Dix EPR d'ici 2016... Et si Areva rêvait ?

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Le réacteur nucléaire de type EPR d'Olkiluoto 3 actuellement en construction en Finlande. Copyright Reuters
Le réacteur nucléaire de type EPR d'Olkiluoto 3 actuellement en construction en Finlande. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Malgré les déboires de l'EPR de Flamanville, Luc Oursel, patron d'Areva, a confirmé jeudi son objectif de vendre dix EPR d'ici 2016. Un objectif qui sous-estime significativement les délais de commercialisation du nucléaire.

Face à la dérive de la facture et des délais des deux EPR en construction en France et en Finlande, Luc Oursel, patron d'Areva, a tenu à afficher résolument son optimisme jeudi. Il a notamment réaffirmé son objectif, fixé en décembre 2011, de vendre dix EPR d'ici 2016. C'est pourtant déjà pratiquement mission impossible, ne serait-ce que si on tient compte des très longs délais qui prévalent dans le choix d'un fournisseur de réacteurs.

6 procédures de sélection en cours et 6 "à venir"

Luc Oursel a expliqué qu'il allait tenir cet objectif parce que six électriciens (EDF en Grande-Bretagne, CGNPC en Chine, NPCIL en Inde, deux électriciens en Finlande et le tchèque CEZ) étaient actuellement en train de choisir le fournisseur de... dix réacteurs de la puissance d'un EPR. Pour autant, pour atteindre ses dix ventes d'ici 2016, le patron d'Areva a souligné qu'il ne comptait pas gagner 100% de ces compétitions. Il misait aussi sur les appels d'offres «à venir» dans six autres pays (Pologne, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Royaume Uni, Pays Bas, Suède).

Pour les 6 EPR en négociation en Grande-Bretagne, en Chine et en Inde, Areva est seul en lice. Ce sont des procédures de "gré à gré" (sans appel d'offres). Encore faut-il que les électriciens décident bel et bien de lancer les projets. Areva est par ailleurs en concurrence sur trois autres procédures en cours, en Finlande et en République Tchèque (même si le groupe français est éliminé à ce stade). Bref, pour tenir son objectif 2016, Luc Oursel doit impérativement signer d'ici là des contrats fermes avec quelques uns des électriciens qui envisagent de lancer une procédure de sélection dans les années qui viennent. Pour y parvenir, il faudrait que tout aille vite, très vite, plus vite que ce qu'on constate habituellement dans ce secteur.

? Au Royaume-Uni, pas de commande même si le programme est lancé depuis 2006

Premier exemple : au Royaume Uni, le gouvernement a décidé en 2006 de recourir à nouveau au nucléaire pour répondre à ses futures besoins en électricité. C'est pour cette raison que EDF a racheté l'exploitant nucléaire britannique British Energy en septembre 2008. Début 2013, soit sept ans plus tard, EDF n'aura toujours pas pris la décision officielle d'investir dans les deux premiers EPR britanniques. Le feu vert n'est plus attendu avant le printemps 2013, notamment parce que le gouvernement britannique doit encore prendre des dispositions pour assurer la viabilité économique du nucléaire.

? Il faudra quatre ans, au mieux, en Republique Tchèque

Deuxième exemple : En République Tchèque, l'appel d'offres pour deux réacteurs à Temelin est en cours. Le gouvernement avait décidé dès 1992 de lancer ces constructions. La pré-qualification des fournisseurs s'est terminée au printemps 2010. L'électricien prévoit de choisir son fournisseur d'ici à la fin 2013. Si le calendrier est respecté (ce qui est incertain puisque l'appel d'offres est suspendu actuellement après le recours introduit par Areva, éliminé actuellement), la procédure aura pris quatre ans.

? L'Arabie saoudite se prépare... depuis 2010

Autre exemple : l'Arabie Saoudite. Le Conseil de coopération du Golfe a décidé fin 2006 de lancer des études de faisabilité pour un programme de nucléaire civil. En 2010, le royaume a crée l'organisme chargé de ce programme. En juin 2011, les dirigeants ont officiellement annoncé qu'ils «s'apprêtaient à lancer un appel d'offres international» pour 16 réacteurs. En avril 2012, ils indiquaient que dans «quelques mois» serait précisée... la part que le royaume entendait allouer au nucléaire d'ici 2020 et surtout 2030... L'appel d'offres n'est toujours pas lancé.

