Le laboratoire américain Allergan a promis de limiter la hausse du prix de ses traitements outre-Atlantique et encourage les autres "big pharmas" à suivre cette voie. Les récents scandales sur les prix des médicaments, la crainte des sanctions des autorités et l'inquiétude des investisseurs pourraient pousser les entreprises du secteur à modérer leurs pratiques.
Vu depuis l'Hexagone, où le coût général des traitements tend à baisser régulièrement au bout de la troisième année de mise sur le marché, si l'on en croit le Leem (la fédération des entreprises du médicament), cette annonce peut rendre sceptique. Mais aux États-Unis, premier marché mondial pour les laboratoires, les augmentations de prix de médicaments sont récurrentes. Elles sont régulièrement effectuées afin de maximiser les revenus d'un traitement juste avant que celui-ci soit concurrencé par des génériques.
Des augmentations annuelles à 2 voire à... 4 chiffres!
L'annonce d'Allergan n'est pas forcément contraignante pour celui-ci. Le laboratoire américain ne fait pas partie des entreprises du médicament les plus gourmandes. D'après des données compilées par le Wall Street Journal en janvier, le laboratoire américain a augmenté les prix de 40 de ses médicaments de marque (dits "princeps") de 9,1% en moyenne en 2015, et a laissé inchangés les prix de 20 autres médicaments. À noter toutefois que, selon Deutsche Bank, entre 2012 et 2015, Allergan a augmenté ses prix de 14,28% en moyenne, avec une pointe à 109,9% pour un traitement.
"La réputation bâtie sur notre passé construit notre présent et notre futur. Une bonne réputation ouvre de nombreuses portes. Une mauvaise réputation peut en fermer beaucoup plus. Une bonne réputation génère du respect. Une mauvaise réputation entraîne de la suspicion."
Mais au-delà de la simple image dégradée, la crainte principale des laboratoires est de voir l'administration serrer la vis. Le patron d'Allergan explique ainsi mercredi dans une interview publiée dans le magazine spécialisé StatNews :
"L'industrie pharmaceutique doit s'autoréguler et s'autosurveiller, plutôt que de laisser cela à Washington."
Les projets anti-excès de Hillary Clinton encore flous
Elle compte encourager la concurrence en soutenant des fabricants de médicaments développant des traitements alternatifs ou des génériques. Elle veut également importer des médicaments moins onéreux. Mais la candidate démocrate veut surtout pénaliser financièrement les augmentations de prix injustifiées et utiliser l'argent recueilli pour améliorer l'accès aux médicaments et la compétition entre laboratoires pharmaceutiques. En outre, elle propose la création d'un groupe pour déterminer le moment où le prix d'un médicament grimpe de façon injustifié et dont les patients ont un besoin urgent ou un traitement pouvant sauver des vies. Difficile pour les laboratoires pharmaceutiques de comprendre précisément à quel moment ils sont dans l'excès selon le plan d'Hillary Clinton.
"J'entends les doléances des investisseurs. Ils ne veulent pas mettre de capitaux dans les entreprises qui prennent des risques, et l'un des plus gros risques est de se retrouver confronté soi-même à une controverse sur le prix des médicaments."
En France, le contrat à la performance fait des émules
En France, plusieurs laboratoires tentent également de donner une bonne image, espérant séduire les autorités en prévision de la négociation des prix des nouveaux médicaments. Ainsi, GSK France a mis en place un contrat à la performance avec l'Assurance maladie pour le traitement antiépileptique Trobalt. Ou encore, Celgene s'est engagé en 2014 dans un système de "paiement à la performance" avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) pour l'Imnovid, pour la prise en charge du myélome multiple. Accepté à un prix élevé, 8.900 euros par cycle (il peut y en avoir 6), le traitement sera remboursé à l'Assurance maladie en cas d'échec.
"C'est une prise de risque. Pour la France, sur 5 ans, ce programme nous coûte jusqu'à 3 millions de dollars",avançaitFranck Auvray àLa Tribune.