La patronne d'Engie, Catherine MacGregor, monte au front pour défendre l'éolien terrestre

Alors qu'Emmanuel Macron accélère sur le front de l'éolien en mer, Catherine MacGregor rappelle l'importance de l'éolien terrestre pour la France. A l'occasion du dixième anniversaire d'un parc éolien situé en Côte d'Or, la directrice générale d'Engie a salué le courage des élus défendant cette énergie renouvelable, tout en condamnant une posture anti-éolienne « presqu'activiste » adoptée par d'autres. Pour Engie, l'éolien terrestre n'est pas un gros mot.
Pour Catherine MacGregor, «il faut développer l'éolien en mer et terrestre. [...] On ne peut pas se reposer juste sur le nouveau nucléaire car la demande d'électricité va exploser, notamment avec le développement de la mobilité électrique. Il va y avoir un sujet de capacité ».
Pour Catherine MacGregor, «il faut développer l'éolien en mer et terrestre. [...] On ne peut pas se reposer juste sur le nouveau nucléaire car la demande d'électricité va exploser, notamment avec le développement de la mobilité électrique. Il va y avoir un sujet de capacité ». (Crédits : BENOIT TESSIER)

L'éolien terrestre est-il devenu un gros mot ? C'est ce que l'on pourrait être tenté de croire alors qu'il n'est même pas mentionné une seule fois dans le projet de loi d'accélération des énergies renouvelables, présenté en début de semaine en conseil des Ministres, et que l'exécutif préfère louer les promesses des dames blanches des mers, plutôt que celles de leurs grandes sœurs terrestres. Engie, qui revendique la place de premier opérateur d'installations photovoltaïques et éoliennes terrestres en France, entend bien prouver le contraire. Ainsi, alors qu'Emmanuel Macron inaugurait en grandes pompes le premier parc éolien offshore français au large de Saint-Nazaire la semaine dernière, Catherine MacGregor a mis le cap vers une direction diamétralement opposée.

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Ce vendredi 30 septembre, la directrice générale de l'ex-GDF Suez a choisi de se rendre à une cinquantaine de kilomètres de Dijon (Côte d'Or) pour célébrer le dixième anniversaire de l'un des tous premiers parcs éoliens terrestres de Bourgogne. « Il faut développer l'éolien en mer et terrestre. [...] On ne peut pas se reposer juste sur le nouveau nucléaire car la demande d'électricité va exploser, notamment avec le développement de la mobilité électrique. Il va y avoir un sujet de capacité », a-t-elle prévenu, en marge de cette manifestation.

« Elles font partie de notre vie »

Sur place, les 23 éoliennes que comptent les parcs éoliens de Bretelle et d'Echalot restent à peine visibles pendant plusieurs heures, tant le brouillard est dense ce matin-là. Plantés au milieu des champs de blé et d'orge, à cheval sur les communes d'Etalante, de Poiseul-la-Grange et d'Echalot, ces mâts, d'une puissance de 2 mégawatts chacun, produisent suffisamment d'électricité pour la consommation de 37.000 habitants. « Elles font partie de notre vie. Ici, les critiques se manifestent lorsqu'elles ne tournent pas. Nous nous sommes appropriés ces moulins », raconte Eric Dudouet, maire d'Etalante. Les riverains ont même pris l'habitude d'admirer de près ces turbines lors de balades à vélo grâce à l'aménagement d'un parcours de plusieurs kilomètres, financé en partie par Engie.

Outre cet attachement visuel, l'élu vante les retombées économiques de telles infrastructures. Au total, depuis leur mise en fonctionnement en 2012, ces éoliennes ont rapporté quelque 700.000 euros à sa commune. Une somme considérable à l'échelle d'un tout petit bourg. Cette manne a ainsi permis une baisse de 20% de la taxe foncière et de financer une partie de la rénovation de l'église. Nicolas Hoffman, maire de la commune voisine Echalot, fait également valoir ces avantages économiques, qui ont notamment permis de financer l'enfouissement de câbles aériens.

