Gwilen, cette startup bretonne qui transforme les sédiments en matériau de construction durable pour le BTP

Carreaux, plateaux de meubles, consoles sur-mesure : sans ciment ni résine, Gwilen recycle les sédiments portuaires en les transformant en matériau durable pour l’aménagement intérieur. Exploitée par des designers et architectes, cette innovation entrera en phase de pré-industrialisation à l'issue de la levée de fonds en cours. Objectif: adresser le secteur de la construction et du bâtiment.
Fondée en décembre 2019 par deux architectes-ingénieurs, l’entreprise brestoise Gwilen a mis au point un procédé artisanal permettant de transformer les sédiments portuaires bretons en matériau solide haut de gamme : carreaux carrés, en chevrons ou en losange, plateaux de meuble, cloisons...et même tables basses. Le matériau est déjà exploité par les architectes et les designers.
Fondée en décembre 2019 par deux architectes-ingénieurs, l’entreprise brestoise Gwilen a mis au point un procédé artisanal permettant de transformer les sédiments portuaires bretons en matériau solide haut de gamme : carreaux carrés, en chevrons ou en losange, plateaux de meuble, cloisons...et même tables basses. Le matériau est déjà exploité par les architectes et les designers. (Crédits : Gwilen)

Que faire des presque 50 millions de mètres cubes de boue et de vase qui sont récupérés chaque année dans les ports français ? Les valoriser en les transformant en produits de construction à l'impact environnemental réduit répond Gwilen. La startup brestoise, qui tire son nom de l'Estuaire de la Vilaine où elle a mené ses premiers essais et où elle s'approvisionne, propose une alternative à la décharge ou au rejet (à 90%) des vases, parfois polluées, au large.

Fondée en décembre 2019 par deux architectes-ingénieurs, l'entreprise a mis au point un procédé artisanal permettant de transformer les sédiments portuaires bretons en matériau solide et haut de gamme (carreaux, plateaux de meuble, cloisons).

Pour l'instant principalement exploité par des designers et des architectes, le procédé, pour lequel un brevet est en cours de dépôt, est utilisé pour la réalisation d'aménagements intérieurs, de mobilier sur-mesure, comme des consoles, et autres objets de décoration.

Suivant une stratégie découpée en trois phases, Gwilen se prépare à entrer dans la deuxième période de son développement. Une recherche de fonds est en cours depuis mi-octobre afin d'industrialiser son procédé à partir de 2024-2025.

Cuisson basse température et préservation des ressources

« Cette deuxième phase sera celle du pilote industriel. D'ici à septembre 2023, nous souhaitons lever 2 millions d'euros en prêts bancaires et subventions R&D et 1 million d'euros en equity, afin de finaliser la R&D et lancer notre pilote au sein d'un deuxième atelier » précise Yann Santerre, associé fondateur, avec Mathieu Cabannes, de Gwilen.

« La première phase a déjà permis d'explorer tous les potentiels de ce matériau. Le produit fini résulte d'une mutation intrinsèque des sédiments ou diagénèse. Il se rapproche de la terre cuite, avec un aspect mat mais n'a pas besoin d'une cuisson à très haute température. »

Fabriqués sans ciment ni résine et déclinés en trois formats et dans 21 teintes, grâce à des pigments naturels ajoutés à la matière, les carreaux conçus par Gwilen sont aussi commercialisés depuis l'été dernier, auprès du grand public. Bruts, huilés ou cirés, ils seront complétés en 2023 par une gamme de carreaux pour le sol.

Dans ce segment de l'aménagement, l'entreprise s'apprête à signer avec un éditeur de mobilier qui développera une gamme de meubles dont les plateaux seront fabriqués dans ses ateliers.

Mais les fondateurs de Gwilen en sont persuadés : leur innovation est en capacité de répondre à l'enjeu pour le secteur du bâtiment de consommer moins de ressources, du sable pour fabriquer le béton à l'énergie.

Substituer les produits traditionnels de la construction

« La phase 3 sera celle de la production à grande échelle qui nous permettra de produire des éléments de construction capables de substituer les produits traditionnels comme le béton ou la terre cuite », imagine Yann Santerre.

La jeune pousse, qui envisage d'adresser le marché de la construction avec des carreaux de série, des briquettes de façades et des cloisons, a déjà mené un travail avec le CSTB Lab, l'incubateur du Centre scientifique et technique du bâtiment, pour déterminer quels éléments du bâtiment pourraient être remplacés (briquettes de façades, pavés de sol pour espaces publics...).

« Ressource et énergie sont les deux dimensions importantes de notre projet. Les vases sont constituées d'argiles et se présentent comme une ressource alternative pour la construction, locale et disponible en très grande quantité. Comment construire des bâtiments à énergie positive quand une grosse part de l'énergie grise est stockée dans les matériaux ? », s'interroge le jeune entrepreneur.

Économies de stockage pour les collectivités

Dans son atelier de fabrication, la jeune pousse, qui vise la rentabilité en 2023, traite actuellement quelques de mètres cubes de boues mais verra ce volume croître significativement l'an prochain.

Soutenue pour Brest Métropole et la Région Bretagne, propriétaire des ports, Gwilen échange sur des partenariats avec des ports de la rade de Brest et des villes comme Morlaix et Le Conquet.

« La mise en décharge ou le rejet en mer présente un double coût pour les collectivités, de dragage et ensuite de transport et stockage. Notre solution de valorisation des sédiments et boues portuaires permet d'économiser le coût de stockage », fait valoir Yann Santerre.

A charge pour les collectivités engagées dans des opérations de dragage et de traitement à terre de dépolluer ces sédiments parfois chargés en métaux lourds. Gwilen répond à un cahier des charges précis qui définit quels sédiments l'entreprise peut valoriser afin de respecter les normes relatives à ses produits.

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Commentaire 1
à écrit le 28/11/2022 à 11:15
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C'est bien dommage cela ferait un bon compost pour la permaculture mais, hypocrisie générale oblige, on est pas prêt de la voir arriver cette pourtant salvatrice permaculture.

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