COP21 : à New-York, la société civile accentue la pression

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Le souverain pontife est venu poursuivre son évangélisation climatique, d'abord devant le Congrès américain ce jeudi puis devant les 50 chefs d'Etat réunis à l'ONU demain.
Le souverain pontife est venu poursuivre son évangélisation climatique, d'abord devant le Congrès américain ce jeudi puis devant les 50 chefs d'Etat réunis à l'ONU demain. (Crédits : Reuters)
New-York abrite cette semaine deux événements concomitants, l’Assemblée générale annuelle des Nations unies et la Climate Week. A quelques semaines de l’ouverture de la COP 21 à Paris, des personnalités de tout poil, du Pape François à Leonardo di Caprio, n’ont pas ménagé leur peine pour mettre les politiques face à leurs responsabilités.

Si l'assemblée générale des Nations unies est habituelle en cette période à New-York, le discours du Pape François dans cette enceinte l'est nettement moins. Après avoir exhorté la semaine dernière les ministres européens de l'environnement à se mobiliser pour un accord satisfaisant à Paris en décembre, c'est d'un saut de puce depuis Cuba où il était en visite officielle, que le souverain pontife est venu poursuivre son évangélisation climatique, d'abord devant le Congrès américain ce jeudi puis devant les 50 chefs d'Etat réunis à l'ONU demain.

« Nous avons besoin d'une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous » a-t-il martelé devant les parlementaires américains. Il les a invités « à un effort courageux et responsable (...) pour inverser les effets les plus graves de la détérioration environnementale causée par l'activité humaine »,  des mots figurant déjà dans son encyclique « Loué sois-tu » (Laudato si). Et d'enfoncer le clou devant ce parterre qui compte un certain nombre de climato-sceptiques « Je suis certain que nous pouvons faire la différence et je n'ai aucun doute que les États-Unis - et ce Congrès - ont un rôle important à jouer ».

2600 milliards désinvestis des énergies fossiles

Dans le même temps, les annonces se sont multipliées à l'extérieur des enceintes officielles à l'occasion de la septième édition de la Climate Week. Selon une étude publiée par Arabella Advisors, le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles, né il y a quelques mois sur plusieurs campus américains, a dépassé 2600 milliards de dollars (2311 milliards d'euros), soit 50 fois plus qu'il y a un an. L'année dernière, à l'occasion du grand sommet sur le climat organisé par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon, les héritiers de Rockfeller - dont la fortune s'est bâtie sur l'or noir - avaient symboliquement annoncé le retrait de leur fondation du secteur.

Cette année, c'est une figure plus connue du grand public qui a joué les guest stars : Leonardo di Caprio a fait la même annonce, à titre personnel et au nom de sa fondation. Mais ce qui donne une réelle signification au mouvement, ce sont les grandes caisses de retraite et le secteur privé, qui constituent désormais 95% des actifs sous gestion en cours de désinvestissement. Au même moment, l'OCDE n'en listait pas moins dans son inventaire 2015 des mesures de soutien pour les combustibles fossiles, quelque 800 programmes d'allègements fiscaux dans le monde, pour un montant global estimé entre 160 et 200 milliards de dollars par an...

De leur côté, six groupes internationaux dont Goldman Sachs, Johnson & Johnson, Nike, Procter & Gamble et Starbucks ont annoncé qu'ils rejoignaient la trentaine d'entreprises engagées pour un approvisionnement en énergie à 100% renouvelable regroupées au sein de RE100. Un mouvement qui donne corps au rapport de Greenpeace publié lundi, qui annonce l'intérêt économique d'un monde exclusivement alimenté aux renouvelables à l'horizon 2050.

Les villes et les régions en avance sur les Etats

Autres rouages essentiels de la lutte contre le changement climatique, des villes et territoires représentant pas moins de 220 millions de personnes et 10% de la création mondiale de richesse, ont publié un objectif commun de réduction de leurs émissions de 7,9 gigatonnes en 15 ans. Cela équivaut aux émissions des Etats-Unis pour l'année 2012.  Cette annonce, faite dans le cadre du Compact of States and Regions dont sont notamment membres la ville de Rio et l'Etat de Californie, mais aussi la région Rhône-Alpes ou le pays basque, n'est qu'une initiative parmi d'autres lancées par les échelons infranationaux, dont les ambitions (et les possibilités de mise en œuvre) sont souvent plus élevées que celles des gouvernements.

C'est dans cette optique qu'Anne Hidalgo organisera en marge de la COP un « sommet des gouvernements locaux pour le climat » qui devrait rassembler plus de mille élus locaux désireux de présenter une déclaration commune aux chefs d'Etat réunis au Bourget.

Pendant ce temps, on attend d'un jour à l'autre que de grands pays tels que l'Inde, l'Afrique du Sud et le Brésil, poids lourds des émissions mondiales qui n'entendent pas sacrifier leur croissance sur l'autel du climat, annoncent leurs engagements de réduction de leurs émissions de gaz-à-effet de serre en amont de la COP21. Enfin, une annonce commune du président Obama et de son homologue chinois  Xi Jinping (près de 50% des émissions mondiales à eux deux) pourrait venir clore cette folle semaine climatique.

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Commentaires
a écrit le 24/09/2015 à 22:15 :
Tout ce qu'affirme Greenpeace doit-il donc être répercuté sans discussion ? L'esprit critique a-t-il disparu du journalisme ?

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