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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

Trump et Clinton sont-ils les ennemis des labos pharmaceutiques ?

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 11 août 2016 à 15:48 - Mis à jour le 16 août 2016 à 13:55

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Très virulents contre les industries pharmaceutiques depuis le début de la campagne présidentielle, les candidats démocrate et républicain ont proposé plusieurs mesures pour réduire le prix des médicaments.

Avant de décrocher l'investiture démocrate et républicaine, Hillary Clinton et Donald Trump ont multiplié les propos acerbes et les annonces radicales contre les laboratoires pharmaceutiques. Des attaques qui ont pour origine la décision en août 2015 de Martin Shkreli, patron de Turing, d'augmenter de 5.000% le prix du Daraprim, ,un médicament utilisé par les personnes souffrant du VIH, passé de 13,50 à 750 dollars. Clinton a alors publié en septembre un tweet dans lequel elle fait l'annonce imminente d'un plan contre les dérives des prix pratiqués par les industries pharmaceutiques, ébranlant les valeurs boursières des biotechs notamment.

Donald Trump, quant à lui, traite Martin Shkreli "d'enfant gâté" qui devrait avoir "honte de lui-même". En février, le candidat républicain annonce défier "la puissante" industrie pharmaceutiques et promet de baisser les prix des médicaments. Pour le républicain, les labos pharmaceutiques représentent le deuxième ou troisième lobby du pays. Il dénonce leur forte influence sur les hommes politiques.

Donald Trump veut importer des médicaments moins chers

"Donald Trump n'est pas l'ami de l'industrie pharmaceutique". Tel est le titre d'un article issu d'un magazine spécialisé dans l'industrie pharmaceutique. Mais faut-il le prendre pour argent comptant ? Dans son programme, Donald Trump annonce avoir pour objectif d'entrainer les industries pharmaceutiques dans une réforme libérale en "supprimant les barrières pour l'accès au libre marché des fabricants de médicaments qui proposent des produits fiables, sûrs et moins chers". En clair, il est prêt à réimporter des médicaments vendus moins cher à l'étranger.

John McCain, candidat républicain proposait déjà cette mesure en 2008. Soumise au Congrès en 2012, elle avait été rejetée. "Le congrès devra passer outre les intérêts privés et faire ce qui est bon pour les Etats-Unis. L'industrie pharmaceutique, c'est le secteur privé, mais les laboratoires pharmaceutiques fournissent un service public", avance Donald Trump.

Quand Trump promettait 300 milliards de dollars d'économies par an

Donald Trump avait mis sur la table une autre mesure: permettre à l'Assurance maladie de négocier avec les industries pharmaceutiques. Lors d'un discours au New Hampshire en février, le candidat républicain évoquait  300 milliards de dollars d'économies possibles par an en permettant au Medicare (système d'assurance santé américain) de négocier. Car les négociations pour fixer les prix des médicaments aux Etats-Unis se font avant tout entre les laboratoires pharmaceutiques et les assureurs locaux.

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Le montant avancé par Donald Trump a suscité le scepticisme dans la presse américaine et parmi les experts. Le Washington Post rappelle que le Medicare Part D (qui se charge de prescrire les médicaments) n'a dépensé que 78 milliards de dollars en 2014. Tandis que les dépenses totales en médicaments prescrits aux Etats-Unis oscillent entre 298 et 423 milliards de dollars par an, selon les sources, ajoute le journal. Donald Trump n'a pas repris cette proposition depuis, et elle ne figure pas sur le programme affiché sur son site de campagne.

Néanmoins, une autre mesure pourrait trouver grâce aux yeux des laboratoires pharmaceutiques américains.Donald Trump, après avoir vivement critiqué la tentative d'inversion fiscale de Pfizer avec le rachat d'Allergan, a rappelé dans son discours à Détroit la semaine dernière qu'il voulait limiter à 15% l'impôt sur les sociétés américaines pour ne pas éroder leur compétitivité.

