Cinq pays européens appellent à 100% d’énergie renouvelable d’ici 2050

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(Crédits : Reuters)
Au premier débat public des ministres de l’Énergie sur la stratégie climatique pour 2050, cinq États se sont insurgés contre l’absence d’un scénario à 100 % de renouvelables d’ici là. Un article de notre partenaire Euractiv.

La stratégie « Une planète propre pour tous » présentée par la Commission en novembre 2018, propose huit scénarios de réduction des émissions permettant à l'Europe de se conformer à ses engagements de l'accord de Paris. Les États membres européens devraient analyser ces propositions et décider quel scénario adopter cette année.

Le ministre luxembourgeois à l'Énergie, Claude Turmes, a ouvert le premier débat sur la question en assurant de but en blanc que « vous pouvez oublier six des huit scénarios », qu'il estime complètement inadéquats. Claude Turmes critique aussi les deux options restantes, qui visent zéro émission nette d'ici 2050 et manquent selon lui de clarté et de transparence. Il a appelé la Commission à partager les chiffres et statistiques sur lesquels ses services se sont basés.

« La Commission Juncker suggère de construire 50 ou 60 réacteurs nucléaires d'ici 2050. Ce n'est pas exactement le genre de politiques [...] avec lesquelles menacer les citoyens européens », a déclaré l'ancien eurodéputé.

Pour lui, l'absence d'une option à 100% de renouvelable est tout aussi problématique et il ne peut y avoir de débat sincère sur l'avenir énergétique et climatique de l'UE tant que la stratégie est « incomplète ».

Un texte qui n'est pas contraignant

Plusieurs États membres, dont l'Espagne, ont déjà annoncé leur intention de se tourner vers une électricité 100% renouvelable. Claude Turmes, lui, souhaite que ce soit tout le système énergétique, transport et chauffage compris, qui ne s'alimente qu'aux renouvelables. Ses homologues autrichien, irlandais, lituanien et espagnol se sont joints à son appel. Le ministre finlandais, Kimmo Tiilikainen, a pour sa part assuré que son pays profiterait de sa présidence, de juillet à décembre, pour faire adopter des conclusions.

Les gouvernements européens peuvent faire ce qu'ils veulent du texte de la Commission, puisque celui-ci n'est pas contraignant. Le Luxembourg ou tout autre pays - pourrait donc présenter lui-même un neuvième scénario à 100% de renouvelables.

Certains spécialistes de l'énergie ont d'ailleurs déjà fait ce travail pour la Commission en réalisant des modèles pour des systèmes énergétiques européens, voire planétaires, qui n'incluent que des renouvelables. C'est le cas du Danois Brian Vad Mathiesen, qui s'est dit « honnêtement surpris que la Commission n'ait pas inclus cette option dans sa proposition ». Il est d'accord avec Claude Turmes : il sera difficile d'avoir un vrai débat sur l'avenir sans ce scénario et ne comprend pas pourquoi la Commission n'a pas été jusque-là, surtout que « la technologie changera d'ici 2050 ».

L'expert trouve aussi que les six premiers scénarios ne valent pas la peine qu'on s'y attarde, et que les deux propositions les plus ambitieuses, qui se concentrent sur l'économie circulaire et les technologies telles que le captage et le stockage de carbone, ne sont pas très différentes l'une de l'autre.

« Pour débattre là-dessus, il faut se pencher sur la pénétration des renouvelables dans le secteur des transports, du chauffage, du refroidissement. Partout. Il doit y avoir d'autres options », assure-t-il.

La piste de l'interconnexion des régions via un "super réseau"

Les chercheurs de l'université de technologies de Lappeenranta ont récemment publié leur propre modèle d'un système à 100% renouvelable, qui impliquerait l'interconnexion de 20 régions ou « îles » indépendantes européennes via un « super réseau ». L'auteur de l'étude, Christian Breyer, se félicite que cette possibilité soit à présent évoquée au niveau européen. « L'énergie 100 % renouvelables est notre seule option », rappelle-t-il, parce que l'énergie nucléaire et le développement des techniques de captage et stockage du carbone sont trop coûteux.

Il ajoute que le modèle sur lequel il a travaillé n'est qu'un exemple d'une myriade d'études scientifiques rigoureuses qui montrent que des systèmes énergétiques respectueux peuvent fonctionner.

