Faillite de WeightWatchers: comment les médicaments anti-obésité ont chamboulé le marché de la minceur

Agathe Perrier

Les traitements des laboratoires Novo Nordisk et Eli Lilly dominent actuellement le marché des médicaments anti-obésité.
Tom Little

Agathe Perrier

Les traitements des laboratoires Novo Nordisk et Eli Lilly dominent actuellement le marché des médicaments anti-obésité.
Tom Little
La société américaine WeightWatchers, devenue WW International en 2018, tente le tout pour le tout. Pionnière dans le secteur des programmes alimentaires pour perdre du poids, elle a engagé une procédure de redressement judiciaire, mardi, se plaçant sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Objectif de cette réorganisation : éliminer 1,15 milliard de dollars (environ 1 milliard d'euros) de dette de son bilan, sur un total de 1,6 milliard de dollars (1,41 milliard d'euros).
WW International s'est fixé pour objectif de sortir de cette procédure de redressement judiciaire sous 45 jours, voire plus tôt. « WeightWatchers reste pleinement opérationnelle pendant la réorganisation, et cela n'aura aucun impact sur les membres ni sur les programmes », assure celle qui affiche une longévité de plus de soixante ans, après sa création en 1963 aux États-Unis.
Si WW revendique « trois millions de membres dans le monde entier » actuellement, ses revenus d'abonnement ont chuté de 5,6 % sur un an. L'entreprise subit de plein fouet la concurrence... de médicaments anti-obésité, qui ont déferlé sur le marché ces dernières années et affichent de bons résultats — de 15 % à 20 % de perte de poids en moyenne, en 16 à 18 mois.
Ces traitements sont des analogues d'une hormone sécrétée par les intestins, le GLP-1 (abréviation de glugaco-like peptide 1). Concrètement, ils la miment ce qui augmente la sensation de satiété, diminue la glycémie et agit sur le cerveau en réduisant les comportements addictifs, dont celui de vouloir manger constamment.
La folie autour de ces médicaments a commencé aux États-Unis où les célébrités ont vanté les effets spectaculaires sur la perte de poids de l'Ozempic, commercialisé par le laboratoire danois Novo Nordisk. Un traitement pourtant pas destiné à cet usage à l'origine, puisque administrés aux diabétiques. Face à l'engouement des personnes en quête de perte de poids, le laboratoire scandinave a développé et lancé en 2021 le Wegovy, à destination cette fois spécifiquement des personnes obèses. Et il n'est pas le seul laboratoire à s'être jeté dans la course. Son concurrent américain, Eli Lilly, commercialise aussi sa propre référence anti-obésité, le Zepbound, en parallèle de son anti-diabète, le Mounjaro.
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Si les traitements de Novo Nordisk et Eli Lilly dominent à ce jour le marché, ils devraient être prochainement concurrencés. Leur succès a en effet aiguisé l'appétit d'autres entreprises pharmaceutiques, déclenchant une déferlante d'essais cliniques pour mettre au point de nouveaux produits analogues du GLP-1.
C'est notamment le cas chez le géant suisse Roche, qui a annoncé mi-mars un partenariat avec le groupe danois Zealand Pharma pour développer, fabriquer et commercialiser le petrelintide, en cours d'étude. Plus largement, selon une analyse de GlobalData, 323 GLP-1R actifs sont actuellement en phase de développement dont un certain nombre devraient arriver jusqu'à la phase de commercialisation d'ici à 2030. Leurs estimations de ventes sont évaluées à 48,5 milliards de dollars (42,7 milliards d'euros).
En parallèle, les fabricants de médicaments génériques, comme le britannique Hikma ou le suisse Sandoz, se préparent aussi à se lancer à l'assaut de ce marché. Car les brevets de l'Ozempic et du Wegovy doivent progressivement expirer prochainement. Dès 2026 en Chine, au Canada, en Inde ou encore au Brésil. À partir de là, toutes les entreprises pourront utiliser librement leur molécule et produire à des prix beaucoup plus bas.
Ces traitements sont « aujourd'hui le produit sur lequel il y a le plus d'attentes et le plus de fantasmes peut-être » aussi, indiquait à l'automne dernier à l'AFP Nicolas Picard, gérant spécialisé dans la santé du fonds CPRAM. Si leurs résultats sont reconnus, des inquiétudes subsistent sur leurs effets secondaires (nausées, vomissements, diarrhées, perte de muscles...) et sur le risque de les voir pris hors de tout contrôle médical.
Cela ne devrait toutefois pas freiner l'engouement. Le marché des médicaments amaigrissants pourrait ainsi atteindre 100 milliards de dollars (88 milliards d'euros) en 2030, avec près de 15 millions d'utilisateurs prévus d'ici à cet horizon, d'après une étude de Goldman Sachs. Une accélération favorisée par la progression attendue de l'obésité, qui touche déjà plus d'un milliard de personnes sur la planète — soit une sur huit — d'après la revue médicale The Lancet. Dans une récente étude publiée début mars, elle estime qu'environ 60 % des adultes et un tiers des enfants et adolescents dans le monde seront en situation de surpoids ou d'obésité en 2050, sans action politique d'importance.
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Derrière, c'est le secteur de la médecine esthétique qui devrait en profiter. « Les traitements liés aux GLP-1 stimulent la demande, notamment pour des soins post-perte de poids, tels que le raffermissement, le resurfaçage cutané, les injections du visage et le remodelage corporel », selon une analyse de marché parue lors du congrès IMCAS de dermatologie et chirurgie plastique en février dernier. Cette « révolution scientifique esquisse des perspectives économiques très prometteuses », est-il anticipé. D'après les prévisions de Boston Consulting Group, les GLP-1 représentent « une opportunité de 2 milliards de dollars » (1,76 milliard d'euros) pour le secteur de la médecine esthétique « d'ici à 2029 » contre 700 millions de dollars (616 millions d'euros) en 2024.
Agathe Perrier