Clinton veut privilégier la R et D et négocier les prix à la baisse

Hillary Clinton, qui s'était montrée particulièrement virulente en fin d'année 2015 contre les prix exorbitants des laboratoires pharmaceutiques, a quant à elle soumis un programme plus détaillé que son rival pour réduire le coût des médicaments prescrits. Ce dernière veut permettre au Medicare de négocier le prix des médicaments avec les industries pharmaceutiques. Une mesure qu'elle portait déjà lors de sa campagne en 2008.

Et comme Donald Trump, elle compte donner la possibilité aux Américains d'importer des médicaments vendus à l'étranger, estimant "qu'il est injuste que les prix soient plus faibles à l'étranger pour les mêmes médicaments". Elle compte en outre pousser la FDA à encourager la diffusion massive de biosimilaires et de génériques. En outre, elle veut  limiter les sommes payées de leur poche par les patients, notamment ceux atteints de maladie chronique.

Elle réclame également que les subventions dédiées à la publicité des fabricants de médicaments en direction des consommateurs soient réinvesties dans la recherche et le développement.

Mais les propositions d'Hillary Clinton ne sont pas toutes punitives. La démocrate est prête à maintenir le versement de subventions aux laboratoires pharmaceutiques et même l'encourager si les sommes sont utilisées avant tout pour la R et D.

Les labos pharmaceutiques, de généreux donateurs pour Clinton

L'industrie pharmaceutique s'est montrée discrète et a rarement répondu aux différentes attaques ou mesures annoncées par les deux candidats à la présidence des Etats-Unis. Mais un autre baromètre peut permettre de voir à quel point elle peut craindre les deux candidats: les dons destinés à financer la campagne présidentielle.

Si l'on s'intéresse aux chiffres relayés par l'organisme à but non lucratif the Center for Responsive Politics, les laboratoires pharmaceutiques préfèrent Hillary Clinton, et de loin. Les groupes pharmaceutiques et les fabricants de produits médicaux ont donné 834.000 dollars au comité de campagne de Clinton, et 3,9 millions de dollars si l'on y ajoute les groupes extérieurs (des soutiens du candidat qui ne peuvent se coordonner avec le comité de campagne). Néanmoins, les industries de la santé ne représentent que le 16e secteur en termes de financement.

"Le programme d'Hillary Clinton est identifiable"

"Le programme d'Hillary Clinton est identifiable, compréhensible et pourrait être ajusté" , analysait pour la CNBC en mars Brian Skorney, un analyste du cabinet Robert W. Baird, pour expliquer le niveau d'investissements des laboratoires pharmaceutiques et fabricants de dispositifs médicaux.

Par ailleurs, la démocrate est connue pour être proche de plusieurs grands patrons américains. Et cette dernière a tenu en 2014 des conférences organisées par Wall Street et grassement rémunérées.Tom Nides, haut responsable de Morgan Stanley et proche d'Hillary Clinton expliquait selon Politico:

"On ne peut pas dire 'Oh mon dieu, elle court vers la gauche !'. Elle est juste fidèle à elle-même. Elle a d'excellentes relations avec les gens. Mais cela ne veut pas toujours dire qu'elle leur donne ce qu'ils veulent."

L'industrie pharmaceutique, peu généreuse envers Trump

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Donald Trump n'a quant à lui reçu que 31.840 dollars au total. Pour Brian Skorney, cela s'explique par la rhétorique utilisée par le candidat républicain pour attaquer l'industrie pharmaceutique et la difficulté de prédire le type de mesures qu'il appliquerait s'il était élu.

Pour l'observatoire Common Cause, interrogé par La Tribune, la raison des écarts de dons entre les deux candidats est différente:

"Comme des parieurs professionnel, ils placent des paris sur le gagnant. Ils changeront de braquet si les écarts se resserrent entre les deux candidats.Les groupes pharmaceutiques ne sont pas connus pour prendre des positions contre n'importe quelle personne pouvant un jour les aider", explique Scott Swenson, vice-président de la communication pour Common Cause.Et d'ajouter: les Américains paient un prix élevé pour l'accès et l'influence acquis par les contributions politiques des laboratoires pharmaceutiques et de leur association professionnelle. Des millions d'euros investis par l'industrie pharmaceutique qui sont récupérés en faisant payer aux Américains des médicaments à des prix parfois 80% plus élevés qu'à l'étranger.

Jean-Yves Paillé

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