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Nucléaire : le "nein" allemand, une chance pour la France

Valérie Segond, éditorialiste à La Tribune

Publié le 10 juin 2011 à 16:41

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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La France pourrait-elle devenir le "château d'eau nucléaire" de l'Allemagne ? À première vue, France et Allemagne seront très complémentaires. Mais au prix d'investissements très lourds et difficiles à rentabiliser.

«S'ils arrêtent leurs centrales, il va bien falloir les remplacer, a lancé Nicolas Sarkozy, dans un accès de bon sens. On sera candidat pour leur vendre de l'électricité ! » À première vue, la décision allemande de sortir du nucléaire d'ici à dix ans constitue pour les grands électriciens français, EDF en tête, une formidable opportunité. Forte de ses 58 réacteurs nucléaires, qui lui fournissent une électricité à un prix parmi les moins chers d'Europe, la France ne dispose-t-elle pas d'un avantage comparatif inégalé qui lui permettrait de devenir un grand exportateur d'électricité en Europe ? D'ores et déjà, la France exporte plus d'électricité qu'elle n'en importe, même si le solde positif en raison des journées d'hiver pendant lesquelles la France est importatrice nette (72 jours en 2010 contre 6 en 2008), grâce à la disponibilité de nos centrales, s'est beaucoup réduit.

Dès lors, si l'Allemagne ne parvenait pas à compenser la disparition de centrales qui, en 2010, lui fournissaient encore 22 % de sa consommation d'électricité, pourrait-on développer de façon volontariste nos exportations outre-Rhin ? Car la France, qui était encore, en 2010, importatrice nette d'électricité vis-à-vis de l'Allemagne, est devenue, depuis le moratoire allemand de la mi-mars, exportatrice nette vis-à-vis de son voisin. « L'Allemagne est la frontière sur laquelle l'interconnexion à l'export est la moins saturée, fait-on remarquer à la Comission de régulation de l'énergie. II existe donc des capacités physiques pour accroître encore nos exportations. » Sachant que nous exportons beaucoup moins vers l'Allemagne que vers l'Italie et surtout la Suisse. Or, fait encore remarquer le régulateur, « il existe depuis novembre 2010, entre la France, l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, un système d'échanges fluides entre marchés par lequel, à tout moment, ces pays utilisent la centrale la plus efficace et la moins chère pour répondre à la demande ». La mise en commun des centrales existe donc déjà, sans qu'aucun consommateur ne s'effraie de l'origine de l'électricité qu'il consomme.

Mieux, avec la décision allemande, une très forte complémentarité entre la France et l'Allemagne va s'imposer : « Côté allemand, explique le professeur à l'École d'économie de Toulouse, Claude Crampes, il y aura des ressources éoliennes et solaires certes abondantes, mais structurellement intermittentes et aléatoires. Côté français, il y a abondance de ressources totalement contrôlées et surtout moins variables. »

Seulement, les capacités aujourd'hui excédentaires des centrales françaises par rapport à la consommation nationale seront-elles suffisantes pour répondre à un important besoin allemand ? Nos exportations actuelles vers l'Allemagne (66 TWh en 2010) représentent une petite moitié de sa production nucléaire. Mais il est très difficile à ce jour de chiffrer ses besoins d'ici dix et vingt ans.

François Lévêque (Mines ParisTech) estime cependant qu'« entre les nombreuses visites décennales des centrales françaises dont la moyenne d'âge est de 25 ans, les travaux supplémentaires liés au renforcement post-Fukushima des standards de sûreté, et la demande française qui va continuer à progresser, les quantités disponibles à l'exportation vont diminuer, même si EDF a fait récemment de gros efforts pour améliorer la disponibilité des centrales ». Et surtout, l'offre nucléaire n'est pas suffisamment flexible pour répondre aux à-coups de l'éolien comme du solaire. Mais ce n'est pas tout : les interconnexions en Europe, conçues après la Seconde Guerre pour assurer à chaque pays la sécurité d'approvisionnement, sont aujourd'hui très insuffisantes pour que se développe un véritable grand marché européen.

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Cela signifie qu'une stratégie volontariste d'exportation passe par de très importants investissements sur les centrales comme sur les lignes haute tension. Avant même la décision allemande, les opérateurs de réseaux européens avaient prévu de construire un minimum de 42.000 km d'interconnexions d'ici à dix ans, pour un montant de 60 milliards d'euros. « Rien qu'en Allemagne, remarque François Lévêque, les investissements en réseau vont devoir être décuplés, alors que la consommation d'électricité se fait au sud, là où sont les centrales qui vont fermer, et que les éoliennes sont au nord. »

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Si opportunité pour la France il y a, elle ne pourra être saisie qu'au prix d'investissements très lourds difficiles à rentabiliser : « Si dans un premier temps, la diminution des capacités en Allemagne va faire monter les prix de l'électricité, pronostique François Lévêque, la montée en puissance des énergies renouvelables, à la fois intermittentes et au coût marginal nul, pourrait se traduire par une baisse du prix de gros de l'électricité sur la plaque européenne. » Le choix allemand va ainsi bouleverser l'équilibre du marché, en introduisant une hypervolatilité des prix en fonction du vent et du soleil. Alors, la décision allemande, une chance pour la France ?

Valérie Segond, éditorialiste à La Tribune

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