? En Finlande et aux Emirats, les appels d'offres ont été menés en deux ans maximum

D'évidence, ce sont les phases en amont des procédures qui sont très longues. Une fois lancés, les appels d'offres peuvent aller relativement vite. Il faut compter deux ans au minimum. Comme à Abu Dhabi, où la consultation internationale s'est déroulée de début 2008 à fin 2009. En Finlande, l'appel d'offres où Areva a été choisi pour OL3 a été rondement mené en 18 mois, de septembre 2002 à décembre 2003. Le gouvernement et le parlement avaient, en amont, franchi plusieurs étapes législatives.

? En Pologne, Areva mise sur une décision en 2015

En Pologne, Areva table sur une décision en deux ans, après un appel d'offres en 2013. Cet appel d'offres doit cependant «être prochainement lancé» depuis début 2011. Le délai est d'autant plus long dans les pays qui font leur premier pas dans le nucléaire. Mais pas seulement, comme en témoignent l'exemple britannique ou sud-africain. Pretoria avait lancé puis annulé un appel d'offres fin 2008. Depuis, tous les fournisseurs, dont Areva, sont dans les starting blocks...

? En Inde, la signature n'est toujours pas en vue, alors qu'elle était "imminente" en 2008 

Même dans les procédures de sélection sans appel d'offres («de gré à gré»), les délais peuvent s'allonger indéfiniment. Comme EDF en Grande-Bretagne ou encore comme en Inde. Areva annonçait en octobre 2008 que le groupe allait signer «prochainement un protocole d'accord en vue de la fourniture à l' Inde d'au moins deux réacteurs EPR». Cinq ans après, ce n'est toujours pas fait. Et pas imminent, selon Luc Oursel.
 

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a écrit le 24/04/2013 à 22:34 :
Il suffit de comparer l évolution des courbes de production d électricité nucléaire et d électricité ENR en chine pour voir que le moindre retard sera fatal au nucléaire vu la rapidité (exponentielle) de la production électrique ENR chinoise : rien que l éolien dépasse déjà la production nucléaire chinoise. Pas fous ces chinois ! d ici moins d une décennie, on va se retrouver les seuls à vendre des réacteurs, qui, en plus d exploser de temps en temps, n intéressent plus personne. Au fait, d après les chiffres de l AIEA (pas de greenpeace) il nous reste de l uranium pour 38 ans !
a écrit le 02/01/2013 à 12:40 :
Intéressant papier qui récapitule bien les difficultés de planification de l'industrie nucléaire, ce risque étant l'un des 5 risques financiers majeurs qui pèsent sur la construction d'un nouveau réacteur (https://www.citigroupgeo.com/pdf/SEU27102.pdf).

Le cas de la Chine est particulièrement intéressant car s'il est quasiment sûr qu'un nouveau contrat sera passé sur les deux réacteurs de Taishan 3 & 4, en revanche ce qui est beaucoup moins clair c'est l'étendu de ce futur contrat. En effet Taishan 1 & 2 ont été vendus avec transfert de technologie. Le cas des AP 1000 de westinghouse peut donner une indication de la façon de travailler des chinois dans le nucléaire. Westinghouse construit 4 AP 1000 avec les chinois. Pour les 2 premières unités, westinghouse fournit les composants principaux de l'ilôt nucléaire, le système de contrôle commande et quelques autres pièces autour des générateurs de vapeur. Mais pour les deux réacteurs suivants, ce sont les opérateurs chinois qui auront la charge de ce périmètre d'action... autrement dit westinghouse sera réduit à un rôle minime sur le chantier... http://www.power-eng.com/articles/npi/print/volume-5/issue-5/nucleus/understanding-the-future-of-nuclear-after-fukushima.html