Au Conseil de l'énergie du 4 mars, plusieurs ministres ont fait référence au concept de « prosommateurs d'énergie », des citoyens qui produisent et consomment de l'énergie. L'étude de Christian Breyer se penche sur la question, et conclut que la production citoyenne permettrait de faire baisser les coûts de l'énergie. La stratégie proposée par la Commission européenne a déjà été discutée lors d'une réunion des ministres dédiée à la concurrence. Le troisième débat à ce sujet aura lieu dès le 5 mars, lors d'un Conseil environnement.

Les chefs d'État et de gouvernement se rencontreront quant à eux en Roumanie le 9 mai. Ils devraient commencer à discuter de leur position, à l'approche du sommet onusien sur le climat, prévu pour septembre.

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Par Sam Morgan, Euractiv.fr

(Article publié le vendredi 5 mars 2019)

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Commentaires
a écrit le 11/03/2019 à 12:12 :
Il est heureux que ce genre de scenario ne soit pas engageant. Il ressemble à ces décisions gouvernementales dont les effets sont différés au quinquennats futurs. La commission européenne ne se grandit pas en se faisant l'instrument de communication du lobbying des promoteurs éoliens dont on sait quelle est la manne qu'ils perçoivent en imposant une énergie bancale. Bluffer pour mieux tromper le public ! En l'absence de gisements hydrauliques suffisants, seul le nucléaire peut encore sauver le climat.
a écrit le 10/03/2019 à 23:06 :
Du blas blas blas
a écrit le 07/03/2019 à 21:21 :
Clair : en 2250, comme le brexit. A ce train, en 2050, la moitié d'entre nous seront tous morts par catastrophes heureusement naturelles. Il suffit de constater l'augmentation des valeurs de vent, les débordements d'eau, les maladies, etc... Et en 2080, ne restera que les plus privilégiés, les moins riches qui sauront comment survivre sans billets. Si ces survivants arrivent en 2100, ils seront un millier à tout cassé. A condition d'avoir la possibilité de gestation d'êtres non dégénérés, ce qui est de moins en moins le cas. La logique actuelle n'est forcément pas la bonne, encore faut-il que les destructeurs soient détruits. Merci de supprimer ce commentaire : il lutte contre vos intérêts destructeurs.
a écrit le 07/03/2019 à 18:59 :
Nous avons en Europe et singulièrement en France une belle brochette de cerveaux qui couvrent l'ensemble des domaines en crises ou sous pression, la vraie incertitude est pourquoi préférer le grand déballage actuel aux solutions de ces grands personnages - va savoir pourquoi - l'argent et le pouvoir peut être ? pourquoi faut-il passer par des catastrophes pour voir émerger des Churchill, Roosevelt, De Gaulle et tant d'autres..Récemment je découvrais la conférence d'Iron Montain de 1967 - glaciale.
a écrit le 07/03/2019 à 15:49 :
Allez plus que 23 autres !

Vite un frexit.
a écrit le 07/03/2019 à 14:10 :
C'est presque possible, mais en aucun cas avec un super réseau électrique via des productions centralisées!

Programme énergétique pour la France sur 25 ans, transposable à l'échelle européenne:

Base de départ du programme: https://fr.wikipedia.org/wiki/Communaut%C3%A9_solaire_de_Drake_Landing -

La Communauté solaire de Drake Landing est un écoquartier situé à Okotoks, dans l'Alberta au Canada. Composé de 52 habitations individuelles, sa construction s'est achevée en 2007. Le quartier est conçu de manière que 90 % des besoins de chauffage annuel des habitations soient couverts grâce à la chaleur produite par des panneaux solaires thermiques. Afin d'atteindre ce rendement, 800 collecteurs solaires ont été installés sur les toits des 52 garages, et un système de stockage de chaleur saisonnier a été mis en place. En 2012, 97 % des besoins de chauffage de la communauté ont été couverts par l'énergie solaire, ce qui constitue un record mondial pour une installation de cette taille.

1: C’est le secteur tertiaire qui rejette le plus de CO2.
– Interdire progressivement chauffage au gaz, fioul et électrique.
– Rendre obligatoire les puits canadiens et le solaire thermique complétés par l’énergie bois et la géothermie peu profonde pour tous les logements neufs.
– Pour rentabiliser la géothermie, la doubler de thermes ludiques partout où elles sont économiquement viables.

