Environnement : réconcilier écologie et économie en s'appuyant sur les territoires

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Les initiatives et les innovations foisonnent. Elles sont désormais rentables, et créatrices de richesse et d'emplois.
Les initiatives et les innovations foisonnent. Elles sont désormais rentables, et créatrices de richesse et d'emplois. (Crédits : iStock)
[THE VILLAGE] Favoriser des projets englobant villes et zones rurales, mettre en évidence leurs retombées économiques, sensibiliser enfants et élites à l’urgence climatique, promouvoir les initiatives qui marchent, accélérer la transition des transports… Les "change makers" ont imaginé de nombreuses pistes afin de généraliser la "transition écologique globale".

Face à l'aggravation de la situation climatique, qui, comme l'ont prédit, hélas, les scientifiques, voit se multiplier canicules, incendies, inondations, moussons meurtrières et typhons, et devant la sixième extinction d'espèces qui se profile sur le front de la biodiversité, il est plus urgent que jamais de changer de braquet en matière d'écologie.

Mais la difficulté pour les États d'agir efficacement est chaque jour plus flagrante, et la démission fracassante du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, le 28 août dernier en est un reflet. C'est donc aux territoires urbains comme ruraux, aux entreprises et aux citoyens de faire alliance pour « une transition écologique globale », sujet de réflexion soumis aux cinq change makers de cet atelier.

Faire évoluer les mentalités

De la maternelle à l'ENA, il est urgent de sensibiliser et d'expliquer les enjeux écologiques à l'ensemble de la population. L'éducation dès le plus jeune âge est un préalable indispensable à l'évolution des mentalités dans la durée.

« Les gens veulent le beurre et l'argent du beurre, mais on ne peut pas continuer à rejeter en bloc toutes les solutions, des centrales nucléaires aux éoliennes », observe Mathilde de l'Écotais, photographe et designer.

La norme sociale, qui veut qu'en dehors des cercles écolo-bobos « il est aujourd'hui presque plus politiquement correct de rouler en 4 x 4 que d'apporter un vin bio à un dîner », témoigne Christian Couturier, président de négaWatt, doit également s'inverser.

Mais développer la formation continue s'impose aussi car on ne dispose pas d'assez de temps pour attendre que les enfants d'aujourd'hui soient aux manettes des entreprises et du gouvernement. Il est déjà primordial de changer d'indicateurs pour piloter aussi bien les pays (le PIB n'est pas adapté aux sociétés en transition écologique) que les comptes de résultats, qui ne tiennent pas compte des externalités et des impacts, qu'ils soient positifs ou négatifs, d'une entreprise en matière environnementale ou sociale.

« Longtemps l'écologie était exclusivement synonyme de coûts et de contraintes », re­connaît Charles Barreau, chef d'entreprise.

Mais ce n'est plus le cas pour les 85 membres du réseau Ruptur qu'il préside. Implantées dans les Pays de la Loire, ces PME développent de nouvelles activités économiques autour de l'écologie avec une forte volonté de transmission aux jeunes générations.

« Beaucoup de nouvelles solutions émergent, et la conscience écologique des jeunes est forte », constatent les participants. De façon générale, ils insistent sur l'effervescence d'innovations et d'initiatives qui mériteraient d'être mieux connues et rapidement généralisées, car le temps presse. D'autant plus qu'une grande partie de ces projets sont désormais rentables sans nécessiter de subventions du fait de l'effondrement des coûts, mais également créateurs de richesses et d'emplois.

C'est le cas des projets d'énergies renouvelables faisant appel à l'épargne citoyenne via le financement participatif, que soutient notamment Lumo. Bénéficiant d'une réglementation incitative dans le cadre des appels d'offres, ils permettent de rallier les suffrages de riverains qui bénéficient directement des retombées financières de ces installations.

« Nous devons être plus fiers de nos réussites », ont également insisté les participants, citant en exemple Les Fermes de Figeac (Lot), une coopérative agricole qui mutualise les ressources et les exploitations et assure un approvisionnement local des agriculteurs, cumulant ainsi impacts économique, social, territorial et environnemental.

Les projets d'énergies renouvelables, notamment la fabrication de biogaz à partir de déchets organiques, permettent de redynamiser des territoires ruraux en regroupant ses différents acteurs (agriculteurs, entreprises, collectivités) pour mutualiser leurs résidus et leurs moyens techniques et financiers.

