Elengy (Engie) veut faire du terminal de Montoir-de-Bretagne un hub GNL multiservices

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Le terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne devrait faire l’objet de 10 à 20 millions d’euros d’investissement par an au cours des cinq à dix prochaines années pour maintenir les équipements en état et respecter ses engagements, vis à vis de clients qui auraient réservé 100% des installations jusqu'en 2035.
Le terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne devrait faire l’objet de 10 à 20 millions d’euros d’investissement par an au cours des cinq à dix prochaines années pour maintenir les équipements en état et respecter ses engagements, vis à vis de clients qui auraient réservé 100% des installations jusqu'en 2035. (Crédits : Franck Badaire/Elengy)
Devenu le leader des opérations de transbordements de gaz naturel liquéfié (GNL) de navire à navire en Europe, le terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne devrait doubler ses capacités de chargement de camions citernes pour accompagner la croissance du GNL dopée par l’accélération de la transition énergétique et le marché de la mobilité.

Filiale du groupe Engie, Elengy pourrait décider l'été prochain d'investir dans une deuxième station de chargement de camions citernes de GNL (gaz naturel liquéfié) sur le site du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne, dans l'estuaire de la Loire.

«Le GNL est la plus propre des énergies fossiles. Comparé au charbon, au pétrole ou au fioul lourd, il permet une suppression des émissions de soufre et de particules, il réduit de 80 % des émissions d'oxyde d'azote (NOx) et supprime de 20 % des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Il est devenu une véritable alternative pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique. C'est pourquoi nous voulons contribuer à accélérer la transition énergétique des transporteurs et des industriels isolés en leur apportant des solutions pour de nouveaux usages liés au remplacement des moteurs utilisant le fioul lourd, le GPL ou le diesel», indique Giuseppe Spotti, directeur de la stratégie, du développement et de la commercialisation d'Elengy, qui, sur la façade atlantique et méditerranéenne, envisage la création de hubs multimodaux et multiservices.

Engagé dans cette voie depuis 2013, le terminal méthanier de Montoir, l'un des trois sites de déchargement et regazéification d'Elengy en France (avec Fos Tonkin et Fos Cavaou) a, l'an dernier, permis le chargement de 2854 camions citernes (+24%) pour alimenter des stations-services ou des industriels non raccordés au réseau. Sur ses trois terminaux (Montoir, Fos Tonkin et Fos Cavaou), Elengy a franchi en janvier 2021 le seuil des 35 000 camions-citernes chargés depuis le lancement de ce service en 2013.

La fructueuse stratégie du transbordement indirect

Construit dans les années soixante-dix, le terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne est devenu depuis 2018 le leader des opérations de transbordement de GNL en Europe. Grâce aux investissement réalisés dès son origine dans l'estuaire de la Loire pour réaliser ces opérations de transbordement, le site a pu accueillir les plus grands méthaniers du monde, longs de 345 mètres comme le Q-Flex ou le Q-Max de 270.000 tonnes armés par les Qataris ou le méthanier brise-glace russe de type Arc 7. « Imaginer que la taille des navires allait atteindre celle des Q-Max , il fallait vraiment être visionnaire », fait remarquer Giuseppe Spotti. Car, les transbordements « directs » ou « indirects » utilisés pour renvoyer le GNL vers des marchés du gaz plus porteurs ou, tout simplement, pour changer de navires, sont devenus cruciaux.

« Les transbordements directs en pleine mer requièrent une flotte dédiée de remorqueurs pour assister l'accostage des navires, et des conditions météorologiques favorables. Ils sont deux fois plus longs (3 à 4 jours) et génèrent des émissions de gaz à effet de serre qui ne peuvent pas être reconditionnées comme le fait un terminal méthanier », souligne un spécialiste d'Elengy.

guiseppe Spotti, directeur stratégie, développement et commercialisation Elengy

Giuseppe Spotti, directeur de la stratégie, du développement et de la commercialisation d'Elengy

Des afflux massifs de gaz

Plus rapide, plus performant sur le transfert et moins polluant, le transbordement « indirect » a séduit. De 20 navires dans les années 2010, le site de Montoir en a accueilli 130 en 2019 et 126 l'an dernier, dont 21 ont fait l'objet d'un transbordement. En cinquante ans, la capacité des navires est passée de 25.500 m3 à 140.000 m3 il y a vingt ans et 170.000 m3 aujourd'hui, en dehors des méthaniers géants, aux coûts d'exploitation élevés. En provenance d'Afrique, des Etats-Unis ou de Russie, le GNL est déchargé à Montoir, regazéifié et réexpédié dans le réseau en Europe.

« Depuis trois ans, la France enregistre des arrivées massives de GNL. L'accident de la centrale de Fukushima a eu un impact fort sur le prix du GNL, qui a perduré quelques années et a eu un effet déclencheur sur des décisions d'investissement. L'Australie et la Russie se sont mis à en produire. Aux Etats-Unis, la forte abondance de gisements les a incités à devenir exportateur. Enfin, en Chine, le remplacement du charbon et des énergies fossiles, est devenu un facteur de production de GNL pour aller dans le sens de la transition énergétique  », explique le dirigeant d'Elengy qui fournit 35% de la consommation française (440 TWh), dont 84 Twh proviennent de Montoir et 65 Twh de Fos.

« Pour la troisième année consécutive, le trafic de gaz naturel a atteint un niveau record avec 8,8 millions de tonnes», constatait récemment le Port de Nantes-Saint-Nazaire qui, en raison de la pandémie, a enregistré l'an dernier une baisse de son trafic global de 8,8% par rapport à 2019, à 28 millions de tonnes. Le gaz a donc permis de limiter la casse.

Se diversifier et verdir son offre

Le contexte est d'autant plus favorable pour le terminal de Montoir que les clients d'Elengy ont réservé 100% des créneaux de déchargement jusqu'en 2035. « Cela dit, il est difficile de prévoir l'avenir. Le marché mondial du GNL repose principalement sur deux débouchés : l'Europe et l'Asie où les volumes d'approvisionnement sont fortement impactés par les signaux de prix et l'équilibre des marchés mondiaux. Pour l'instant, la position géographique de Montoir a joué en sa faveur mais, nous ne sommes pas à l'abri d'une réorientation des marchés. Des changements rapides de flux peuvent intervenir», tempère Giuseppe Spotti.

Exploité à 70%, le site de Montoir devrait faire l'objet de l'ordre de 10 à 20 millions d'euros d'investissement par an au cours des cinq à dix prochaines années pour maintenir les équipements en état et respecter ses engagements. «Un agrandissement du site n'est pas envisagé. Il nécessiterait de revoir les réseaux en aval, ce qui n'est pas du tout à l'ordre du jour », précise Giuseppe Spotti.

Au-delà de cette activité historique relativement pérenne, c'est vers les nouveaux usages liés à la transition énergétique et la création de nouveaux services qu'Elengy entend se diversifier et se développer. Notamment en créant des hubs multimodaux et multiservices, à Montoir, mais aussi, sur ses autres plateformes, en développant du GNL comme carburant pour les transporteurs routiers, et en transformant le biométhane issu des productions agricoles en biométhane liquide pour réduire les volumes et faciliter son transport, voire de l'hydrogène en cours de R&D..

« Le gaz pour la mobilité est en croissance en France et en Europe, c'est un chemin sur lequel nous voulons aller pour verdir notre offre », indique le dirigeant d'Elengy qui dit aussi plancher aussi sur le développement du fret ferroviaire pour se rapprocher de ses utilisateurs, en limitant le nombre de véhicules sur les routes...

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