L'Union européenne prête à s'engager sur des achats communs de gaz

Le projet de déclaration finale du Conseil européen, qui se tiendra ces 24 et 25 mars à Bruxelles, prévoit un engagement des membres de l'Union européenne pour l'achat en commun de gaz naturel, gaz naturel liquéfié et hydrogène. Autre mesure qui devrait être annoncée : remplir les stocks de gaz en prévision de l'hiver prochain. L'objectif de ces initiatives est de réduire la dépendance énergétique de l'Europe envers la Russie, qui fournit actuellement 40% de ses besoins en gaz.
La Commission européenne devrait aider les Vingt-Sept à mettre en place un programme d'achat commun de gaz dès cette année.
La Commission européenne devrait aider les Vingt-Sept à mettre en place un programme d'achat commun de gaz dès cette année. (Crédits : Reuters)

Comment réduire la dépendance de l'Union européenne à l'énergie russe ? Cette question sera au centre du Conseil européen, qui réunira les dirigeants des Vingt-Sept ce jeudi 24 et vendredi 25 mars à Bruxelles. Car les prix de l'énergie, déjà hauts avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, sont exacerbés par le conflit, la Russie étant le premier fournisseur de gaz à l'Europe. Les membres de l'UE cherchent donc à diversifier leurs sources d'approvisionnements.

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Parmi les mesures envisagées, le projet de déclaration finale du Conseil européen - dévoilé ce mardi 22 mars - indique que les États membres et la Commission européenne vont « travailler ensemble à l'achat commun de gaz naturel, de GNL et d'hydrogène ». La Commission a ainsi annoncé qu'elle aiderait les Vingt-Sept à mettre en place ce programme dès cette année.

Cette mesure avait en tout cas été réclamée en fin de semaine dernière par les dirigeants d'Italie, d'Espagne, de Grèce et du Portugal pour combattre la hausse des prix de l'énergie frappant particuliers et entreprises. « Un stockage commun (du gaz, ndlr) permettrait de nous protéger mutuellement. Des achats communs permettraient d'avoir un meilleur pouvoir de négociation face aux fournisseurs », avait indiqué le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, à l'issue d'une rencontre à Rome vendredi 18 mars.

L'exécutif européen avait déjà suggéré l'an dernier que les Vingt-Sept mutualisent la constitution de stocks stratégiques de gaz naturel, présentés par certains pays comme l'Espagne comme un moyen d'amortir les crises énergétiques. Cette proposition est néanmoins mal perçue par les pays fournisseurs car elle limiterait leur marge de manœuvre sur les prix. Si elle suscitait aussi des réticences au sein de l'UE (la politique énergétique relevant des États), elle a gagné en attraction avec la guerre en Ukraine, qui pourrait remettre en question à courte ou moyenne échéance l'approvisionnement en gaz russe.

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Remplir les stocks à 90%

La Commission devrait aussi proposer aux États membres, lors du Conseil européen, d'adopter une règle imposant le remplissage de 90% de leurs réserves de gaz avant chaque période hivernale. Les capacités de stockage de l'UE sont actuellement remplies à seulement 26%. Le projet de déclaration souligne que les Vingt-Sept se sont entendus pour coordonner cette constitution des stocks et vont commencer à le faire « dès que possible ». Le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire, évoquait déjà cette mesure au début du mois de mars parmi les « solutions collectives européennes » qui pourraient être instaurées pour tendre vers une Europe plus indépendante de l'énergie russe.

Les chefs d'État et de gouvernement vont également débattre de nouvelles mesures destinées à protéger les consommateurs face à la flambée des coûts de l'énergie, ainsi qu'à optimiser le fonctionnement des marchés énergétiques. Les gouvernements européens ont déjà dépensé des dizaines de milliards d'euros pour limiter l'impact de la hausse des prix de l'énergie, qui avait commencé avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

La France, par exemple, a gelé le prix du gaz vendu aux ménages français depuis l'automne dernier. Cette mesure devait initialement coûter 1,2 milliard d'euros à l'État, mais désormais, Bruno Le Maire évalue son coût à 6,4 milliards d'euros.

Ailleurs en Europe, l'Allemagne a fait le choix de déployer des aides publiques au chauffage, la Belgique et les Pays-Bas ont décidé d'abaisser leur TVA sur l'énergie et la Pologne l'a purement et simplement supprimée pour le gaz.

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Les 27 peinent à s'accorder

Les Vingt-Sept peinent cependant à s'entendre sur une réponse coordonnée sur fond de désaccords sur les meilleurs moyens de contrôler la hausse des prix.

La France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Grèce ou la Belgique plaident pour une régulation des prix au niveau européen, en plafonnant les prix ou en découplant le prix de l'électricité de celui du gaz. Le ministre français de l'Économie a notamment défendu vendredi 18 mars « un plafonnement à 27 des prix du gaz ». Selon lui, cela permettrait de « négocier avec nos trois principaux fournisseurs - la Russie, la Norvège et l'Algérie - un prix à 27 qui soit un prix plafonné », ajoutant qu' « on imposerait du coup un maximum de prix aux compagnies qui sont des compagnies productrices », citant notamment la russe Gazprom et l'algérienne Sonatrach.

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Mais d'autres pays, comme l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark y sont réticents, disant notamment craindre qu'une forme déguisée de subvention des énergies fossiles ne décourage les investissements dans les énergies renouvelables.

Reste que, depuis le début de la guerre en Ukraine, les importations énergétiques russes en Europe ont continué. Selon le centre de recherche Centre for Research on Energy and Clean Air (Crea), au 21 mars 2022, le montant des flux entre le Kremlin et l'Europe depuis le 24 février, premier jour de l'invasion russe, s'élève à 16,8 milliards d'euros (soit 646 millions par jour). Dans le détail : 10,6 milliards d'euros pour le gaz, 5,77 pour le pétrole (brut et raffiné) et 438 millions d'euros pour le charbon. Une masse monétaire qui permet à Vladimir Poutine de financer sa guerre et de résister pour le moment aux sanctions économiques imposées par les Occidentaux.

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(Avec agences)

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Commentaire 1
à écrit le 23/03/2022 à 11:20
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Au regard de la politique européenne de lutte contre la pollution, et des normes drastiques et couteuses qu'elle impose à sa population, l'importation de gaz de schiste très polluant sera-t-elle interdite ?

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