Immobilier : le deal à 1,9 milliard d'euros entre Altarea et Primonial s'écroule brusquement

A la surprise générale, l'autoproclamé premier promoteur immobilier de France , coté sur Euronext Paris, a annoncé ce 2 mars renoncer à l'acquisition du gestionnaire d'actifs Primonial. En juillet dernier, le président-fondateur d'Altarea, Alain Taravella, s'était déclaré prêt à mettre sur la table 1,9 milliard d'euros. Le match pourrait se poursuivre devant les tribunaux.
César Armand
Alain Taravella a fondé Altarea en 1994.
Alain Taravella a fondé Altarea en 1994. (Crédits : Reuters)

Que s'est-il passé entre la présentation des résultats annuels 2021 le 23 février et le 28 février ? Il y a moins d'une semaine, le développeur et investisseur immobilier Altarea, présent sur le commerce, le logement et l'immobilier d'entreprise, se félicitait d'écrire un "nouveau chapitre de son histoire" avec l'achat du gestionnaire d'actifs Primonial (5,5 milliards d'euros nets collectés en 2021, 58,5 milliards d'euros d'encours gérés ou conseillés). Un communiqué annonce ce mardi 2 mars que l'opération est annulée.

Pourtant, il y a seulement quelques jours, le président-fondateur d'Altarea, Alain Taravella, s'enthousiasmait  de cette acquisition.

"Avec l'acquisition prochaine de Primonial, Altarea devrait connaître une profonde évolution de son modèle, qui deviendra alors moins capitalistique et plus récurrent", se félicitait alors son président-fondateur Alain Taravella.

Interrogé en juillet dernier par La Tribune lors de l'annonce de cet achat à 1,9 milliard d'euros, ce dernier expliquait vouloir "devenir une entreprise complète en se développant dans l'asset management".

"En nous engageant dans la gestion d'actifs, nous acquérons une force de distribution extrêmement puissante. L'acquisition de Primonial va nous permettre de nous ouvrir sur l'Allemagne mais également dans le domaine de la santé, un produit que nous ne développons pas actuellement", poursuivait Alain Taravella.

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Une acquisition ne pouvant être réalisée "dans les conditions convenues" (Altarea)

Huit mois se sont écoulés et Altarea a annoncé ce jour "informer le marché que l'acquisition de Primonial ne [pouvait] être réalisée dans les conditions convenues".

Le groupe immobilier déclare avoir "constaté que les conditions convenues début mars n'étaient pas remplies du fait du non-respect - tant sur le fond, la forme et les délais - des stipulations du protocole d'acquisition signé en juillet 2021", déplorant "une situation ne permettant pas de réaliser l'acquisition conformément au protocole d'acquisition et avec un niveau de sécurité juridique suffisant" et annonçant "mettre tout en œuvre pour faire valoir ses droits, protéger ses intérêts et ceux de ses actionnaires"

Contacté par La Tribune, le président de Primonial, Stéphane Vidal, raconte que les actionnaires - 67% Bridgepoint Capital et Latour Capital, 17% Sogécap et 16% management et salariés - ont, tous, reçu un courrier dès le 28 février, "prétextant qu'[il] avait du retard dans la fourniture des informations préalables".

"Certes nous avons eu du retard mais...", réplique Primonial

Selon nos informations, Altarea reproche en effet au gestionnaire d'actifs de ne pas avoir fait preuve d'une "sécurité juridique absolue" et évoque l'absence "d'éléments nécessaires à la finalisation de l'opération".

"Certes nous avons eu du retard sur la transmission de documents, mais ils se sont servis de cela pour casser le deal", réplique le vendeur Stéphane Vidal"Jeudi dernier, j'étais encore dans le bureau du président-fondateur d'Altarea Alain Taravella pour préparer le communiqué de presse...", lâche encore le président de Primonial.

60% du gestionnaire d'actifs devaient être cédés ce 2 mars 2022 avant 40% en mars 2024. De même qu'Altarea devait prendre le contrôle de 15% de sa filiale rachetée en juillet 2019, la Financière de l'Échiquier (14,5 milliards d'euros sous gestion). "Y-a-t-il eu des influences externes ? Que s'est-il passé ? Ont-ils eu un petit coup de "pétoche" ?... Je n'ai pas d'explications", s'interroge Stéphane Vidal.

Un procès inéluctable, deux hommes qui s'épargnent

Reste que le procès semble inéluctable des deux côtés. Selon nos sources, compte tenu des "sommes énormes en jeu" et de l'"énorme déception" ressentie par l'équipe dirigeante, Altarea mobilise déjà ses avocats pour "étudier tout cela". Dans un communiqué lapidaire, les actionnaires de Primonial affirment, eux, "avoir décidé de prendre toutes mesures nécessaires pour faire valoir leurs droits". En jeu, rappelons-le : 1,9 milliard d'euros.

En attendant de se retrouver au tribunal, Stéphane Vidal est "fâché" après Alain Taravella, d'autant que ce dernier était venu le chercher en juillet 2020 pour lui proposer ce deal. "C'est compliqué, c'est dommage, ça jette un froid, mais je continuerai à dire que c'était un magnifique projet", dit encore le président de Primonial. De son côté, "Alain Taravella ne reproche rien au vendeur", confie un informateur. A croire que les deux hommes veulent s'épargner mutuellement...

César Armand

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