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ÉconomieUnion européenne

Bruno Le Maire propose à l'UE un plafonnement groupé des prix du gaz

latribune.fr

Publié le 18 mars 2022 à 14:19 - Mis à jour le 19 mars 2022 à 22:23

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SARAH MEYSSONNIER

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Le ministre français de l'Économie a défendu auprès de ses homologues européens l'idée d'avoir « un plafonnement à 27 des prix du gaz ». Cette mesure, qui n'a pour le moment pas reçu un accueil positif unanime, aurait pour but de lutter contre l'augmentation massive des prix de cette énergie. 40% de la consommation de gaz de l'Union européenne est importée, dont une grande partie vient de Russie. Les livraisons russes n'ont d'ailleurs pas cessé malgré le conflit en Ukraine, y compris celles de pétrole, notamment en Inde.

Bruno Le Maire persiste et signe. Après avoir plaidé début mars pour une « solution collective européenne » afin de tendre vers une Europe indépendante du gaz russe, le ministre de l'Économie français a proposé aux autres membres de l'Union européenne de mettre en place un « plafonnement à 27 des prix du gaz ». Objectif de cette mesure : lutter contre l'augmentation massive des prix de cette énergie, que l'UE importe à 45% de Russie.

« Nous ne produisons pas de gaz, donc la seule chose que nous pourrions envisager, que nous avons proposée et que j'ai défendue auprès de mes homologues européens, c'est l'idée d'avoir un plafonnement à 27 des prix du gaz »,a-t-il déclaré lors d'une audition devant les commissions des Finances et des Affaires économiques de l'Assemblée nationale ce vendredi 18 mars.

Selon Bruno Le Maire, cela permettrait de « négocier avec nos trois principaux fournisseurs - la Russie, la Norvège et l'Algérie - un prix à 27 qui soit un prix plafonné », ajoutant qu' « on imposerait du coup un maximum de prix aux compagnies qui sont des compagnies productrices », citant notamment la russe Gazprom et l'algérienne Sonatrach.

Le ministre de l'Économie a toutefois reconnu, qu'à ce stade, cette proposition n'avait pas reçu un accueil positif unanime de la part des autres pays membres de l'UE. « Ce serait une intervention sur le marché qui heurte certains de nos partenaires européens », a-t-il expliqué. Les discussions doivent se poursuivre avec en ligne de mire le prochain sommet européen des 24 et 25 mars.

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« Un stockage commun (du gaz, ndlr) permettrait de nous protéger mutuellement. Des achats communs permettraient d'avoir un meilleur pouvoir de négociation face aux fournisseurs »,a fait savoir le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, à l'issue des discussions. Et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez de déclarer :« C'est seulement avec une réponse européenne que l'on peut résoudre un problème européen de manière urgente et déterminée »,estimant que l'« on ne peut pas attendre un jour de plus »après le Conseil européen du 25 mars.

Pour Mario Draghi, cette rencontre « a servi à définir une approche commune en vue du Conseil européen de la semaine prochaine. Nous voulons pousser la Commission européenne et les autres pays membres à adopter des mesures importantes, de protection pour tous les États, dans un domaine décisif pour notre avenir ». Le Premier ministre portugais Antonio Costa s'attend à ce que le Conseil européen de la semaine prochaine adopte « des décisions concrètes, immédiatement applicables », soulignant que le point essentiel est « le contrôle des prix du gaz ».

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Depuis l'automne 2021, la France a gelé le prix du gaz vendu aux ménages français en compensant ce gel aux fournisseurs qui continuent de s'approvisionner sur les marchés où les cours du gaz se sont envolés depuis plusieurs mois. Cette mesure devait initialement coûter 1,2 milliard d'euros à l'État, mais désormais, Bruno Le Maire évalue son coût à 6,4 milliards d'euros.

Ailleurs en Europe, l'Allemagne a fait le choix de déployer des aides publiques au chauffage, la Belgique et les Pays-Bas ont décidé d'abaisser leur TVA sur l'énergie et la Pologne l'a purement et simplement supprimée pour le gaz. Le Premier ministre polonais a par ailleurs annoncé ce vendredi 18 mars une série de mesures dite « bouclier anti-Poutine » destinées selon lui à « dérussifier l'économie polonaise et européenne » et « sortir de la dépendance du gaz, du pétrole et du charbon russes ».

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Pour le moment, l'Europe continue de s'approvisionner en gaz russe. De fait, à ce jour, rien ne les empêche et c'est ce que font bon nombre de pays européens, comme l'Allemagne et l'Italie, en attendant de trouver une alternative, ce qui risque de prendre quelques mois. Les livraisons ont même augmenté de 3% en début de semaine par rapport à la précédente. Soit des « niveaux les plus élevés depuis décembre 2021 », souligne Kaushal Ramesh, analyste pour Rystad Energy. Selon le chef économiste de l'assureur Allianz, Ludovic Subran, les importations de gaz russe via les terminaux à destination de l'Europe ont bondi depuis le début de l'invasion.

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L'Europe est en fait extrêmement dépendante du gaz russe. En 2021, selon les données de l'Agence internationale de l'énergie (IAE), l'Union européenne (UE) a importé 140 milliards de m3 de gaz de Russie par gazoduc et 15 milliards de m3, sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL). Ces 155 milliards de m3 représentent 45% des importations totales de gaz de l'UE, et presque 40% de sa consommation totale.

Dans ce contexte, et au vu de la dépendance, « le plus raisonnable est de continuer d'en importer », estimait fin février dans La Tribune Jacques Percebois, expert énergétique. Par forcément pour assurer la sécurité d'approvisionnement sur le très court terme, puisque les réserves de l'Europe lui permettront de passer la fin de l'hiver. Mais la décision sera primordiale pour l'année 2023, étant donné que les stocks devront être reconstitués dès cet été. Les flux actuels pourraient donc viser à reconstituer les réserves, qui seront peut-être nécessaires si l'UE renforce les sanctions envers la Russie dans les prochaines semaines ou mois.

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« Nous sommes un pays relativement pauvre et les prix du pétrole comptent beaucoup : électoralement, politiquement, socialement et autrement »,souligne à l'AFP Lydia Powell, experte en politique énergétique de l'Observer Research Foundation, groupe de réflexion basé à New Delhi.

Selon un fonctionnaire, sous couvert de l'anonymat, « les pays autosuffisants en pétrole ou ceux qui importent de Russie ne peuvent pas plaider de manière crédible en faveur de restrictions commerciales », en référence respectivement aux États-Unis et aux pays européens. La Maison Blanche a par ailleurs déclaré cette semaine qu'il ne semblait pas que l'achat indien de pétrole constitue une violation des sanctions américaines.

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L'Inde a exhorté la Russie et l'Ukraine à cesser les hostilités, mais n'a ni condamné explicitement l'offensive russe ni qualifié celle-ci d'invasion. New Delhi et Moscou entretiennent des liens étroits depuis la Guerre froide, et la Russie demeure le premier fournisseur d'armes de l'Inde. Outre le pétrole et les armes, l'Inde importe de Russie des engrais et des diamants bruts. L'Inde exporte en Russie des produits pharmaceutiques, du thé et du café.

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(Avec AFP)

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