Sanofi : Doliprane devrait tomber dans l'escarcelle du fonds américain CD&R
latribune.fr
L'Elysée et le gouvernement suivent de près ce dossier très symbolique, alors que le paracétamol - le principe actif du Doliprane - s'était fait rare dans les pharmacies pendant quelques mois, à partir de la fin 2022.
Benoit Tessier
Le ministre en charge de l'Industrie, Marc Ferracci, a « pris acte » jeudi soir de la décision du groupe pharmaceutique Sanofi, rapportée par des médias, d'engager des négociations exclusives avec le fonds américain CD&R dans le cadre de la cession d'Opella (Doliprane).
[Article publié vendredi 11 octobre 2024 à 7h58, mis à jour à 18h00] C'est donc confirmé par le principal intéressé. Le groupe pharmaceutique français Sanofi a acquiescé ce vendredi être en négociations exclusives avec le fonds américain CD&R pour lui céder une participation majoritaire dans Opella. Employant 1.700 salariés en France, cette entité commercialise la très populaire marque de paracétamol Doliprane, et se revendique numéro trois mondial des médicaments sans ordonnance (vitamines, minéraux et compléments alimentaires, etc).
Sanofi annonce donc ce vendredi dans un communiqué « avoir entamé des négociations avec CD&R pour la cession potentielle d'une participation de contrôle de 50% dans Opella, son activité de santé grand public », confirmant des informations en ce sens rapportées jeudi soir par des médias, pour qui le potentiel repreneur américain a offert plus de 15 milliards d'euros pour mettre la main sur l'activité de santé grand public de Sanofi. Dans ce projet de séparation, Sanofi conserve une part de capital significative dans Opella, sur lequel le drapeau national continuera donc de flotter.
« Si les discussions devaient aboutir positivement, tout accord serait conclu après consultation des instances représentatives du personnel », ajoute le groupe pharmaceutique qui communiquera « en temps voulu, lorsqu'une décision aura été prise » sur cette opération de grande envergure.
Cette annonce autour de « la plus grosse opération de cette année dans le secteur pharmaceutique en Europe », selon Grégoire Kounowski, conseiller en investissements chez Norman K, n'avait aucune réelle incidence sur le titre Sanofi ce vendredi à la Bourse de Paris. Vers 17h35 (heure de Paris), celui-ci était en légère baisse de 0,46% pour une valeur de 100,14 euros.
Un dossier suivi de près par l'Elysée
L'Elysée et le gouvernement suivent de près ce dossier très symbolique, alors que le paracétamol - le principe actif du Doliprane - s'était fait rare dans les pharmacies pendant quelques mois, à partir de la fin 2022.
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« Après l'annonce dans la presse du choix de Sanofi de poursuivre des discussions exclusives avec CD&R dans le cadre de la cession d'Opella », le ministre « prend acte de cette décision, tout en rappelant aux deux parties les points de vigilance du gouvernement, tant sur le plan économique que sanitaire », selon une réaction transmise à l'AFP par son ministère.
Le ministre de l'Industrie qualifie CD&R de « fonds d'investissement sérieux qui présente des perspectives positives pour le développement global d'Opella ainsi, que pour les sites implantés en France ». Il déclare par ailleurs : « Ce projet de cession ne remet en question ni la production en France du Doliprane ou des autres médicaments essentiels produits par Opella sur notre territoire, ni l'approvisionnement du marché en ces médicaments », assure le ministre de l'Industrie. « Cela fait naturellement partie des engagements demandés ».
Une autre offre d'un fonds français mise de côté
Selon les informations distillées dans la presse tout au long de la semaine, Sanofi avait reçu une autre offre pour Opella, qui compte 11.000 salariés. Elle était menée par le fonds français PAI Partners, épaulé par les fonds d'Abou Dhabi Avia, singapourien GIC, et canadien BCI. Le troisième scénario possible était celui d'une entrée en Bourse d'Opella, avec un maintien d'une participation du groupe français.
Le fait que les Etats-Unis soient son premier marché d'Opella, avec près de 25% de son chiffre d'affaires, a également fait pencher la balance au profit du fonds américain, qui a par ailleurs déjà réalisé des investissements en France (Conforama, Rexel, Spie ou encore Socotec).
Sanofi rassure sur la viabilité de son usine française de Doliprane
Ce projet de séparation avait été annoncé il y a presque un an pour permettre à Sanofi d'accélérer dans l'innovation et de se positionner en champion de l'immunologie et à Opella de se concentrer sur sa stratégie de croissance dans son domaine, considéré plus proche d'une logique de consommation que de la pharmacie.
Depuis, cette scission soulève des préoccupations en France concernant l'avenir du Doliprane, fabriqué à Lisieux (Calvados) et Compiègne (Oise) et sur des risques de délocalisation de sa production. Du côté de Sanofi, on répète depuis des mois que la scission ne marque pas la mort du Doliprane et que les Français continueront d'en trouver en pharmacies.
Avec pour preuve, 50 millions d'euros déjà investis sur la dernière décennie sur le site de Lisieux, qui produit la quasi-totalité du Doliprane, auxquels s'ajoutent actuellement 20 millions d'euros supplémentaires pour augmenter de 40% la capacité de production du Doliprane dans les prochaines années.
L'activité d'Opella comprend plus d'une centaine de marques, dont le Doliprane, le Dulcolax, la Lysopaïne, ou encore le Maalox, est présente dans 150 pays. Elle a réalisé un chiffre d'affaires de 5,2 milliards d'euros en 2023. Cette entité, présente dans 100 pays, a renoué avec la croissance depuis quatre ans, mais sa performance (+6%) reste un peu inférieure à celle du marché. Mais Opella a beau avoir des racines françaises, et le Doliprane être sa deuxième marque en termes de revenus, la France ne représente qu'environ 10% des ventes du groupe.
Des parlementaires de tous bords contre l'opération financière
Des parlementaires de tous bords et des chefs de parti ont exhorté ce vendredi le gouvernement à bloquer, au nom de la souveraineté sanitaire française, la vente à un fonds américain d'Opella.
Peu après la confirmation de l'opération ce matin, plusieurs chefs de parti ont aussitôt tiré à boulets rouges sur leurs réseaux sociaux. « La vente à la découpe de la France se poursuit », a tancé Jordan Bardella (RN).« Aucune leçon n'aura été tirée du Covid », a pointé Marine Tondelier (Ecologiste). C'est « une honte » et « encore un symbole de notre perte de souveraineté », a aussi jugé Fabien Roussel (PCF).
L'opération « pose un enjeu très préoccupant pour notre sécurité nationale », ont également écrit une soixantaine de députés issus des groupes Ensemble pour la République, Horizons, MoDem, Droite républicaine (ex-LR), et Liot (indépendants), à l'initiative du député Charles Rodwell (EPR). Parmi les signataires, l'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin ou le chef du groupe Horizons Laurent Marcangeli.
Plus tôt ce vendredi, les députés LFI ont aussi montré leur désapprobation et réclamé la nationalisation d'Opella. « Ces gens sablent le champagne en désindustrialisant la France », ont-ils dénoncé, dans un communiqué, pointant « une vente à 15 milliards d'euros... et 7 milliards de cadeaux aux actionnaires en perspective ».