Rappelons que ce qui compte pour Areva c'est notamment de faire travailler ses usines de Chalon saint marcel qui fournissent les gros composants dont la cuve du réacteur et les générateurs de vapeur... On peut imaginer que cet aspect est clé dans la négociation en cours avec la Chine... dont on ne sait pas grand chose à ce jour...
a écrit le 17/12/2012 à 19:05 :
Ce qui serait encore mieux, c'est qu'Areva vende autant d'EPR en France. Je crois en l'expansion de l'EPR dans le monde, c'es la solution de l'avenir. Cela me fait rire quand je vois des gens dire que l'EPR est fini, ce qui est totalement faux.
a écrit le 14/12/2012 à 14:49 :
Y parait Kan Chine il n'y a pas de dépassement et que les délais sont tenus?????? On ne les enfle pas comme cela les Chinois pas comme les Frenchies
Réponse de le 14/12/2012 à 15:59 :
En Chine même si il y a un dépassement de budget, personne n'est au courant. Areva a vendu 2 EPR pour de 3,7 milliards il me semble. En France 3,3 milliards c'était le budget pour 1 seul EPR et on est déjà à 8,5 milliards. Soit on est des pigeons, soit ils sont très fort ces Chinois!!
Réponse de le 15/12/2012 à 20:43 :
C'est juste que pour les chinois l'assistance pour le béton c'est Vinci pas Bouygue ( Olkiluoto et flamanville). Quand tu vois que 80 à 90% du retard généré c'est uniquement sur le génie civil...
Réponse de le 26/02/2013 à 17:38 :
Pour être honnête, c'est Eiffel a fait les console de Flamanville, et ils ne s'en sont pas mieux sorti que Bouygue, tout à refaire !
a écrit le 14/12/2012 à 12:50 :
Ce qui me semble très drole dans cet article et dans l'analyse d'Areva c'est que personne ne parle du prix auquel Areva comptent fourguer ses pétaudières radioactives. 3 milliards, 6 milliards, 9 milliards, 12 milliards ? Ca c'est vraiment une caractéristique fondamentale du nucléaire: les prix ne veulent rien dire, l'addition est obligatoirement très supérieure au devis mais les décideurs s'en contrefoutent puisque ce sont nos descendants et les contribuables qui finissent toujours par assumer les dégats et régler le solde du fiasco. Un film à revoir: "L'Argent des Autres".
Réponse de le 27/02/2013 à 11:54 :
Vu qu'Areva fait des bénéfices ...excusez moi si je me permet de vous contredire.
a écrit le 14/12/2012 à 12:35 :
Dans le monde, les économies d'énergie sur l'éclairage peuvent remplacer la production électrique de 185 EPR. Avec l'éclairage basse consommation, le monde pourrait économiser 2 217 TWh par an selon une simulation de l'Agence internationale de l'énergie. Un EPR doit produire 12 TWh par an.
Réponse de le 14/12/2012 à 13:54 :
Ca serait bien qu'on économise en premier lieu les centrales charbon extrêmement polluante et très inefficaces qui sont massivement prévues êtres mises en route en Chine et en Inde dans les prochaines années.
a écrit le 14/12/2012 à 12:11 :
Le nucléaire est incontournable pour l'avenir. Les énergies fossiles diminueront par définition tôt ou tard, et curieusement, on n'entend moins parler de l'effet de serre depuis que les états unis et certains pays européens mises sur le gaz de schiste et le charbon. Ce n'est pas l'éolien et le solaire qui permettront de compenser les nouveaux besoins en électricité, surtout si l'on veut dépolluer les transports par le véhicule électrique. D'autre part si l'on veut éviter une catastrophe écologique due aux effets de serre, diminuer le nucléaire est une ineptie. D'autant plus que l'EPR n'est que transitoire avant les centrales de quatrième génération puis la fusion. Subventionner le solaire sur les toit est une absurdité couteuse car cet argent aurait mieux été utiliser à améliorer l'isolation des logements.
a écrit le 14/12/2012 à 10:46 :
Comment vendre un produit dont la fabrication ne semble pas maîtrisée par Areva? Depuis 2005 date de début de chantier en Finlande, et avec 4 chantiers en cours, aucun réacteur ne fonctionne à ce jour. Ce n'est pas du french bashing.
Réponse de le 14/12/2012 à 11:43 :
petit travail de mémoire :
