Le rapport de la Cour des comptes relance le débat sur le nucléaire

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Les avis divergent entre pro et anti-nucléaire. Pour Michèle Rivasi, député européen d'Europe Ecologie-Les Verts, porte-parole d'Eva Joly, "ce sont, enfin, des chiffres ! mais d'une imprécision intolérable". "Certaines conclusions sont accablantes", affirme Greenpeace France. En revanche, pour Francis Sorin, directeur du Pôle Information de la Société française d'énergie nucléaire (Sfen), "ce rapport confirme que la compétitivité du nucléaire devrait durer". "Des décisions claires en faveur du nucléaire n'apporteraient que des avantages", ajoute Bertrand Barré, expert nucléaire.

"Tout est à la louche", pour Michèle Rivasi, député européen Europe Ecologie-Les Verts

"Il était temps, depuis cinquante ans qu'on s'est engagé dans le nucléaire, d'avoir une évaluation des coûts ! Les écologistes se battent depuis des années pour avoir des chiffres. On nous les a cachés pendant longtemps. C'est dommage d'avoir un rapport comptable et pas un rapport qui éclaire sur le choix d'une stratégie en chiffrant les différents scénarios.

C'est peut être le rapport qui montre qu'il n'y a pas de coûts cachés mais c'est surtout le rapport des coûts non précis, non clairement évalués. Les différentes estimations d'EDF (50 milliards d'euros pour prolonger la durée de vie des centrales, ou 10 milliards pour les travaux post Fukushima) ne sont pas contre-expertisées. Tout est à la louche.

Sur le démantèlement des centrales, c'est le calendrier qui est caché ! Quand va-t-on démarrer le démantèlement des neuf vieux réacteurs graphite gaz arrêtés depuis des années ? EDF veut reporter ces dépenses le plus tard possible. En fait, on ne sait pas comment s'y prendre et on ne dispose pas de centre de stockage pour les déchets qui seront issus du démantèlement.

L'imprécision du chiffrage est intolérable. La fourchette d'évaluation est beaucoup trop large. On ne sait pas quelle option va être retenue. Si on choisit un "retour au gazon", cela n'a pas le même coût. En Grande-Bretagne, ces dépenses représentent jusqu'à 50% du budget de construction. Il est intéressant de noter que le doublement du coût de production de l'électricité sortie de l'EPR de Flamanville (70 à 90 euros le MWh contre 50 pour les réacteurs actuels) met le nucléaire au même niveau de coût que l'éolien terrestre ! La vraie question demeure : combien veut-on payer la sécurité ? Le scénario avec zéro risque, c'est le scénario des écologistes. Le scénario le plus cher, c'est celui de François Hollande !"

« Il n?y a pas de pilote dans l?avion », affirme Sophia Majnoni, en charge de la campagne nucléaire chez Greenpeace France.

Cet exercice, inédit, doit poser la première pierre d?un débat plus large sur le coût du nucléaire. Nous retenons en premier lieu la conclusion assez accablante sur le rôle des gouvernements successifs dans la stratégie énergétique. En clair, la Cour explique qu?il n?y a pas de pilote dans l?avion. Par leur inaction, les différents gouvernements rendent quasi irréversible le prolongement de la durée de vie des centrales au-delà de 40 ans. Ils mettent ainsi l?Autorité de sureté nucléaire (ASN) au pied du mur ! C?est anormal que l?ASN n?ait plus la liberté de fermer une centrale si elle estime qu?il y a un problème de sûreté. C?est alarmant.
Le rapport pointe en outre un certain nombre d?incertitudes sur le coût du démantèlement et de la gestion des déchets. Nous demandons que la France se dote d?une stratégie de démantèlement, préalable indispensable à tout chiffrage. Nous souhaitons d?abord un débat qui aboutisse à un certain nombre de décisions comme par exemple l?option d?un démantèlement rapide ou différé. La différence entre les deux options, de 25 à 30 ans, a des répercussions sur le coût. Cet absence de stratégie a abouti au rejet du projet de démantèlement du réacteur de Brennilis par la commission d?enquête. Cela finit même par porter préjudice aux exploitants !
Enfin, ce rapport montre qu?EDF veut minimiser au maximum la hausse des coûts liée aux exigences post Fukushima de l?ASN. EDF chiffre à 10 milliards d?euros ces travaux, qui viennent s?ajouter aux 50 milliards d?euros nécessaires pour prolonger la durée de vie des centrales. Or, le président de l?ASN a qualifié d? »optimiste » cette estimation lors d?une audience publique à l?Assemblée nationale. Un vrai bras de fer va s?engager entre l?ASN et EDF.


