Le groupe présidé par Benoît Potier annonce le rachat de la totalité des parts de la société H2V Normandy à l’origine d’un projet de giga usine d’électrolyseurs près du Havre. Le site, d’une capacité d’au moins 28.000 tonnes, pourrait produire ses premières molécules d’hydrogène d’ici trois ans. Une réponse à l'impatience de Bercy.Bruno Le Maire l'a martelé dernièrement devant les membres du Conseil national de l'hydrogène, il veut voir sortir de terre des gigafactories asap. Manifestement, le message a été reçu cinq sur cinq par Benoît Potier, PDG d'Air Liquide. Le groupe accélère en devenant seul maître à bord de la société H2V Normandy créée en 2016 par l'homme d'affaires caennais, Alain Samson, pour développer un complexe XXL de production d'hydrogène bas carbone sur la zone industrielle de Port-Jérôme, proche du Havre. Le géant gazier, qui en avait acquis 40% des parts en janvier, vient de porter sa participation à 100% pour un montant qui n'a pas été dévoilé.
Rebaptisée Air Liquide Normand'Hy, la société s'est donné pour objectif de construire, à horizon 2025, un électrolyseur « d'une puissance d'au moins 200 MW» doté de la technologie dite de la membrane à proton.
«Cette acquisition est une étape clé dans la production à grande échelle d'hydrogène renouvelable pour fournir les secteurs de l'industrie et de la mobilité», commente François Jackow, directeur général adjoint d'Air Liquide.
"Une pierre angulaire de la décarbonisation"
Parmi les plus capacitaires du vieux continent, le projet qui vient de franchir le cap de l'enquête publique (elle s'est achevée cette semaine) est également l'un des plus avancés. Comme celui de Mac Phy à Belfort, il reste toutefois suspendu à un cofinancement par Bruxelles, espéré en fin d'année. A première vue, Benoît Potier peut être raisonnablement confiant. L'emplacement de la future usine, au cœur du complexe industrialo-portuaire très carboné de l'estuaire de la de Seine, lui confère beaucoup d'atouts au regard de la feuille de route que s'est fixée l'Union Européenne.
Raccordé au réseau hydrogène d'Air Liquide, le site devrait, en effet, contribuer à verdir les procédés de quelques-uns des plus gros émetteurs français de CO2. A commencer par les deux plateformes pétrochimiques normandes d'Exxon Mobil et de TotalEnergies, grandes consommatrices d'H2 « gris » - produit à partir du reformage de gaz. Il pourrait aussi fournir les premières flottes de camions ou de bateaux propulsées à l'hydrogène.