Le coronavirus, une chance pour la construction hors-site ?

De l'avis général, la méthode qui vise à produire en usine ou en atelier avant d'acheminer des blocs sur site est une technologie d'avenir. Elle reste toutefois plus onéreuse que la construction classique de même qu'elle nécessite des investissements dans des usines et dans des logiciels.
César Armand

5 mn

Quelle que soit leur histoire, les entreprises parient sur cette industrialisation des processus pour accélérer la production d'immeubles neufs.
Quelle que soit leur histoire, les entreprises parient sur cette industrialisation des processus pour accélérer la production d'immeubles neufs. (Crédits : Thierry THOMAS)

A Londres, New York, en Pologne, en Scandinavie ou bien à Singapour où toutes les salles de bain doivent être réalisées en modulaire, les investissements se multiplient dans la construction hors-site, une méthode qui consiste à produire en usine ou en atelier avant d'acheminer des blocs sur site.

"Cela émerge à l'international", résume le président de GA Smart Building Sébastien Matty. "La productivité du bâtiment est la seule à avoir baissé par rapport aux autres industries manufacturières. Sur un chantier traditionnel, un ouvrier passe 35% de son temps à faire son travail. Le reste, il cherche de l'information, ouvre un carton où un produit est cassé...", pointe-t-il.

Une technologie d'avenir... plus onéreuse

A l'heure des chantiers à l'arrêt ou en mode dégradé, cette méthode de construction peut-elle enfin s'imposer en France ? "J'en suis convaincu, déclare Sylvain Bogeat, co-fondateur de Vesta Construction Technologies (VCT). "Dans les usines, les conditions de sécurité sont meilleures de même que l'intégration verticale du processus de production répond aux problèmes pratiques de la crise", ajoute-t-il.

"Cela reste de l'innovation et donc plus onéreux que les modes traditionnels. Si elle présente des avantages de qualité et de rapidité, les acteurs seront très attentifs aux coûts au mètre carré", nuance l'essayiste Robin Rivaton, co-auteur avec Bernard Michel d'un rapport sur le sujet remis au gouvernement. "A moyen-terme en revanche, entre la réduction des nuisances (bruits, poussières, vibrations) et la diminution de l'empreinte carbone, je demeure convaincu que c'est une technologie d'avenir", précise ce gérant d'un fonds d'investissement dédié à la ville intelligente.

Quelle que soit leur histoire, les entreprises parient sur cette industrialisation des processus pour accélérer la production d'immeubles neufs. Né en 1875 à l'heure du béton armé, reconverti en foncière avant de devenir un groupe d'architecture, d'études et de promotion, GA considère que cela "constitue une opportunité pour développer rapidement les bâtiments mieux conçus, mieux construits et mieux exploités dont le monde a besoin, à contre-courant de la segmentation qui pèse sur l'efficience." Dans cette logique, son patron Sébastien Matty a également acquis il y a deux ans Ossabois, ex-filiale de Bouygues Immobilier, afin d'optimiser ses délais de livraison, "notamment grâce à son approche modulaire".

Même discours ou presque du côté de la jeune pousse VCT née en 2019 présente sur les marchés du bureau, de l'hôtellerie et du logement dans les Hauts-de-France et en Bretagne. "Il ne s'agit pas de favoriser le hors-site en tant que tel mais de favoriser des modes constructifs qui utilisent des matériaux biosourcés et géosourcés" souligne son dirigeant Sylvain Bogeat. "C'est 25 à 30% de productivité en plus sur la conception et la réalisation" relève-t-il.

Des investissements dans des usines et dans des logiciels

Outre la nécessité d'investir dans des usines pour fabriquer les principaux composants des bâtiments - structures, façades, équipements de traitements de l'air... -, ce produit immobilier a un coût payé par l'occupant final. "Certes, il faudra construire plus, mais ne le fera-t-on pas à des conditions acceptables pour des acheteurs potentiels ?" s'interroge Robin Rivaton. "D'autant que nous assistons à une baisse de l'offre de crédits pour les ménages", souligne-t-il.

Pour que chaque élément trouve sa juste place au milieu des autres déjà assemblés, il faudrait "avoir davantage recours à des logiciels pour améliorer l'interface conception réalisation", assure le co-fondateur de Vesta Construction Technologies. Le président de GA Smart Building ne dit pas le contraire, s'étant très vite tourné vers le BIM, "un jumeau numérique à chaque étape", source "de temps, d'argent et de développement de compétences".

Les aménageurs devront montrer l'exemple

Encore que la réglementation devrait faciliter le développement de cette révolution constructive. Promulguée en octobre 2018, la loi Elan contient des dispositions qui permettent de lever des freins administratifs, de même que le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) travaille à faire entrer ces nouvelles méthodes dans le champ des avis techniques afin qu'il y ait des assurances qui puissent être délivrées.

Cela ne suffira pas. Les aménageurs publics et privés devront montrer l'exemple. "Le développement de la construction hors-site passera par la commande publique et les zones d'aménagement concerté (ZAC). Si elle est compétitive, elle se diffusera. Plus elle se diffusera, plus les économies d'échelles seront importantes, plus son coût diminuera. Il ne reste qu'à amorcer la pompe", explique Robin Rivaton.

"Nous pourrions aller plus loin soit par la contrainte soit par l'incitation en inscrivant des dispositifs dérogatoires dans les plans locaux d'urbanisme", imagine encore Sylvain Bogeat.

En attendant, elle présente un avantage non-négligeable et immédiatement visible par tout un chacun. En moyenne, le nombre de camions utiles à l'édification d'un bâtiment est divisé par trois.

Lire aussi : Le coronavirus stoppe net la flambée des prêts immobiliers

César Armand

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Commentaires 3
à écrit le 02/05/2020 à 21:54
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en France l'industrialisation de la construction se heurte à des réglementations obsolètes , des politiques d'urbanisme et d'aménagement du territoire clientélistes , des intérêts financiers de rente . pas étonnant que la pénurie , la médiocrité de q...

à écrit le 01/05/2020 à 19:54
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Ce n'est pas du tout nouveau, comme architecte, il y a dans les 45 50 ans, on a essayé de construire des murs complets avec réservations pour l'électricité, avec portes et fenètres incluses, il y même eu des essais de maisons pre-fabriquées en usin...

à écrit le 30/04/2020 à 9:51
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Si la finance ne prenez pas l'économie en otage, via les imprimantes 3D nous pourrions enfin avancer côté production. Mais bon, ils sont cupides, ils sont stupides et cruels.

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