Thérapie cellulaire : GoLiver Therapeutics sur les traces de l’ARN Messager

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Engagé dans la production d'un biomédicament permettant une autorégénération du foie, le chercheur Tuan Huy Nguyen, fondateur de GoLiver Therapeutics, veut industrialiser ses process pour augmenter les rendements, poursuivre les essais cliniques et abaisser le coût du médicament.
Engagé dans la production d'un biomédicament permettant une autorégénération du foie, le chercheur Tuan Huy Nguyen, fondateur de GoLiver Therapeutics, veut industrialiser ses process pour augmenter les rendements, poursuivre les essais cliniques et abaisser le coût du médicament. (Crédits : GoLIver Therapeutics)
A l’image de l’ARN messager mis en lumière par les vaccins développés par Moderna et BioNTech contre le SARS-CoV-2, la start-up nantaise GoLiver Therapeutics développe un biomédicament innovant de thérapie cellulaire pour s’affranchir des greffes de foie. Prometteuse, cette technologie, soutenue dans le cadre du Plan de relance aux secteurs stratégiques, pourrait être déclinée pour d’autres organes dont la peau produite… à l’aide d’une « simple » imprimante 3D.

Si l'Etat a raté le coche de l'ARN messager utilisé pour certains vaccins contre le Covid-19, il pourrait se refaire avec la thérapie cellulaire. « C'est un pari », admet, Tuan Huy Nguyen, ex-chercheur à l'Inserm et président de GoLiver Therapeutics, spin-off de l'Inserm et de l'Université de Nantes, créée en 2017 à Nantes, après douze années de recherche consacrées à la production de cellules souches pluripotentes différenciées permettant l'auto-régénération du foie, sans greffe, et la mise au point d'une solution thérapeutique injectable. « La thérapie cellulaire aujourd'hui, c'est un peu l'ARN messager il y a 10 ans. On pensait qu'il y avait un potentiel mais il fallait construire une nouvelle industrie pharmaceutique et ça ne faisait pas rêver les investisseurs, alors qu'aujourd'hui il a permis de développer en un temps record les premiers vaccins pour lutter contre le coronavirus», souligne le chercheur, qui vient de bénéficier d'un million d'euros dans le cadre du Plan de relance voué aux « secteurs stratégiques ».

 La thérapie innovante à prix abordable

Le soutien de France Relance va lui permettre d'investir 2 millions d'euros dans une plateforme d'industrialisation. Dans son laboratoire nantais, Tuan Huy Nguyen a déjà réussi à produire 4 milliards de cellules souches, soit l'équivalent de quatre doses, injectables directement dans le foie du patient.

« Il s'agit maintenant, avec le concours d'un sous-traitant disposant d'une salle blanche et du matériel adéquat, de reproduire le process et de garantir la robustesse du procédé pour multiplier par cinq la production », explique le chercheur. Au moins trois acteurs biopharmaceutiques de la région seraient susceptibles de pouvoir accepter la mission.

Pour GoLiver Therapeutics, l'enjeu est d'être en mesure de produire vingt doses pour poursuivre les essais cliniques engagés depuis 2020, avec l'Hôpital Paul-Brousse (AP-HP à Villejuif), spécialisé dans la prise en charge de pathologies hépatobiliaires et ayant déjà mené des essais cliniques de thérapies innovantes pour le foie. Cette prochaine étape permettra de mesurer les contraintes de qualité pour la tolérance du candidat médicament. Autrement dit, de savoir si un milliard ou deux milliards de cellules souches, voire moins, sont nécessaires au traitement des maladies hépatiques. Ce qui aura une incidence sur le prix du traitement.

L'ambition de GoLiver Therapeutics est de mettre sur le marché un médicament de thérapie innovante, « à un prix raisonnable et à un coût de fabrication faible et maîtrisé, grâce au développement d'une chaîne de production industrielle », rappelle Tuan Huy Nguyen, soutenu par le FEDER (Fonds Européen de Développement Régional ) et BPIFrance à hauteur de 400.000 euros pour sa R&D. Distingué par la Commission européenne en 2020, GoLiver Therapeutics (1) était en 2019, selon le magazine Challenges, « l'une des 100 start-up où investir." Pour qui veut parier sur les technologies révolutionnaires.

Duplicable avec une imprimante 3D

 L'enjeu de la bioproduction à un prix abordable est, en tout cas, de taille pour une maladie rare qui concernerait quelque 10.000 patients dans le monde dont 100 à 300 en France où le système de santé manque de greffons. « Certaines études américaines estiment que le prix d'un greffon peut atteindre 600.000 euros», précise le chercheur. Dans le secteur de la thérapie cellulaire, le prix de certains médicaments a pu s'envoler de 300.000 euros à 2 millions d'euros. GoLiver compte donc sur son procédé de bioproduction à très haut rendement pour atteindre un faible coût. Jusqu'où ? Trop tôt pour le dire.

 Selon le calendrier visé par le fondateur de GoLiver Therapeutics, sa solution thérapeutique pourrait solliciter une Autorisation Temporaire d'Utilisation (ATU) dès 2026, de manière à pourvoir engager rapidement les essais cliniques de Phase III à plus large échelle, pour espérer une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) en 2029. « C'est un traitement d'avenir. Lors d'une greffe du foie, en cas d'insuffisance hépatique terminale, le patient doit prendre des immunosuppresseurs à vie pour moduler les déficiences immunitaires et réduire le rejet du greffon. Et des effets secondaires existent », plaide André Le Tutour, président fondateur de TransHepate, la Fédération nationale des malades et transplantés hépatiques.

Au-delà de l'investissement de 2 millions d'euros, Tuan Huy Nguyen estime qu'il va devoir lever 3 millions d'euros pour poursuivre les essais cliniques de cette technique disruptive, promise à de nombreuses autres applications. « La technologie des cellules souches pluripotentes peut très bien s'adapter à d'autres organes comme le cœur, les poumons ou les greffes de peau que l'on pourrait réaliser avec la technologie du bio printing qui consiste à produire de la peau comme avec une imprimante 3D. Et là on entre dans une nouvelle industrie », esquisse-t-il. Un pari à un million d'euros pour le gouvernement.

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(1) GoLiver Therapeutics est lauréate du French Tech Transfer Invest 2019, du French Tech Seed en 2019, du Grand Prix National i-LAB 2016 en biotech de la santé " émergence " i-LAB 2015.

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