"La fin de la fable des coûts cachés du nucléaire", estime Francis Sorin, directeur du pôle Information de la Société française d'énergie nucléaire (Sfen)

"La Sfen se réjouit que le rapport de la Cour des Comptes mette un terme que l'on peut espérer définitif à la fable des coûts cachés du nucléaire. A travers l'analyse et l'évaluation des chiffres, il se confirme que le nucléaire est un réel avantage économique pour la France et le pouvoir d'achat des Français. Et tout indique que cet avantage économique se prolonge à l'avenir. Même si les dépenses futures qui font l'objet d'évaluations incertaines (démantèlement et déchets) s'annoncent beaucoup plus élevées que prévu, leurs répercussions sur le prix de l'électricité resteront relativement limitées notamment en raison de leur étalement sur plusieurs années.

Même si les provisions nécessaires pour couvrir ces dépenses sont revues très nettement à la hausse, le nucléaire restera la source de production d'électricité la plus compétitive, derrière l'hydraulique. Loin d'être une charge pour l'Etat et pour le contribuable, le nucléaire est devenu une source de recette pour la collectivité publique. Les subventions, versées au démarrage du programme dans les années 70, se sont arrêtées au début des années 80. Depuis, les dépenses de l'industrie nucléaire française s'autofinancent. Elles rapportent même bien davantage à la communauté nationale qu'elle ne lui coûte.

Enfin, l'impact sur la balance commerciale est primordial. Le nucléaire évite à la France l'achat de gaz pour faire tourner des centrales électriques, pour un montant annuel de 20 milliards d'euros. Sans compter les recettes à l'export de l'industrie nucléaire (équipements et services), qui rapportent entre 5 et 8 milliards d'euros par an en moyenne".

« Une politique nucléaire assumée n?apporterait que des avantages ». estime
Bertrand Barré, professeur émérite à l?Institut national des sciences et techniques nucléaires.

C?est bien d?avoir un rapport sur un sujet très controversé. C?est une bonne base de discussion qui met les pendules à l?heure. Ce rapport va constituer une référence à partir de laquelle on pourra faire des comparaisons et relever les dérives dans un sens ou dans l?autre.
En France, en matière de démantèlement, nous en sommes effectivement encore à des évaluations car nous n?avons pas commencé à démanteler la série de réacteurs à eau pressurisé dont nous disposons actuellement. Nous avons une expérience parcellaire. Nous n?avons jamais procédé à un démantèlement en série. Donc aujourd?hui les évaluations de coût reposent sur des expériences à l?étranger, notamment aux Etats-Unis où trois réacteurs à eau pressurisés ont déjà été démantelés. En revanche, en Grande-Bretagne, ce sont des réacteurs graphite-gaz (du même type que les anciennes centrales françaises) qui ont été démantelés. Le coût est plus élevé car ils comportent plus de volume de matériaux à puissance installée comparable.
Le coût de production de l?électricité qui sortira de l?EPR en construction à Flamanvile n?est pas représentatif d?un futur parc puisqu?il s?agit d?un prototype. Comme dans beaucoup de secteurs industriels, un prototype prend beaucoup plus de temps à construire. Les EPR suivants seront construits plus rapidement et seront donc moins chers.
Par ailleurs, la question de la garantie fournie par l?Etat français en cas d?accident nucléaire, garantie gratuite pour EDF mais que la Cour évalue à 3,5% du coût de l?électricité si elle devait être payante- elle doit être considérée pour tous les modes de production d?électricité. Par exemple, en cas de rupture d?un barrage hydraulique ou le coût de la silicose autour des centrales à charbon. La prendre en compte dans le seul cas du nucléaire n?aurait pas de sens. 
Enfin, il serait effectivement préférable, comme le souligne la Cour, que le gouvernement fasse un choix assumée, objectif en faveur du nucléaire. Dans le contexte actuel, cela n'aurait que des avantages !


