Alors que le budget de 2025 prévoyait une hausse des crédits alloués à la recherche, les acteurs de la santé regrettent de voir leur secteur trop souvent délaissé par ces investissements. Et la baisse des fonds depuis 10 ans se fait ressentir dans toute la chaîne, des hôpitaux aux industries pharmaceutiques.« Renforcer l'attractivité des carrières scientifiques et l'investissement dans la recherche. » C'était l'un des quatre piliers du budget du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche pour 2025. Mais malgré un montant de 89 millions d'euros supplémentaires annoncés - et déjà en suspens à cause de la censure - tous les maillons de la chaîne de santé s'accordent sur le fait que la France n'investit toujours pas assez.
En 2021, un état de la situation de la recherche en France dressait un premier bilan mitigé : « Avec 2,22% du PIB consacré à la recherche intérieure en 2021, la France est en deçà de l'objectif de 3% fixé par l'UE ». Surtout, la santé est, depuis 10 ans, le parent pauvre des allocations de l'enveloppe de recherche. Le pays consacre environ 17% à la recherche en biologie-santé, contre 35% à 40% pour les pays européens voisins et jusqu'à 50% pour le Royaume-Uni, d'après des chiffres de 2020.
Malgré la pandémie de Covid, force est de constater que la ligne ne change pas beaucoup. Emmanuel Macron a pourtant lancé 16 nouveaux programmes en mai 2023 pour accélérer la recherche et l'innovation en santé dans le cadre de France 2030 et créé une agence de l'innovation fin 2022, mais cela ne vient que « se mettre au-dessus d'un mille-feuille complexe d'institutions de recherche », regrette Frédéric Bizard, économiste de la santé.
Trop de bureaucratie
Car au-delà du problème de sous-financement chronique dont souffre la recherche en santé ces dernières années, la France se pénalise par sa bureaucratie. « On est constamment en train d'écrire pour obtenir des financements », se désole Enzo Poirier, chercheur en immunologie à l'Institut Pasteur. La lenteur de l'administration se voit davantage dans les essais cliniques. La France se retrouve souvent derrière l'Espagne ou l'Allemagne, plus rapides à ouvrir des centres pour effectuer la continuité des recherches.