La facture va chauffer pour les consommateurs d'électricité modestes

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Si le prix du kWh a diminué de 0,5% le 1er août dernier, la facture n'en est pas moins salée pour les consommateurs modestes.
Si le prix du kWh a diminué de 0,5% le 1er août dernier, la facture n'en est pas moins salée pour les consommateurs modestes. (Crédits : Reuters)
La baisse du tarif réglementé du 1er août dernier ne va pas profiter à tout le monde: les ménages à la consommation la plus modeste pourraient voir la facture grimper en raison de la hausse du prix de l'abonnement pour les petits compteurs.

Une baisse qui va pourtant coûter cher. Si le 1er août 2018, le tarif réglementé a baissé en France de 0,5%, cette redéfinition du « tarif bleu » (le tarif réglementé décidé par l'Etat pour les particuliers et petites entreprises) ne profite pas à tout le monde. Pour les plus petits consommateurs, souscrivant au tarif de base avec un compteur à 3kVA, la facture annuelle pourrait même grimper de 20 euros, soit une augmentation de plus d'un tiers du prix de l'abonnement de l'électricité. Cette hausse ne toucherait pas tous les profils, les nouveaux tarifs bénéficiant plutôt aux gros consommateurs.

« Le prix du kilowattheure pour le tarif régulé baisse au 1 er août... mais le prix de l'abonnement augmente, et surtout pour les plus modestes », dénonce ainsi la CGT.

Hausse ou baisse des prix ?

La facture d'électricité se décompose en deux parties qui évoluent indépendamment : d'une part, le prix de l'abonnement qui est fixe selon l'option choisie (de base, avec un prix du kWh identique tous les jours, l'option heures pleines et heures creuses, tempo selon des « types » de journées), et le prix du kWh qui est variable et qui diffère surtout suivant la consommation électrique.

Si la commission de régulation de l'énergie (CRE) a annoncé que les tarifs réglementés d'EDF diminuaient de 0,5% pour les particuliers (seulement la deuxième diminution depuis 15 ans), le prix de l'abonnement a, lui, fortement augmenté. Ainsi, seuls les gros consommateurs peuvent compenser cette hausse (de surcroît moins importante sur les gros abonnements) par une diminution de la partie variable de leur facture. Les petits consommateurs subiront eux davantage l'augmentation du prix de l'abonnement que la baisse modérée du prix du kWh.

Ainsi, si la facture finale d'une consommation moyenne « augmente de 5% » ; celle des gros consommateurs « baisse de 0,2% » calcule la CGT.

Paradoxalement donc, plus on consommera, et plus on bénéficiera de cette baisse des tarifs réglementés. Et près d'1,5 million de consommateurs seraient touchés par cette hausse du prix de l'électricité.

Cette situation ouvre la voie à une nouvelle étape de la « dépolitisation » des tarifs de l'énergie, avec la reconnaissance qu'il est désormais nécessaire que les tarifs couvrent les coûts, y compris ceux des compteurs de plus petites puissance. Car le prix supporté par le consommateur ne se résume pas à celui de la production d'électricité, d'autres composantes entrent en compte, notamment les coûts d'acheminement qui font intervenir les réseaux publics de transport et de distribution, mais aussi la composante relative aux taxes ou encore à la commercialisation.

Ouverture à la concurrence des fournisseurs d'électricité

Aujourd'hui, le consommateur a le choix. Il peut décider de conserver le tarif réglementé du fournisseur historique EDF, défini par le CRE. Mais depuis 2007, il peut également se rediriger vers les offres du marché, proposées par les fournisseurs historiques également, mais aussi par les fournisseurs alternatifs, libres de fixer leurs prix, qui s'approvisionnent auprès de distributeurs (ERDF à 95%) avant de revendre cette électricité. Ils concurrencent les tarifs réglementés avec des offres très attractives, garantissant notamment la stabilité des prix pendant la durée du contrat, par exemple avec son offre Ajust qui fait profiter au client de la baisse du prix du kWh (au tarif réglementé en vigueur) tout en bloquant le prix à la hausse.

Si le « tarif Bleu » d'EDF apparaît rassurant, sous le contrôle de l'Etat et connu de longue date, il est parfois plus cher et souvent moins flexible que les nouveaux concurrents sur le marché. Ainsi EDF a vu sa part de marché diminuer ces dernières années à environ 82% aujourd'hui, perdant sur l'année écoulée environ 100.000 clients par mois. Les fournisseurs d'électricité - dernier intermédiaire avec le consommateur - grappillent du terrain, proposant des offres alternatives et misant surtout sur l'électricité verte, comme Direct Energie, Total Spring ou encore Eni (offre Astucio Planète). Engie déploie une stratégie massive de démarchage de ses clients au porte-à-porte, expliquant ses avantages par rapport au tarif réglementé. Mais il n'est pas certain que les fournisseurs se battent sur le terrain des petits compteurs, sur lesquels les marges sont très faibles.

Les tentatives de contre-attaque du fournisseur historique passent surtout par l'incitation à consommer de façon plus durable. L'offre « Vert électrique » promet par exemple d'injecter dans le réseau l'équivalent de la consommation en électricité verte (car il est impossible de savoir d'où vient l'électricité livrée dans chaque logement).

Pour l'heure, EDF a réussi à sauver son « tarif bleu » en mai dernier, selon une décision du Conseil d'Etat suite à la demande d'Engie et de l'Anode (association nationale des opérateurs détaillants en énergie) de sa suppression pour favoriser la concurrence et les baisses de tarifs. Une décision de courte durée puisqu'un projet de loi avait été évoqué au début de l'été pour organiser la fin de ces tarifs, tandis que les nouveaux arrivés ont saisi la justice européenne pour la contester.

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Commentaires
a écrit le 18/09/2018 à 10:57 :
Sur certaines régions (Strasbourg, Bordeaux ...) il est tres difficile de changer de fournisseur d'énergie sans passer par un courtier. A quand une reelle mise en concurrence et une veritable transparence des prix ?
a écrit le 27/08/2018 à 17:05 :
Toujours le même dogme de nos dirigeants, on prend aux pauvres, à ceux qui consomment pour donner à ceux qui s'évadent fiscalement, ça ne peut pas fonctionner.
a écrit le 26/08/2018 à 9:55 :
En parlant de facture :

L’opérateur Orange a annoncé en début de semaine qu’il cesserait de vendre des abonnements dès le 15 novembre prochain, avant d’y mettre fin définitivement, de manière progressive, à partir de 2023.
Pourtant, un peu moins de 10 millions de Français utiliseraient encore leur combiné, sans passer par Internet, selon les derniers chiffres de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). "Des gens peu habitués aux nouvelles technologies, notamment les personnes âgées, vont se retrouver sans téléphone", s’alarme Olivier Gayraud, juriste à l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV), interrogé par Le Parisien.
a écrit le 25/08/2018 à 10:35 :
Ouf ! J'ai quitté EDF depuis longtemps !
Réponse de le 27/08/2018 à 14:28 :
Chez les concurrents d'EDF, le montant des abonnements suit celui du tarif réglementé, ou est déjà supérieur.
a écrit le 25/08/2018 à 9:07 :
Enfin des mesures qui vont dans le sens de l'accroissement de l'utilisation de l'électricité.
Si vous consommez peu d'électricité c'est que vous brulez du gaz ou du fuel, il est donc normal dans le sens de la lutte contre le réchauffement climatique que vous payez plus cher le prix de l'électricité.
Réponse de le 26/08/2018 à 11:36 :
Si vous consommez peu d'électricité, c'est qu'elle est encore trop chère! Ce qui vous pousse a brûler du gaz ou du fuel, c'est que c'est encore dans vos moyens! En mélangeant cause et conséquence on peut dire n'importe quoi!
Réponse de le 27/08/2018 à 9:35 :
Si on consomme peu d'électricité c'est peut-etre aussi parce qu'on a une residence secondaire !!!
a écrit le 24/08/2018 à 20:24 :
"y compris ceux des compteurs de plus petites puissance"
Ça veut dire que Linky (le compteur du futur) en 3kVA, 6kVA, 9kVA, 12kVA sera plus ou moins cher avec les mêmes fils d'alimentation électrique dans la rue ?
Pourquoi pas un seul tarif d'abonnement : LE COMPTEUR. Une chance l'abonnement a la TVA 5,5%, 20% pour l'énergie.
Je suis à 6kVA et ça me suffit, mais si je veux 12kVA, ils vont utiliser les fils du réseau ou venir en ajouter des plus gros ? Les frais sont issus de quoi à configuration 'réseau de distribution' fixe ? C'est plutôt "financier" que réel, non ?? A 3, 6, 12kVA rien ne change en vrai, sauf dans les bureaux de comptabilité.
En gros les petits abonnements étaient payés pas assez cher.
J'avais regardé par curiosité le 3kVA, l'abonnement est peu cher mais le kWh cher !! Pour compenser (? reprendre d'un côté ce qu'on donne de l'autre) ? Y a un calcul à faire si c'est pour un logement, ça peut vite être équivalent puis basculer en dispendieux si on consomme trop.
Réponse de le 27/08/2018 à 14:35 :
Les fils qui vous relient au transformateur de distribution le plus proche ne changeront probablement pas si vous passez à des puissances supérieures car ils ont probablement été dimensionnés large.

Mais la distribution finale (du dernier transfo à la maison du client) ne représente qu'une partie du problème et des coûts. Si tout le monde s'amusait à passer à des puissances supérieures, il faudrait effectivement investir dans des lignes et des transfos plus gros, ce qui a un coût. Et Enedis comme RTE investissent régulièrement pour adapter leurs réseaux à l'évolution de la consommation.

Par ailleurs, l'abonnement sert en gros à financer l'assurance que vous avez d'être livré en courant si vous en demandez. Donc ça concerne la distribution, mais aussi la production, avec par exemple des turbines à gaz qui ne servent que pour les pics de consommation extrêmes et qui coûtent très chères.
a écrit le 24/08/2018 à 19:28 :
Comme si le nouveau compteur n'allait pas vous obliger a souscrire a un nouvel abonnement plus puissant parce votre congélateur risque de ne plus être alimenter pendant votre absence! Ni voyez pas une idée française dans tout cela, mais une arnaque des lobbys auprès de la commissions de Bruxelles

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