2 : Les transports:
– Interdire le diesel à un horizon de 10 ans.
– le remplacer par des véhicules au gaz équipés systématiquement de start and stop, idem pour les véhicules professionnelles qui seraient obligatoirement des hybrides hydrauliques.
– Trains pendulaires dans toute la France et antennes 5G sur les châteaux d’eau et les gares.
– Obligation de quotas minimaux de télétravailleurs en fonction du chiffre d'affaires et des secteurs.
– Refaire des régions historiques et relocaliser les ministères à l’intersection de 3 régions.
– Au-delà d’un certain chiffre d’affaire annuel, obliger les entreprises à délocaliser leurs services administratif dans les zones les plus ensoleillés de France.
– Ne plus autoriser la construction de bureaux que dans un périmètre de 10 mn de marche à pied des gares, ports et aéroports à condition que les prix des m2 y soient inférieurs ou égales à celui de la moyenne nationale.
– Interdiction du béton/parpaing pour ne plus utiliser que des méthodes et matériaux traditionnels, avec limitation de la hauteur des bâtiments en fonction du nombre d’habitants.
– Interdire le fret routier international pour le transvaser sur le ferroutage, le fluvial et le côtier.
– limiter les camions à l’interrégional de voisinage en dehors des fruits et légumes et produits de la mer.
– Obliger le flexfuel sur les véhicules essences neufs et produire nationalement le maximum d’éthanol et d’isobutène.
– 100% de biodiesel pour la plaisance.
– Production de biogaz carburant avec les déchets et de syngas carburant avec la récupération du CO2 neutre des centrales de cogénération au bois.
– Politique de reboisement massif, grâce aux arbres à fourrage se substituant à l’alimentation animale actuelle, avec mise en place d’un plan/bois/retraite pour les salariés.
– récupération systématique de la chaleur fatale en tout domaine avec politique industrielle pour développer l’usage des moteurs stirling.
– Roues à aubes dans toutes les campagnes avec stockage par volants d’inertie.
– Turbines dans les pipes d’eau potables, systématique, dès que la gravité le permet.
– Appareils AAA et led obligatoires.

D’ici 25 ans, sans nucléaire, sans éoliennes (terres rares) et sans photovoltaïque (explosion de la demande de silicium) nous seront totalement négatif en termes d’émission de CO2 avec en prime une extraordinaire forêt détenue par les salariés actionnaires.
Réponse de le 07/03/2019 à 14:35 :
Eh bien , bon courage pour financer tout ce catalogue, à condition que certaines des propositions soient réalistes (ex: bureaux pas chers et à proximité gares et aéroports, ...)
Réponse de le 15/03/2019 à 15:57 :
Ben déjà il y a 50 milliards destinés à prolonger la vie des centrales ruineuses et le livret A qui ne rapporte rien, les gens ont le droit d'être actionnaire de leur société!
a écrit le 07/03/2019 à 13:21 :
On ne peut que conseiller a ces cinq pays de ne pas attendre les décisions de Bruxelles pour aller dans le sens de ses intérêts!
a écrit le 07/03/2019 à 13:12 :
Le 100% renouvelable en France, d'après les calculs de l'Ademe, je crois que c'est en divisant la consommation du pays par deux, sinon c'est infaisable. En isolant les passoires thermique chauffées à l'électricité ça doit pouvoir se faire. Mais j'ignore s'ils ont prévu de basculer tout chauffage au fioul et gaz en électrique pompe à chaleur, ça fait de l'énergie électrique en plus à générer.
On se plaint parfois des logements pur électriques vu le prix du chauffage avec des grille pain muraux mais le futur est pourtant au 100% électrique (sauf gaz de fermentation de déchets).
"et conclut que la production citoyenne permettrait de faire baisser les coûts de l'énergie." par panneaux photovoltaïques sur les toits ? Ou dynamo au vélo d'appartement pour produire de l'électricité. Sur un article (LeFig) parlant des cabanes de jardin, ils disaient qu'il existe aussi une taxe de 10€/m² annuelle sur les panneaux personnels. Produire du courant c'est bien mais taxer c'est mieux. Le mien (flexible) sur le balcon fait 0,8 sur 0,25m. A qui dois-je envoyer les 2 euros ?

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