 

 

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a écrit le 01/02/2012 à 14:52 :
L'oligarcjhie des incapables a surpeuplé la France, créant ainsi des problèmes d'approvisionnement en électricité, des problèmes de déchets nucléaires, des problèmes de chômage massif, des problèmes de prélèvements d'impôts en parallèle avec l'augmentation de la population, des problèmes de pollution majeur avec des problèmes de santé majeurs comme l'accroissement exponentiel des poussières fines responsables de maladies de l'appareil respiratoire.
Réponse de le 02/02/2012 à 11:14 :
En clair, pourriez vous détaillé ceux que vous incluez dans l'oligarchie des incapables?
a écrit le 31/01/2012 à 22:30 :
Bizzare comment Mrs Barré et Sorin et les autres tenants de notre atom'cratie passent sous silence un "léger" problème soulevé par la Cour des Comptes: Quid de l'assurance et des réparations après une accident nucléaire ?

Examinons un cas concret pour nous rendre compte de l'ampleur de la tache: A combien une compagnie d'assurance cotée en bourse évaluerait aujourd'hui le montant de la prime d'assurance risques pour les 2 réacteurs de Nogent sur Seine, situés à 90 km de Paris ? Allez courage Mrs les Grosses têtes du Corps des Mines faites nous parts de vos éblouissants calculs...
a écrit le 31/01/2012 à 21:27 :
Les centrales nucléaires ont été techniquement conçues pour 40 ans .EDF les a amorties sur 30 ans et a donc provisionné l'argent de leur remplacement .Un fonctionnement des tranches au delà de 40 ans ,c'est donc tout benef! Et ça fera réduire le cout du KWH.Il faudra bien sûr faire un peu place pour les energies renouvelables ;mais ça va nous couter cher!
Réponse de le 01/02/2012 à 20:50 :
Désolé plutot 60
a écrit le 31/01/2012 à 21:09 :
Tout dépend si le nucléaire est une cause nationale ou si la privatisation est en cours! D'un coté le peuple a la priorité, de l'autre les intérêts de certain sont prioritaire! Car..., il est certain que l'option sécurité n'est pas a l'ordre du jour quand les actionnaires sont a l?affut des intérêts.
a écrit le 31/01/2012 à 19:58 :
Que les producteurs d'énergie soient mis en concurrence réelle, nucléaire, gaz de schiste, éolien, etc. De l'innovation concurrentielle naîtra le juste prix de l'énergie et la solutions aux impasses étatiques.
a écrit le 31/01/2012 à 17:48 :
On sait depuis l'installation des centrales qu'elles avaient une durée de vie limitée à 30 ans.....tout comptable de base sait que tout investissement a une durée d'amortissement l'objectif etant de prevoir le remplacement or nos super politiques n'ont encore une fois rien fait!!!la renovation, le remplacement rien n'a été provisionné
Réponse de le 01/02/2012 à 20:51 :
C'est faux beaucoup plus, ne pas confondre autorisation des organismes de tutelle et le projet technique qui lui vise les 60ans
a écrit le 31/01/2012 à 16:14 :
EDF préfère invertir à l?étranger plutôt que fiabilisé sont réseau et ses centrales.
Réponse de le 02/02/2012 à 15:04 :
C'est vrai .. Et malheureusement quand EDF investit a l'etranger c'est trop souvent un desastre .. Constellation , aux Etats-Unis , a fait perdre plus de 4 milliards de dollars a EDF , le rachat de British Energy ( 14,5 milliards d'euros ) pourrait s'averer le plus grand fiasco economique d'EDF , probablement plus de 10 milliards d'euros !!! Enfin , EDF n'est meme pas capable de faire tourner correctement ses centrales nucleaires dont la disponibilite est inferieure de 10 points par rapport aux autres exploitants !!!!
a écrit le 31/01/2012 à 16:12 :
Probablement une panne d?électricité dans les jours prochains ... pour mettre tout le monde d'accord ! ...vu la météo annoncée !

J?espère que les écolos vont se chauffer à l'éolienne !
Réponse de le 31/01/2012 à 20:42 :
Mdr oui et les pro eoliennes sont les memes qui pestaient contre les pilones electriques
Réponse de le 01/02/2012 à 20:54 :
20 pour cent du parc eolien qui a brulé chez nous depuis 3 ans (pb tecnique suite à vent trop fort, mais ce n'est pas mentionné dans la presse nationale au 20h il n'y avait personne en dessous. depuis attente et surveillance par l'armée!

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