Pilule de 3e génération : un déremboursement bénéfique aussi pour la Sécu

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Le nombre de femmes françaises utilisant une pilule de 3ème génération ou 4ème génération est évalué à 1,7 millions par l'Inserm.  Copyright Reuters
Le nombre de femmes françaises utilisant une pilule de 3ème génération ou 4ème génération est évalué à 1,7 millions par l'Inserm. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Bien que le but affiché du déremboursement de la pilule de 3e génération soit d'ordre sanitaire, il revêt aussi un intérêt financier certain pour le régime général de santé qui économisera 16,3 millions d'euros par an. La mesure s'inscrit dans la logique de réduction du déficit du régime général par le biais de déremboursements "au fil de l'eau" de certains médicaments au service rendu insuffisant (SRI).

Au début de l'été dernier, le gouvernement s'est engagé à limiter la hausse des dépenses de santé à 2,7%, afin de tenir son objectif de réduction du déficit public global à 3% du PIB fin 2013. Il entend ainsi économiser 2,2 milliards d'euros.

Jeudi 3 janvier, le ministère de la Santé a annoncé l'avancée de la date limite de remboursement de la pilule de troisième génération, sur fonds de polémique. Alors que le déremboursement de ce contraceptif ne devait intervenir qu'à partir du 30 septembre 2013, les femmes qui l'utilisent devront finalement avoir changé de pilule d'ici fin mars si elles souhaitent pouvoir continuer à être remboursées pour cette dépense. "Nous attendons une diminution massive de la consommation de ces pilules", a pronostiqué le directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) Dominique Maraninchi, mercredi dernier au micro de France Inter.

Service médical rendu "insuffisant"

La raison de cette avancée semble bien d'ordre sanitaire, après que la commission de transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS) a estimé "insuffisant " le service médical rendu (SMR) par ces pilules de 3e génération. "La ministre demande à l'ANSM que la pilule de 2e génération soit systématiquement privilégiée, sauf situations particulières ; les pilules de 3e et 4e génération ne doivent plus être proposées en premier choix. Le risque de complications thrombo-emboliques veineuses (phlébites) est deux fois moins élevé (pour les pilules des deux premières générations) que chez les femmes sous pilules de 3e et 4e génération (pour lesquelles ce risque est de 3 à 4 cas pour 10.000 utilisatrices)", indiquait d'ailleurs le ministère des Affaires sociales et de la Santé jeudi 3 janvier dans un communiqué.

La pilule de 3e génération a été lancée sur le marché dans les années 1980. Dès 1996, la revue Prescrire publiait une étude qui pointait les risques de thrombose veineuse (phlébite ou embolie pulmonaire) accrus pour les pilules de 3e et 4e génération. Depuis, de nombreuses études ont confirmé ce risque. En 2009, certaines des pilules de 3e génération ont pourtant été remboursées pour la première fois. Toutefois, la Haute Autorité de santé recommande depuis 2007 de les proposer seulement en cas de mauvaise tolérance d'un contraceptif de 2e génération. Ce remboursement prendra finalement fin le 31 mars prochain.

16,3 millions d'euros de remboursement par an

Mais de toute évidence, dans un contexte de réduction des dépenses publiques, ce déremboursement de la pilule de 3e génération permettra à la Sécurité sociale de faire des économies. 16,3 millions d'euros chaque année, selon les chiffres obtenus par La Tribune auprès de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM).

Le nombre de femmes françaises utilisant une pilule de 3e génération est évalué à 1,3 millions par l'Inserm. Cela représente 3 490.049 boîtes de pilules 3ème génération remboursées en 2011, d'après la CNAM.

source: CNAM

14,7 milliards d'euros de déficit

Pour rappel, la Sécurité sociale a engagé environ 170 milliards de dépenses cette année et son déficit pour 2012 a été estimé à 14,7 milliards d'euros par la Cour des Comptes. Le déficit de la Caisse nationale d'assurance maladie est pour sa part évalué à 6,7 milliards d'euros en 2012. Le déremboursement de la pilule de 3e génération s'inscrit visiblement dans la logique de réduction du déficit du régime général par le biais de déremboursements "au fil de l'eau" de certains médicaments au service rendu insuffisant (SRI). Mais également par le biais de d'une baisse des prix des médicaments négociée avec les industriels du secteur pharmaceutique ainsi qu'une incitation des médecins à prescrire "mieux, moins et des médicaments moins chers", notamment des génériques.