Si cet enthousiasme semble être largement partagé à l'échelle locale, ces parcs éoliens ne font pas, non plus, l'unanimité. De décembre à juin dernier, alors que la crise énergétique battait déjà son plein,15 éoliennes ont dû être arrêtées en journée, après qu'un Milan royal, dont l'espèce est menacée, ait été retrouvé mort dans un champ voisin. D'après les élus locaux, la présence de ce cadavre n'est pas le fruit d'un accident avec une pâle d'éolienne, mais le résultat d'un acte malintentionné. « Le corps de l'oiseau était desséché. Il a été amené mort ici dans le but d'arrêter les éoliennes, avance Eric Dudouet. Si cela se reproduit, nous demanderons une autopsie », poursuit-il.

« Il faut être courageux, aujourd'hui, pour parler d'éolien terrestre »

« Le mouvement anti-éolien en France est puissant, vocal et assez habile. Il faut être courageux, aujourd'hui, pour parler d'éolien terrestre », a estimé Catherine MacGregor, qui dénonce une posture anti-éolienne « presqu'activiste » adoptée par certains citoyens et élus. « Les rangs anti-éoliens sont en train de grossir », abonde François Patriat, sénateur de la Côte d'Or et fervent défenseur de ces moulins géants, tout comme du nucléaire. « Le gouvernement est sensible à toutes ces sirènes anti-éoliennes », regrette-t-il, en faisant référence à l'absence du terme « éolien terrestre » dans le projet de texte de loi.

Selon la dirigeante, ce mouvement anti-éolien a pris racine avec des projets mal réalisés, mal exécutés. Elle plaide ainsi pour une très grande exemplarité des porteurs de projets et met en avant la nouvelle méthode du groupe, baptisée TED, qui vise à favoriser une meilleure appropriation des énergies renouvelables. « Il y a un travail de pédagogie et des fake news à combattre », ajoute-t-elle, en citant l'exemple du démantèlement : « Il est faux de dire que nous laissons le béton lorsque nous retirons une éolienne ».

Dans l'Hexagone, Engie revendique une capacité de 2,8 gigawatts (GW) d'éolien terrestre et de 1,2 GW dans le solaire. « A l'horizon 2025, nous souhaitons ajouter 2 GW supplémentaires sur le solaire et l'éolien terrestre, avec un ratio un peu plus en faveur du solaire », précise Catherine MacGregor, qui reconnaît qu'aujourd'hui les projets d'éoliennes terrestres sont « difficiles ».

Des effectifs insuffisants

Pour la patronne d'Engie, la loi en préparation sur l'accélération des énergies renouvelables va dans le bon sens. Selon elle, il serait toutefois possible d'en « faire davantage » sur les retombées économiques pour les citoyens alors que le texte prévoit d'intéresser les habitants aux projets en leur faisant bénéficier d'une réduction sur le prix de l'électricité produite près de chez eux.

En revanche, le texte n'aborde pas la question des effectifs chargés d'instruire les dossiers alors que « les goulets d'étranglement se trouvent dans les services administratifs », où le personnel n'est pas assez nombreux, explique Catherine MacGregor. « Les administrations bloquent tout », dénonce ouvertement François Patriat. La circulaire adressée la semaine dernière aux préfets pourrait faire bouger les choses. Elle demande à ces derniers de faire en sorte qu'aucune instruction de projet renouvelable ne dépasse le délai de 24 mois.

L'horizon va-t-il enfin se dégager pour l'éolien terrestre ? Qu'importe la réponse, François Patriat entend porter le nombre d'éoliennes à 600 en Bourgogne, contre quelque 420 aujourd'hui. « En annonçant cet objectif, je suis devenu la persona non grata », s'amuse-t-il à confier.

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Commentaires 19
à écrit le 03/10/2022 à 16:42
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Cela vaut-il vraiment le coup de polluer nos horizons et la vie de ceux qui les regardent avec ces énormes moulins qui ne sont efficaces que 25 % du temps ? Pour moi, la réponse est clairement non……

à écrit le 03/10/2022 à 12:32
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Ou on risque de se marrer c'est pour le démantèlement de ces moulins, ça ne va pas se bousculer pour signer le chèque..

à écrit le 03/10/2022 à 10:59
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Pourquoi ne pas installer les éoliennes au bodes des autoroutes afin de camoufler les bruits par celui des voitures et camions ? Autoroute Narbonne-Toulouse ou vallée du rhone naturellment très venteux :)

à écrit le 02/10/2022 à 10:11
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Il serait facile d’éviter les polémiques en conditionnant les programmes d’aides publiques à des taux de charge raisonnables, donc plus de 20% par exemple, ce qui aurait le mérite d’éliminer la dépense publique sur la quasi totalité du parc éolien te...

