Alors que la France a récemment lancé son expérimentation du cannabis médical, aux Etats-Unis, de jeunes pousses mobilisant les psychédéliques à des fins thérapeutiques remportent les faveurs de Wall Street et des investisseurs californiens. Mais, les lourdes régulations qui pèsent sur ces substances pourraient toutefois constituer un frein à leur adoption.Le LSD est-il en train de passer du statut de drogue hallucinogène pour hippie nostalgique de Woodstock à celui de substance miracle et lucrative ? Le 27 avril dernier, MindMed, une jeune pousse des biotechnologies, qui explore l'usage des psychédéliques à des fins thérapeutiques, est entrée au Nasdaq, devenant la première entreprise du genre à rejoindre la prestigieuse bourse américaine. La startup effectue plusieurs études autour de l'usage du LSD pour traiter l'addiction (sucre, alcool, cocaïne, opiacés...) et les troubles psychiques (anxiété, dépression...), en partenariat avec divers instituts médicaux, dont l'hôpital universitaire de Bâle, en Suisse.
Au même moment, la jeune pousse Atai Life Sciences, qui pilote elle aussi plusieurs programmes utilisant des drogues psychédéliques à des fins thérapeutiques, a de son côté annoncé sa volonté de lever 100 millions de dollars dans le cadre d'une entrée en bourse. Ils viendront s'ajouter aux 362 millions qu'elle a déjà levés auprès de plusieurs investisseurs de la Silicon Valley, dont Peter Thiel. Le célèbre investisseur, qui a été l'un des premiers à croire en Facebook et dirige désormais l'entreprise Palantir, a investi sans sourciller 12 millions dans Atai Life Sciences.
Des bénéfices connus de longue date
Le potentiel du LSD et de la psilocybine (substance contenue dans les champignons hallucinogènes) pour lutter contre les addictions et certains troubles psychiques est connu depuis les années 1950. Dès cette époque, le psychiatre britannique Humphry Osmond, inventeur du terme « psychédélique », teste avec succès l'usage du LSD pour aider ses patients à sortir de l'alcoolisme. Il n'est pas le seul : entre 1950 et 1965, plus de 40 000 patients dans le monde sont traités pour des troubles allant de l'addiction à l'autisme et la schizophrénie, et plus de 1 000 papiers de recherche sont publiés. L'acteur Cary Grant suit lui-même une thérapie au LSD pour soigner (avec succès) sa dépression suite à son divorce avec Betsy Drake.
Guillaume Renouard, à San Francisco