- durée de construction du premier CP0 (fessenheim) : 6 ans
- durée de construction du premier CP2 (st laurent) : 5 ans et demi
- durée de construction du premier P4 (Paluel) : 7 ans
- durée de construction du premier P4' (Cattenom) : 8 ans
- durée de construction du première N4 (Chooz) : 12 ans (16 ans avant la mise en service commerciale)
Donc 8/9 ans pour un nouveau réacteur n'est pas une aberration. La différence entre les premiers délais annoncés et la réalité s'explique par une logique commerciale. Un peu comme quand vous allez acheter votre voiture, que le concessionnaire vous convainc en vous promettant un délais de livraison de 2 semaines (qu'il ne tiendra pas) et qui finissent par se transformer en 2 mois.
Puis pour rappel : Areva n'est pas responsable de l'ensemble des chantiers. Bien que l'entreprise soit concepteur à la base et fournisse un certain nombre d'équipement (dont la chaudière), son périmètre de responsabilité varie selon les projets. Et bien souvent, les retards sont imputables au génie civil qui est de la responsabilité d'autres sociétés.
Réponse de le 14/12/2012 à 14:19 :
Et sur les 4 chantiers, deux sont prévus être opérationnels fin 2013 et fin 2014, c'est à dire avec les délais de fabrication les plus courts constatés jusqu'à présent pour la génération 3.
Vu que sur ces deux chantiers, le dôme est installé, ainsi que la cuve et les générateurs de vapeurs pour le premier, les délais devraient être tenus.
Réponse de le 14/12/2012 à 14:21 :
@s4m : Vous savez en gros ce qui s'était passé pour Chooz au délai quand même exceptionnel ? Peut-être qu'à cette période avec plutôt trop de centrales nucléaires par rapport à la demande et un pétrole pas cher, on était pas vraiment pressé de la terminer.
Réponse de le 14/12/2012 à 14:25 :
C'est sûr qu'un EPR, c'est pas une usine de voitures ou de machines à laver, c'est un tout petit peu plus compliqué... Que les gens qui n'y connaissent rien se taisent, ça vaut mieux...
Et AREVA ne fabrique pas en entier l'EPR (à part pour OL3) pour les non-initiés
Réponse de le 14/12/2012 à 14:32 :
c'est sûr que si personne n'utilisait sa voiture, on consommerait moins de pétrole... Hors les consommations de pétrole, de produits high tech gourmand en énergie ne cessent de progresser... Il ne faut pas se voiler la face, mais plutôt prendre les paramètres tels qu'il sont et SERONT, car personne ne fait vraiment d'efforts à son niveau, mais égalemment au niveau mondial pour les accords sur les gaz à effet de serre...etc
Et mon petit doigt me dit que les voitures électriques vont se développer, et on a besoin de quoi pour les faire fonctionner ? De l'electricité !
Pour info, une éolienne de 5MW (rendement max 30% soit 1.5MW) coûte plus de 5M?, soit pour une puissance réelle de 1600MW (un EPR), minimum 5 milliards d'?.
C'est vrai que pour la partie démantèlement et exploitation, cela semble bien moins cher
M'enfin, à mon avis le nucléaire c'est pas fini !
Réponse de le 14/12/2012 à 16:04 :
Non c'est pas fini : il y a encore 450 réacteurs en fonctionnement dans le monde. Vu qu'il y en a 1 HS tout les 10 ans. Que suite a ça environ 50 réacteurs sont éteints. on peut penser qu'il faudra 90 ans pour clôturer l'aventure. Sauf évènement exceptionnel.
Réponse de le 14/12/2012 à 16:07 :
@jmdesp :
Je voulais comparer les durées de construction pour rappeler que 8/9 années n'avaient rien d?exceptionnel !
Pour les N4, j'avoue que je ne connais pas forcément les raisons. Mais même si les facteurs que vous citez ont pu entrer en jeu, personne ne trouve un intérêt à ce qu'un chantier perdure. Puis les réacteurs Golfech 2, Penly 2 et Cattenom 4 ont été construits sur la même période et ont pris moitié moins de temps que les N4.
Je n'y étais pas mais à mon avis, ce sont surtout des problématiques industrielles et techniques qui en sont les causes : c'était le première REP de conception française et la complexité (notamment au niveau du contrôle commande) avait largement évolué.

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