Biophytis mise sur le marché émergent de la dégénérescence musculaire

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50 millions de personnes sont atteintes de sarcopénie, une maladie du vieillissement.
50 millions de personnes sont atteintes de sarcopénie, une maladie du vieillissement. (Crédits : Reuters)
La biotech va lancer dans quelques semaines un essai clinique de grande ampleur pour sa molécule visant à "ralentir le processus de dégénérescence de la fonction musculaire" chez les personnes âgées atteintes de sarcopénie. Biophytis espère profiter de la faible concurrence dans les recherches thérapeutiques contre cette maladie peu connue.

Le pari de la biotech française Biophytis est osé. La société s'est spécialisée dans les traitements contre les maladies du vieillissement, qui connaissent régulièrement des échecs en essais cliniques, à l'image de la maladie d'Alzheimer. Créée en 2006, la biotech mise tout particulièrement sur Sarconeos, une molécule censée lutter contre la sarcopénie. Cette pathologie entraine une baisse anormale de la masse musculaire chez les personnes âgées. Elle peut nuire à leur capacité à réaliser des activités de la vie quotidienne, et pis, la sarcopénie est un facteur d'augmentation de risque de chutes.

"Ralentir la dégénérescence de la fonction musculaire"

L'objectif du traitement de Biophytis est de "ralentir le processus de dégénérescence de la fonction musculaire", détaille Stanislas Veillet. La molécule stimule l'anabolisme et le métabolisme musculaire dans des contextes de vieillissement et ainsi compenser le déclin de la fonction musculaire.

La biotech voit les choses en grand. "Nous allons lancer dans quelques semaines la plus importante étude jamais réalisée sur la sarcopénie en regardant le critère principal de la mobilité", explique à La Tribune Stanislas Veillet, patron et fondateur de Biophytis. Jusque-là, les critères étudiés dans les quelques essais cliniques existants étaient simplement basés sur le changement de masse musculaire.

Dans le détail, pendant cet essai clinique de phase IIb, Biophytis "va observer pendant six mois les patients, leur faire suivre le traitement, et observer les résultats encore au bout six mois afin de trouver la posologie efficace (la meilleure dose à administrer, NDLR)". 300 patients hommes et femmes de 65 à 85 ans sont intégrés dans l'essai, cent aux États-Unis, le reste en Europe dans des cliniques spécialisées.

Selon les détails fournis au site Clinical.gov, qui recense les essais cliniques, Biophytis va faire marcher les patients pendant six minutes ou calculer le temps qu'ils mettent pour parcourir 400 mètres. Une fois la phase d'observation terminée, les effets des traitements seront évalués sur les patients. In fine, la biotech espère obtenir les résultats de l'essai clinique de phase IIb en 2018.

Peu de concurrence

Le marché est, en apparence, important, d'autant qu'aucun traitement réellement efficace n'existe sur le marché. Le Centre américain pour les informations biotechnologiques évalue à 50 millions le nombre de personnes touchées par la sarcopénie dans le monde et estime qu'elles seront 200 millions dans 40 ans. Et avec une forte prévalence dans les pays développés prêts à payer des traitements plus chers, et où la population vieillit et le nombre de personnes âgées augmentent. Les analystes d'Invest Securities estimaient en 2015 à plus de 600 millions d'euros les revenus potentiels pour la molécule de Biophytis contre la sarcopénie en cas de succès.

Pourtant, peu de sociétés pharmaceutiques se sont lancées dans ce domaine thérapeutique, comme le sous-entend l'Institut national américain de la santé, et rares sont celles dont les molécules sont en phase clinique. Il faut dire que la sarcopénie est une maladie peu connue. La preuve, il aura fallu attendre 2016 pour que celle-ci soit reconnue par l'OMS. Elle est désormais répertoriée sous le code M62.84.

Novartis et Regeneron sur le coup

Parmi les sociétés pharmaceutiques espérant de mettre la main sur ce marché émergent, Neurotune développe la NT-1654, mais cette molécule n'a pas encore atteint la phase préclinique. Novartis vise pour le BYM338un lancement après 2021, sans préciser de date.

L'un des concurrents les plus avancés de Biophytis semble être Renegeron, qui développe avec Sanofi le Trevogrumab, un traitement en phase II. Les premières études sur l'homme indiquent une augmentation de la masse musculaire suite à la prise de ce médicament.

Biophytis secoué en Bourse

Les nombreux signaux favorables n'ont pas empêché Biophytis d'être secoué en Bourse depuis son introduction. La valorisation de la société a grimpé à quasiment "100 millions d'euros en août 2015", puis est tombée autour de 20 millions aujourd'hui. Pour Stanislas Veillet, "cela est dû au contexte difficile pour les biotechs et à un 're-séquençage' des essais cliniques, impliquant un délai supplémentaire par rapport à ce qui était annoncé lors de l'introduction de la société en Bourse". Ainsi, Biophytis a choisi de miser d'abord sur le développement de son traitement contre la sarcopénie, son candidat-médicament phare, afin d'espérer présenter des résultats de phase II en 2018.

Pour son candidat-médicament contre la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge), qui touche 20 millions de personnes dans le monde, les essais de phases II promettent d'être longs. Avec 18 mois de durée d'intervention, plus six mois de durée de recrutement, "au total, nous pouvons compter jusqu'à deux ans et demi d'essais cliniques, ce qui est long et sera donc forcément coûteux". Ils démarreront en 2018 si tout va bien.

Des accords attendus avec les big pharmas

Le salut viendra de résultats positifs en fin de phase II. À ce moment-là, la société, "déjà en contact avec des laboratoires pharmaceutiques", espère signer des accords de licence avec des grands laboratoires pharmaceutiques pour financer la phase III et le lancement commercial de ses molécules. L'année prochaine devrait être décisive pour l'avenir de Biophytos.

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