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ClimatEnergie & Environnement

Les coûts de la filière nucléaire française au grand jour

Marie-Caroline Lopez

Publié le 31 janvier 2012 à 10:44 - Mis à jour le 31 janvier 2012 à 10:47

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Le rapport de la Cour des Comptes sur "les coûts de la filière électro-nucléaire" publié ce mardi liste, pour la première fois, les différents postes de dépenses qui composent le coût global du nucléaire. La Cour confirme la hausse certaine de ce coût dans les années à venir et souligne l'incertitude sur le plus long terme.

Comme l?avait révélé La Tribune le 12 janvier dernier, le rapport de la Cour des Comptes publié ce mardi souligne l?incertitude qui entoure le coût futur du démantèlement des centrales et de la gestion des déchets nucléaires. Estimé aujourd?hui à 22,2 milliards d?euros pour le premier et 35 milliards d?euros pour le second, la Cour "confirme la nécessité et l?urgence de faire réaliser, comme l?envisage la DGEC [direction générale de l?énergie et du climat], des audits techniques par des cabinets et des experts extérieurs", afin de valider les estimations d?EDF en la matière et "d?ajuster, si nécessaire, le niveau de provisionnement des opérateurs en conséquence".

Cet avis ne surprendra aucun des deux camps, pro et anti-nucléaire, qui s?affrontent avec une vigueur inédite en France depuis l?accident de Fukushima en mars dernier. Pour les premiers, au premier rang desquels le gouvernement, la satisfaction est de rigueur. "L?examen de la Cour ne fait pas apparaître de coût non pris en compte au sein de la régulation économique globale de la filière nucléaire", se félicite le cabinet d?Eric Besson, ministre de l?Energie. Ce qui permet aux pro-nucléaire d?affirmer que ce rapport signe la "fin du mythe des coûts cachés".

"Heureusement, qu?on ne découvre pas aujourd?hui, après cinquante ans de programme nucléaire, de nouveaux coûts", ironise Michèle Rivasi, parlementaire européenne, Europe Ecologie-Les Verts. "En revanche, l?incertitude sur les futurs coûts est confirmée", insiste-elle. La Cour, elle-même, tient à relativiser son propos en soulignant que les "charges futures sont par nature incertaines". "Elles seront certaines quand elles auront eu lieu", appuie un magistrat. D?ailleurs, ajoute la Cour, même si ces coûts estimés (démantèlement et déchets) doublaient, le coût de production de l?électricité n?augmenterait "que" de 5% (pour ce qui concerne le démantèlement) et de 1% pour les déchets.

Des dépenses certaines en forte hausse

Une certitude, en revanche, souligne la Cour des Comptes. Le programme d?investissement d?EDF pour entretenir le parc nucléaire français dans les années 2011-2025 va doubler par rapport aux dernières années. Il est prévu à 50 milliards d?euros (55 milliards en incluant les dépenses liées aux récentes exigences de l?Autorité de sûreté nucléaire après Fukushima), soit 3,7 milliards par an en moyenne, contre 1,7 milliard en 2010. Conséquence, certaine, elle : le coût de production de l?électricité nucléaire va bondir de 10%, calcule la Cour des Comptes.

Au titre des coûts cachés, la Cour met à jour trois chiffres peu connus jusqu?à présent. D?abord, le budget moyen annuel financé par l?Etat en matière de recherche (414 millions en 2010) et de sûreté (budget de l?ASN, IRSN? de 230 millions), qui s?élève à 640 millions d?euros en 2010. Plus original, elle calcule combien couterait à EDF de souscrire auprès d?un organisme financier une garantie couvrant le risque d?un accident nucléaire. Cette garantie est actuellement consentie gratuitement par l?Etat. Dans l?hypothèse d?une catastrophe dont la facture s?établirait à 70 milliards d?euros, cette garantie (sur 40 ans) coûterait 500 millions d?euros par an. Ce qui représente une hausse du coût de production de l?électricité de 3,5%.

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Par ailleurs, la Cour rapporte un chiffre qu?EDF tient assez discrètement par devers lui. L?électricité qui sortira de l?EPR de Flamanville, en construction, aura un coût de production de 70 à 90 euros le mégawattheure(MWh) contre 42 euros pour le courant qui sort des centrales actuelles.

Impossible d?arrêter les centrales à quarante ans

Enfin, la Cour souligne longuement les conséquences de la "non décision actuelle » sur l?évolution du parc nucléaire français. Rappelant que d?ici 2022, 22 réacteurs (sur 58) atteindront leur 40ème année de fonctionnement, elle alerte sur l?urgence de décider. Si les centrales n?étaient pas autorisées à fonctionner au-delà de 40 ans, pour maintenir la part actuelle du nucléaire (75% de l?électricité produite en France), il faudrait construire onze EPR d?ici cette date. Ce qui semble à la Cour "très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles".

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"Cela signifie qu?à travers l?absence de décision d?investissement, une décision implicite a été prise qui engage déjà la France : soit à faire durer ses centrales au-delà de quarante ans, soit à faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique".

La Cour conclut en souhaitant qu?"un stratégie énergétique soit formulée, débattue et adoptée en toute transparence et de manière explicite". Nul doute que là aussi, elle fera l?unanimité.

Marie-Caroline Lopez

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