Impliquer les entreprises

Les initiatives entrepreneuriales seraient notamment bienvenues en matière d'économie circulaire afin de créer de nouveaux marchés de collecte et de traitement sélectif des déchets. Le développement de filières encore embryonnaires pour les déchets provenant de chantiers de construction et de rénovation, ou pour éviter le gaspillage alimentaire permettrait également de créer de nombreux emplois d'insertion, comme le démontre l'expérience du Territoire zéro déchets à Roubaix (Nord).

En matière d'écoconception, imposer aux industriels la traçabilité des matériaux et leur réutilisation permettrait également d'abandonner le concept d'obsolescence programmée au profit de celui de réutilisation programmée.

Les entreprises doivent aussi être motrices pour aider leurs salariés à modifier leurs habitudes de travail, en favorisant le télétravail, les horaires décalés, le covoiturage entre collègues, le recours à des modes de transports doux pour les trajets courts domicile-travail, notamment en les rendant éligibles au remboursement par l'employeur de 50% des frais.

Toujours en matière de transports, la transition écologique ne pourra se faire sans une intermodalité largement généralisée et étendue aux territoires périurbains et ruraux. Ce qui implique une réflexion en matière d'aménagement urbain et territorial, le redéveloppement d'un maillage ferroviaire avec des opérateurs régionaux et une simplification à l'extrême des parcours pour les usagers, aussi bien physiquement (des correspondances "sans coutures") qu'administrativement (ticket unique).

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ENCADRÉ

Les trois propositions de l'atelier "Vers une transition écologique globale"

  • 1. Imposer des formations à l'écologie à tous les âges de la vie et créer un carnet du parcours citoyen et environnemental à l'image du carnet de santé européen.
  • 2. Redévelopper le maillage ferroviaire de proximité avec des opérateurs à dimension régionale.
  • 3. Mieux valoriser les opportunités de nouvelles activités et de créations d'emplois associées à la transition écologique, notamment les projets d'énergies renouvelables et d'économie circulaire regroupant l'ensemble des acteurs d'un même territoire.

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Les changes makers qui ont contribué au workshop : Charles Barreau (président de l'association Ruptur), Christian Couturier (président de négaWatt), Mathilde de l'Écotais (photographe et designer, cofondatrice de Media Social Food), Alexandre Raguet (président de Lumo), Sandrine Roudaut (cofondatrice des éditions La Mère Salée, chercheuse et semeuse d'utopies).

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Commentaires
a écrit le 09/09/2018 à 17:51 :
les PDL, se sont ceux qui voulaient bétonner 800 ha dans les marais à Nddl. Bref la région symbole de l' écologie du béton avec un arbre au milieu. De plus PDL est région qui bétonne le plus ces espace naturel ces dernières années, bref l' anti-exemple de ce qu' il faut faire. Drôle d' article d'un journaliste qui ne se renseigne pas, autre exemple le bétonnage intensif de la maire de Nantes autour du fantastique projet immobilier dit " yellow park" mais surtout sans concept écologique. Remarquer autour de Strasbourg certains politiques veulent construirent une autouroute privée pour le plus grand plaisir de Vinci: bilan, bétonnage de environ 500 ha, destruction de bois classés, rupture écologique pour un animal symbole de l'ancienne région supprimée et appelée maintenant "grand est", pour simplifier exactement le contraire de l' écologie: je comprend parfois la déprime de Mr Hulot avec tous ces politiques de l'anciens monde pour qui l' avenir est dans la destruction et le bétonnage intensif.
a écrit le 09/09/2018 à 9:12 :
Je discutais avec un ami hier qui roulait en 4x4, cer dernier étant tombé en panne il dut changer rapidement de véhicules et se retrouva avec un qui consomme la moitié et bien il vend son 4x4 hein.

Il faut arrêter avec les gens qui font ce qu'ils peuvent au sein d'un système dans lequel nous n'avons pas le temps du choix prit entre les multiples agressions du système marchand et de l'état.

IL est bien plus pertinent de dénoncer les propriétaires d'outils de production qui eux pourraient tout changer en 6 mois que de montrer sans arrêt du doigt des citoyens qui ne sont respectés qu'en tant que consommateurs-producteurs.
a écrit le 08/09/2018 à 9:27 :
quand on voit un ministre de l'ecologie mR HULOT nous bourrer de taxes et en meme temps posseder 11 vehicules a moteur QUE PENSER

Quand on voit la polution engendree Par mr PHILIPPE pour son voyage a GAP qui en plus a coute 150 000 €;


et tous ces voyages de propagande du gouvernement Eux aussi peuvent utiliser les moyens modernes et non polluant pour communiquer ,,,,,etc

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