L'Irlande, premier pays au monde à céder ses parts dans les énergies fossiles

 |   |  439  mots
Pour le député Thomas Pringle, instigateur du projet de loi, l'Irlande doit assumer sa part du fardeau de l'action climatique.
Pour le député Thomas Pringle, instigateur du projet de loi, "l'Irlande doit assumer sa part du fardeau de l'action climatique". (Crédits : CC / Pixabay)
L'Assemblée nationale irlandaise a adopté, le 12 juillet, un projet de loi obligeant le fonds souverain irlandais à céder ses parts dans l'industrie des combustibles fossiles. Le pays, qui devra renoncer à plus de 300 millions d'euros d'actifs, dame ainsi le pion à la Norvège, premier État à avoir émis ce souhait fin 2017 après avoir, deux ans plus tôt, retiré son fonds souverain du charbon uniquement.

L'Irlande pourrait bien devenir le premier pays au monde à se débarrasser complètement des combustibles fossiles. Après des mois de débat, le Dail, l'Assemblée nationale irlandaise, a voté le 12 juillet un projet de loi (le "Fossil Fuel Divestment Bill") qui obligera le fonds souverain irlandais à mettre en vente la totalité des participations prises dans les entreprises produisant du charbon, du pétrole ou du gaz, au cours des cinq prochaines années.

Selon le Irish Times, la République d'Irlande détiendrait pour plus de 300 millions d'euros d'actifs dans quelque 50 compagnies productrices d'énergies fossiles. Cela relève donc plus du symbole, car l'Irlande importe quasiment tous ses besoins en hydrocarbures.

Le Sénat irlandais doit se prononcer sur le texte à l'automne, avant qu'il ne devienne une loi d'ici à la fin de l'année.

Montrer la voie à la Norvège... et à d'autres

En 2015 déjà, un autre pays européen, la Norvège, avait décidé de retirer son fond souverain, le plus grand du monde (900 milliards d'euros d'actifs, soit cent fois plus gros que celui de l'Irlande d'après Boursorama), du charbon, soit l'énergie la plus polluante et la plus néfaste pour le climat. Concrètement, la loi interdit au fonds de pension norvégien d'investir dans les compagnies dont le charbon représente plus de 30% de l'activité ou du chiffre d'affaires. L'initiative ne concernait donc pas l'industrie pétrolière et gazière. Et pour cause : le seul secteur pétrolier représente 14% du PIB norvégien.

Cependant, le vote irlandais pourrait bien changer la donne et montrer la voie à la Norvège, d'autant plus qu'en novembre dernier, la banque centrale du pays a invité le gouvernement à engager un désinvestissement du secteur pétro-gazier.

L'Irlande en retard dans la réduction de ses émissions

Le député Thomas Pringle, instigateur du projet de loi, a estimé que "l'Irlande doit assumer sa part du fardeau de l'action climatique" et ce, d'autant plus que le pays figure parmi les États européens les moins performants dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Pour le groupe de réflexion Germanwatch et du NewClimate Institute, qui a analysé l'action de 57 pays sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, L'Irlande est en effet loin de remplir sa part du contrat dans l'objectif pris dans le cadre de l'accord de Paris de limiter l'élévation des températures en-dessous de 2 degrés. Le rapport "Climate Change Performance Index 2018" pointe notamment une part "insuffisante" des énergies renouvelables dans l'approvisionnement énergétique du pays, malgré une "avancée positive" sur le sujet.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/07/2018 à 12:47 :
Vendre ces parts est une opération neutre vis à vis du co2.

Détruire ces valeurs au sens destruction de masse monétaire eut été positif vis à vis du climat.

Ben oui,
d'autres achèteront ces parts ce qui ne changera rien.

Il s'agit juste ici de faire de la finance propre, mais si ensuite les irlandais achètent du charbon...
a écrit le 13/07/2018 à 22:03 :
Cool, mais qu'ils arrêtent de défiscaliser les GAFA!!!!
a écrit le 13/07/2018 à 18:52 :
Comme quoi la politique peut influer sur la finance et inciter à prendre des décisions raisonnables. Je crois que pour atteindre les objectifs l’Irlande doit d’ici 2020 arriver à produire 40 % de son électricité grâce aux ENR et surtout à l’éolien qui devrait arriver à 6 GW installés.

Dans le rapport REN21 RENEWABLES 2018 17-8652_GSR2018, à noter le tableau comparatif page 188 - qui renvoie bien sûr pour l’Irlande vers la production éolienne : http://www.eirgridgroup.com/site-files/library/EirGrid/Wind20DD20Historical.jpg
Malgré la relativement faible puissance installée, 2,8 GW (à 2016), contre par exemple 12 GW pour la France (source : 2017-10-04-Observatoire-de-lEolien-2017), ils sont déjà bien placés en production éolienne par habitant, à la seconde place derrière le Danemark, devant l’Allemagne et la Suède, la France ayant égaré ses projets offshore en route. Mais le potentiel offshore Français demeure, soit avec des éoliennes Siemens Gamesa soit avec GE-Alstom ou GE-STX et je crois qu’il est toujours question de la production d’éoliennes GE-Alstom forte puissance en France, l'Haliade-X 12 MW dotée d’un générateur à transmission directe. ou « Direct-Drive », technologie intéressante (brevetée par Jeumont Electric ?). En tous cas une technologie utilisée depuis longtemps par le fabricant Enercon et au final je crois que ce qui compte ce n’est pas seulement d’inventer, mais surtout de fabriquer et d’installer.
Articles sur le sujet : http://www.liberation.fr/france/2018/06/20/macron-remet-du-vent-dans-les-pales-de-l-eolien-en-mer_1660710
https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/07/12/l-usine-d-eoliennes-general-electric-de-montoir-de-bretagne-attend-toujours-les-commandes-francaises_5330382_3234.html

Même si Apple a abandonné la construction de son datacenter en Irlande, d’autres projets IT alimentées par les ENR pourraient voir le jour, en raison de leur forte consommation d’énergie (voir contrat Microsoft – GE)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :