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ClimatEnergie & Environnement

Climat : l’accord de Paris exige de développer six fois plus vite les énergies renouvelables

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 18 avril 2018 à 05:28 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:04

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Contenir la hausse des températures sous les 2°C, c’est possible ! Et en plus, cela peut rapporter gros, sur le plan de la croissance et des emplois. Mais il faut agir vite et fort. Ce sont les principaux enseignements du rapport publié ce 17 avril par l’Agence internationale des énergies renouvelables.

La bonne nouvelle, c'est que c'est possible d'y parvenir. Limiter la hausse des températures à deux degrés Celsius (2°C), comme s'y est engagée la communauté internationale en décembre 2015 au travers de l'Accord de Paris, c'est à notre portée. C'est en tous cas ce qu'affirme l'Agence internationale des énergies renouvelables (Irena, pour International Renewable Energy Agency) dans son rapport « Global Energy Transformation : a Roadmap to 2050 », dévoilé en marge de l'événement Berlin Energy Transition Dialogue.

Un optimisme conditionné à une transition énergétique draconienne

Les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique, les deux piliers des politiques qui permettront d'atteindre cet objectif ambitieux, sont, selon les auteurs, à même d'assurer 94% de la baisse des émissions de CO2 que cela implique.

Mais, pour ce faire, il faudrait que l'efficacité énergétique progresse à un rythme annuel de 2,8% (au lieu de 1,8% actuellement), et que la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique passe de 18% en 2015 à 65% en 2050, et non à seulement 25% selon le scénario aujourd'hui de mise. Une forte progression de l'électrification, qui devra atteindre 40% en 2050, dont 85% d'origine renouvelables (contre 25% aujourd'hui), complète le schéma.

Multiplier par six le rythme de développement des renouvelables

Les capacités de solaire et d'éolien installées en 2017 ont battu de nouveaux records, avec 167 gigawatts (GW) supplémentaires, en hausse de 8,3% sur 2016, et une croissance annuelle moyenne de 8% sur les 10 dernières années. Mais, pour espérer contenir la hausse des températures sous la barre des 2°C, il faut multiplier ce rythme de développement des renouvelables par six, à la fois directement et via l'électrification des transports et de la chaleur. Solaire thermique, géothermie, bioénergie et carburants alternatifs seront également nécessaires.

Tous les pays pourraient contribuer à ce développement, avec une part des renouvelables dans le mix énergétique partout supérieure à 60%, de la Chine (où elle passerait de 7% en 2015 à 67% en 2050) à l'Europe (où sa part atteindrait 70%). Selon leur dépendance aux énergies fossiles, toutes les régions ne bénéficieront pas de la même façon de la transition énergétique. Le Mexique, le Brésil, l'Inde et l'Océanie figurent parmi les grands gagnants. Mais l'accès à l'énergie pour tous est assurément un pré-requis pour une transition juste.

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Plus de 11 millions d'emplois créés d'ici à 2050

Bien évidemment, cette accélération drastique dans le déploiement des renouvelables a un coût, estimé par l'Irena à un investissement de 30% plus élevé que dans le scénario de base, ce qui nécessiterait de passer, sur la période de trente-cinq ans allant de 2015 à 2050, d'un investissement total de 93.000 milliards de dollars prévu aujourd'hui à 120.000 milliards de dollars, dont 18.000 milliards de dollars investis dans les réseaux et les outils de flexibilité. Ainsi, le surcoût annuel représenterait en 2050 quelque 1.700 milliards de dollars.

Pour libérer ces montants gigantesques, il importe d'aligner le système financier avec les exigences de durabilité et de transition, afin de faciliter l'accès aux financements et d'abaisser le coût de l'argent. Des sources encore peu sollicitées à cet effet, telles que les investisseurs institutionnels et les financements communautaires, devront être mises à contribution. Les finances publiques devront être utilisées à faible proportion dans l'objectif de "dérisquer" les investissements et d'abaisser le coût du capital dans les pays où les énergies renouvelables sont perçues comme risquées.

Après les investissements, des bénéfices non moins fabuleux !

Mais cet effort s'accompagne selon l'Irena de bénéfices économiques et sociaux, que l'agence évalue pour la première fois à 52.000 milliards entre 2018 et 2050, soit 1 point de PIB supplémentaire et des bénéfices en termes de qualité de l'air, de santé et d'environnement estimés à 6.000 milliards de dollars par an en 2050.

En termes d'emplois, malgré la destruction de 7,4 millions d'emplois dans les énergies fossiles, l'Irena anticipe un solde positif de 11,6 millions d'emplois créés. Mais ce potentiel ne pourra se concrétiser totalement qu'à la condition que des politiques de formation adaptées seront mises en oeuvre, y compris sur le plan local.

Inventer de nouveaux modèles économiques

Au-delà des investissements, cette stratégie impliquerait aussi de nouvelles approches en termes de planification, d'organisation des marchés de l'électricité, de régulation et de politiques publiques, mais aussi dans l'invention de nouveaux modèles économiques, où l'innovation est tout aussi nécessaire que dans la technologie.

Dans le bâtiment, il faut multiplier par trois le rythme des rénovations, freiné par le faible taux de renouvellement du parc immobilier, de 1% par an. Dans les secteurs industriels les plus énergivores, de nouvelles solutions conçues sur l'intégralité du cycle de vie seront nécessaires.

Agir vite, très vite... pour limiter l'ampleur des "actifs échoués"

Mais le principal message de ce rapport réside dans l'urgence d'agir. Plus tôt les investissements seront fléchés vers les technologies les plus prometteuses, moins le coût de l'adaptation au changement climatique sera élevé, et les ruptures socio-économiques brutales, et mieux cela permettra de limiter l'ampleur des "actifs échoués". Selon l'Irena, ces installations de production d'énergie dont les ventes ne permettront pas d'amortir l'investissement, ce qui d'ores et déjà le cas aujourd'hui de nombreuses centrales à charbon, représenteront 11.000 milliards de dollars en 2050, mais cette valeur pourrait doubler si les actions correctrices continuaient d'être reportées.

Dans vingt ans, la bascule irrémédiable

En termes de méthode, les auteurs insistent également sur la nécessité d'adopter une approche plus intégrée et mieux coordonnée entre secteurs d'activité et pays.

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Alors que l'Irena rappelle qu'au rythme actuel, la planète aura consommé dans les 20 prochaines années son « budget carbone » (le volume d'émissions au-delà duquel il ne sera plus possible de contenir la hausse des températures en deçà de +2°C), la plupart des prévisions, à commencer par celles de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), tablent sur une hausse de la demande de pétrole qui pourrait passer de 93,9 millions de barils par jour (mbj) en 2016 à... 104,9 mbj en 2040.

Dominique Pialot

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