Le remboursement de la pilule pour les mineures âgées de 15 à 18 ans ajoutera en revanche un peu plus aux dépenses de Santé consenties par l'Etat. Au mois d'octobre, la ministre des Droits des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem, estimait à "plus d'un million" le nombre de mineures qui seraient concernées. Elles sont désormais encouragées à choisir une pilule de 1ère ou 2e génération, moins coûteuse et a priori tout aussi efficace dans la majorité des cas.

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a écrit le 30/01/2013 à 18:22 :
Effectivement les pilules de 3ème et 4ème génération peuvent présenter des risques, présentés d'ailleurs par Bayer. Contrairement aux 2G pour lesquelles il est juste conseillé de ne pas fumer sous contraception orale si l'on plus de 35 ans, le fabricant indique clairement que les 3G et 4G ne doivent en aucun cas être prescrite a des femmes présentant des risques (fumeuse, surpoids...) (cette note est disponible très facilement sur internet) car les risque chez ces femmes est nettement supérieur que pour les 2G. Quand à l'efficacité, les 3G et 4G sont bien mieux tolérées au niveau hormonal que les 2G, qui quoiqu'on en dise ont quand même induit une surcharge pondérale chez nombre de femmes. L'autre solution pour ces femmes ne supportant pas le dosage hormonal élevé des 2G étant la pilule microprogestative ou le stérilet qu'encore nombre de médecins refusent de prescrire à des femmes nullipares. Je ne dis pas que les 3G et 4G sont la panacée, mais la 2G non plus, et il serait selon moi plus intelligent de responsabiliser médecin prescripteur et patient que de les interdire. (P.S. Quand au déremboursement, la majorité des 3 et 4G n'ont jamais été remboursées...)
a écrit le 09/01/2013 à 9:44 :
D'apres le laboratoire allemand Bayer in Lerverkusen la pillule 3G a effectivemnet une autre posologie que les autres modeles precedents et que les risques de thrombose sont bien reels
Réponse de le 09/01/2013 à 10:32 :
Attention à ne pas diaboliser la pilule, et éviter à tout prix d induire une inquiétude chez les femmes envers les pilules de deuxième génération. Ce n est pas une question de « posologie » mais de nouvelle génération de progestatif ; seules les pilules des dernières générations sont dangereuses, l idéal est qu elles soient retirées du marché, pour éviter de faire une hiérarchie entre les moyens de contraception qui ne correspond pas au service rendu..
a écrit le 08/01/2013 à 16:38 :
J espère qu il n est pas juste question d économies mais de la santé des femmes. Par ailleurs la contraception est un problème de sexualité de couple et même une question de société. Aucune étude ne démontre à ce jour que les pilules de 3ème génération ( ou 4eme) présentent un intérêt supérieur aux pilules de 2ème génération. De plus, elles présentent un risque thrombo-embolique deux fois plus important que les pilules de 2ème génération et beaucoup ne sont déjà pas remboursées, ce qui peut représenter un budget élevé pour les utilisatrices. En matière de médicament, le fait qu un produit soit plus ancien ne signifie pas qu il soit moins bon, c est même souvent le contraire car il est mieux connu et mieux évalué au niveau des risques. Ne nous laissons pas piéger par le marketing qui aurait tendance à nous faire croire que le progrès est infini...
Le gynécologue doit retrouver sa place pour éviter les erreurs de prescription par manque d information Les recommandations de la Haute autorité de santé sont de ne jamais donner une pilule de 3ème ou 4ème génération en première intention (première préscription )
a écrit le 08/01/2013 à 16:13 :
de toute évidence, au plus la sécu fait des économies sur notre dos, au plus le fameux "trou", s'agrandit ? si quelqu'un y comprend quelque chose, personnellement , j'ai renoncé
Réponse de le 08/01/2013 à 19:08 :
La sécu ne fait pas d'économie sur notre dos. Elle rembourse toujours la pilule de 2 eme génération mais plus celle de 3 eme qui n'apportait pas plus au plan de la santé mais au contraire double le risque de thromboses veineuse. Et soigner une thrombose à un pût. C'est plutôt bien que la sécu change de position.
a écrit le 08/01/2013 à 16:10 :
@ "Economies?"
Pas besoin de passer par le généraliste pour voir un gynéco.
Réponse de le 08/01/2013 à 17:03 :
@ érratum : exact, ni pour un dentiste, ni un ophtalmo, (3 )
a écrit le 08/01/2013 à 16:09 :
ça va douiller grave au contraire, tout le monde a bien compris que l'HAS réagit dans l'urgence après un cas d'embolie pulmonaire médiatisé par les journalistes du monde qui "ont sauvé une patiente grace à leur article". Il n'y a plus de raisonnement scientifique, d'évaluation calme du rapport risque/bénéfice, c'est l'hystérie qui gouverne, la pilule m'a tué même si on fume, qu'on prend l'avion 10 h et qu'on présente une insuffisance veineuse et une coagulopathie. Dans ce contexte, on imagine le nombre de bilans thrombophiliques qui vont être réalisés et dont on ne saura que faire une fois qu'on aura trouvé une anomalie mineure, le nombre de consultations spécialisées qui vont en découler, d'IVG avec toutes leurs conséquences après interruption de la contraception...belles économies à venir, et beau service rendu à la population, c'est la protection de l'individu au détriment de l'intérêt de la collectivité, ainsi va la médecine.
a écrit le 08/01/2013 à 15:52 :
il y a aussi le stérilet !! 40 euros pour 5 ans pour la version tout cuivre... pas d'effets sur la libido ni de contre indications veineuses...
Tout un tas d'informations sur la contraception ici : http://martinwinckler.com/spip.php?mot6 ...pour se faire une vraie opinion (les gynécos peuvent lire aussi ! )
a écrit le 08/01/2013 à 15:35 :
Cela ne représentera une économie significative que si les IVG, qui sont remboursées, n'augmentent pas suite à cette psychose... Et si on veut changer de pilule en suivant le parcours de soin pour être remboursé, ça donnera : une consultation chez le généraliste pour se faire prescrire le gynécologue, une consultation gynécologue qui va prescrire une prise de sang, une prise de sang, et un nouveau rdv chez le gynécologue pour se faire prescrire la pilule. Le tout multiplié par 1,3 millions de femmes... Elle sont où les économies?
Réponse de le 08/01/2013 à 19:01 :
Les décisions sont prises pour des raisons de santé et pas uniquement pour des raisons d'économies. Toutefois rembourser des pilules de 3 eme génération qui apportent peu de service par rapport au 2 eme génération mais qui occasionnent près de deux fois plus d'accidents ( thromboses), qu'il faut prendre en charge, Voila l'économie ( réduire le cout des thromboses)
a écrit le 08/01/2013 à 13:47 :
J'invite toutes les femmes à porter plainte contre le labo et les contrôleurs de l'état qui ont en vente la pilule du 2ème et 3ème géneration
Réponse de le 08/01/2013 à 16:02 :
PRECISION car une coquille sur un chiffre peut amener une panique .Ne sont mises en cause aujourd hui que les pilules de 3ème génération (et 4ème) qui contiennent un progestatif récent type désogestrel, gestodène, norgestimate ou drospirénone.... Ce sont ces progestatifs qui sont deux fois plus à risque que le progestatif des pilules de 2ème génération.Dans les pilules de 2ème génération, le progestatif est le lévonorgestrel que vous pouvez identifier sur la boîte et sur la notice. Il est également le composant de la «pilule du lendemain» Norlevo ou Lévonorgestrel de Biogaran.
Réponse de le 08/01/2013 à 17:23 :
1-si vous portez plainte contre tous les medicaments dangereux et/ou inutiles vous allez engorger les tribunaux
2- les femmes qui continuent de fumer devraient plus s'inquiéter du tabac que de la génération de leurs pilules. Malheureusement pour ce que j'observe ce n'est pas le cas.
Réponse de le 08/01/2013 à 18:57 :
Le déremboursement est courageux ; ne pas les avoir remboursés avant et résister ainsi aU lobby pharmaceutique aurait été encore plus courageux...

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