Très virulents contre les industries pharmaceutiques depuis le début de la campagne présidentielle, les candidats démocrate et républicain ont proposé plusieurs mesures pour réduire le prix des médicaments.
Avant de décrocher l'investiture démocrate et républicaine, Hillary Clinton et Donald Trump ont multiplié les propos acerbes et les annonces radicales contre les laboratoires pharmaceutiques. Des attaques qui ont pour origine la décision en août 2015 de Martin Shkreli, patron de Turing, d'augmenter de 5.000% le prix du Daraprim, ,un médicament utilisé par les personnes souffrant du VIH, passé de 13,50 à 750 dollars. Clinton a alors publié en septembre un tweet dans lequel elle fait l'annonce imminente d'un plan contre les dérives des prix pratiqués par les industries pharmaceutiques, ébranlant les valeurs boursières des biotechs notamment.
John McCain, candidat républicain proposait déjà cette mesure en 2008. Soumise au Congrès en 2012, elle avait été rejetée. "Le congrès devra passer outre les intérêts privés et faire ce qui est bon pour les Etats-Unis. L'industrie pharmaceutique, c'est le secteur privé, mais les laboratoires pharmaceutiques fournissent un service public", avance Donald Trump.
Quand Trump promettait 300 milliards de dollars d'économies par an
Donald Trump avait mis sur la table une autre mesure: permettre à l'Assurance maladie de négocier avec les industries pharmaceutiques. Lors d'un discours au New Hampshire en février, le candidat républicain évoquait 300 milliards de dollars d'économies possibles par an en permettant au Medicare (système d'assurance santé américain) de négocier. Car les négociations pour fixer les prix des médicaments aux Etats-Unis se font avant tout entre les laboratoires pharmaceutiques et les assureurs locaux.
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Le montant avancé par Donald Trump a suscité le scepticisme dans la presse américaine et parmi les experts. Le Washington Post rappelle que le Medicare Part D (qui se charge de prescrire les médicaments) n'a dépensé que 78 milliards de dollars en 2014. Tandis que les dépenses totales en médicaments prescrits aux Etats-Unis oscillent entre 298 et 423 milliards de dollars par an, selon les sources, ajoute le journal. Donald Trump n'a pas repris cette proposition depuis, et elle ne figure pas sur le programme affiché sur son site de campagne.
Clinton veut privilégier la R et D et négocier les prix à la baisse
Hillary Clinton, qui s'était montrée particulièrement virulente en fin d'année 2015 contre les prix exorbitants des laboratoires pharmaceutiques, a quant à elle soumis un programme plus détaillé que son rival pour réduire le coût des médicaments prescrits. Ce dernière veut permettre au Medicare de négocier le prix des médicaments avec les industries pharmaceutiques. Une mesure qu'elle portait déjà lors de sa campagne en 2008.
Et comme Donald Trump, elle compte donner la possibilité aux Américains d'importer des médicaments vendus à l'étranger, estimant "qu'il est injuste que les prix soient plus faibles à l'étranger pour les mêmes médicaments". Elle compte en outre pousser la FDA à encourager la diffusion massive de biosimilaires et de génériques. En outre, elle veut limiter les sommes payées de leur poche par les patients, notamment ceux atteints de maladie chronique.
Elle réclame également que les subventions dédiées à la publicité des fabricants de médicaments en direction des consommateurs soient réinvesties dans la recherche et le développement.
Mais les propositions d'Hillary Clinton ne sont pas toutes punitives. La démocrate est prête à maintenir le versement de subventions aux laboratoires pharmaceutiques et même l'encourager si les sommes sont utilisées avant tout pour la R et D.
Les labos pharmaceutiques, de généreux donateurs pour Clinton
L'industrie pharmaceutique s'est montrée discrète et a rarement répondu aux différentes attaques ou mesures annoncées par les deux candidats à la présidence des Etats-Unis. Mais un autre baromètre peut permettre de voir à quel point elle peut craindre les deux candidats: les dons destinés à financer la campagne présidentielle.
"On ne peut pas dire 'Oh mon dieu, elle court vers la gauche !'. Elle est juste fidèle à elle-même. Elle a d'excellentes relations avec les gens. Mais cela ne veut pas toujours dire qu'elle leur donne ce qu'ils veulent."
L'industrie pharmaceutique, peu généreuse envers Trump
Donald Trump n'a quant à lui reçu que 31.840 dollars au total. Pour Brian Skorney, cela s'explique par la rhétorique utilisée par le candidat républicain pour attaquer l'industrie pharmaceutique et la difficulté de prédire le type de mesures qu'il appliquerait s'il était élu.
Pour l'observatoire Common Cause, interrogé par La Tribune, la raison des écarts de dons entre les deux candidats est différente:
"Comme des parieurs professionnel, ils placent des paris sur le gagnant. Ils changeront de braquet si les écarts se resserrent entre les deux candidats.Les groupes pharmaceutiques ne sont pas connus pour prendre des positions contre n'importe quelle personne pouvant un jour les aider", explique Scott Swenson, vice-président de la communication pour Common Cause.Et d'ajouter: les Américains paient un prix élevé pour l'accès et l'influence acquis par les contributions politiques des laboratoires pharmaceutiques et de leur association professionnelle. Des millions d'euros investis par l'industrie pharmaceutique qui sont récupérés en faisant payer aux Américains des médicaments à des prix parfois 80% plus élevés qu'à l'étranger.