment une ferme urbaine de sept hectares (qui approvisionnera en produits bio les  restaurants du complexe), ainsi qu'un parc paysager et des toitures végétalisées. Le communiqué de presse insiste sur l'apport en termes de biodiversité d'un tel projet, alors qu'aujourd'hui les terrains destinés à EuropaCity sont essentiellement consacrés à l'agriculture intensive.

Quant à d'éventuelles politiques innovantes en matière d'efficacité énergétique, mobilité verte, économie circulaire, l'essentiel - au-delà de l'installation de 14 hectares de panneaux photovoltaïques et d'une chaufferie biomasse - est toutefois remis à l'avenir. "Du travail reste encore à faire" afin d'améliorer sous cet angle le projet, reconnaît Thierry Lajoie, Pdg de la société Grand Paris Aménagement, qui gère l'urbanisation du Triangle de Gonesse pour le compte de l'Etat. "L'exemplarité environnementale est l'un des critères qui présideront au choix des projets participant au concours d'architecture", souligne néanmoins Matteo Perino, tout en assurant que la réflexion sera menée aussi à l'échelle du quartier et dans une logique de mutualisation.

Des offres freemium et premium comme sur Internet

Le modèle économique justifiant l'investissement de 3,1 milliards d'euros, financé par le groupe Auchan et le conglomérat chinois Wanda, nécessaire afin de construire le complexe - pour une création nette de quelque 10.000 emplois en phase d'exploitation - , reste aussi plutôt opaque. "L'enjeu est de créer des synergies entre des activités qui aujourd'hui, seules, ne génèrent plus assez de revenus": commerces, culture, sport, loisirs, résume David Lebon, directeur du développement d'Alliages&Territoires et ancien chef de cabinet d'Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie. "Comme sur Internet, le parc intégrera des offres freemium avec des offres premium ", ajoute-t-il, en expliquant miser sur la diversité architecturale et sur la programmation du site afin de convaincre les 30 millions de visiteurs non payants attendus à privilégier pour leurs visites et leurs achats ce complexe situé à 15 kilomètres de Paris.

"EuropaCity deviendra une destination festive, participative et populaire", et "contribuer à l'opportunité d'inclusion historique représentée par le Grand Paris", promet néanmoins Benoît Chang. Il se montre d'ailleurs peu inquiet concernant le peu de sympathie montrée pour le projet par le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, ainsi qu'à propos des rumeurs concernant une éventuelle sortie du projet de Wanda.

"Le schéma directeur de la région Ile-de-France (DRIF) adopté en 1994 (dans lequel l'Etat et la région ont décidé d'urbaniser le Triangle de Gonesse, NDLR) n'a pour le moment pas changé", rappelle-t-il.

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