à écrit le 01/10/2022 à 17:30
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Aujourd'hui le risque financier pour les associations anti éolien est nul ,pour une capacité de nuisance maximum , les recours sont donc devenus systématiques . Il suffirait de légiférer afin que la responsabilité financière des membres des a...

le 01/10/2022 à 22:15
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J'adhère à 100%. Les associations anti-éoliennes doivent, en outre, publier l'origine de leurs fonds. Des sommes astronomiques sont dépensées en frais de procédure par les associations, sans rapport avec leurs revenus déclarés.

à écrit le 01/10/2022 à 13:53
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Les primes d'Etat sur l'eolien sont attractives. ENGIE apprecierait d'en profiter davantage. L'eolien terrestre ou marin cumule les inconvenients. Le premier d'entre eux est qu'un accroissement du parc éolien ne fait pas baisser la part de CO2 dans ...

à écrit le 01/10/2022 à 9:05
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Quand on est technocrate, on ne réfléchit que sur le papier et on trace une ligne dogmatique !

le 01/10/2022 à 12:27
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Ce que vous écrivez ne correspond pas à la définition de technocrate , par ailleurs elle a occupé par le passé des fonctions opérationnelles dans différents secteurs et pays dans le domaine des énergies et de part ses fonctions elle est amené à faire...

à écrit le 01/10/2022 à 3:36
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"premier opérateur d'installations photovoltaïques" Oui facile , comme d'habitude ,on rend tellement compliqué les démarches administratives ,ne parlons même pas si vous avez un bâtiment classé ou une vallée classée dans le secteur , alors là en tan...

le 01/10/2022 à 8:26
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une transparence totale serait un plus pour une meilleurs comprehension car vu le flou des explications et de rentabilite et ceux aussi en comparison avec d''autre nation comme la belgique et l'allemagne et pour quelle raison en france le pro...

à écrit le 01/10/2022 à 1:37
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Bien sûr que la patronne d'un groupe gazier dont le produit sert à pallier aux déficiences des éoliennes leur est favorable. D'autant plus pour les éoliennes terrestres dont l'intermittence est plus importante. Quand on a un conflit d'intérêt avéré c...

à écrit le 30/09/2022 à 23:30
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MacGregor nous explique le " pret à penser" d'une ancienne holding financiere mutée en groupe gazier qui dispose de quelques unités nucleaires en belgique et d'hydro-electrique( CNR pour moitié) en France. Elle ne connait rien au systeme electrique ...

à écrit le 30/09/2022 à 21:30
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Elle pourra parler quand elle aura une éolienne dans son jardin ou à côté de son château.

à écrit le 30/09/2022 à 20:37
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Il y a 14 GW d'éolien terrestre outre Manche dans un pays d'une sixième la superficie de la France. Sans ca, actuellement l'Angleterre serait en naufrage absolu. Nous: n'avons rien fait depuis 20 ans en misant sur la toute nucléaire avec les conséque...

le 30/09/2022 à 22:21
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Depuis 20 ans nous n'avons pas construit une seule centrale nucléaire, juste un prototype a été commencé il y a 12 ans et certes EDF a du monter le niveau de sureté à grands frais. Mais on a mis 120Md€ au moins sur les renouvelables neufs (source Cou...

le 30/09/2022 à 23:44
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Mais si, ce pays a détruit un de ses fleurons technologiques, le nucléaire. Je suis d'accord avec vous, vous nous prouvez que : "la propagande et mauvaise foi des intérets est toujours plus facile."

à écrit le 30/09/2022 à 20:25
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Bonjour, Ils n'y a pas grand chose à défendre, souvent les éoliennes sont rejetés par la population, d'un bilan énergétique décevant, et d'un prix importants lors de l'installation... D'ailleurs, je remarque que nous devons vraiment être très mauv...

le 30/09/2022 à 21:24
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Depuis quarante ans nos politiques n’ont eu de cesse que de détruire tout ce qui marchait bien en France ,ils ont tout vendu aux pseudos copains ,auto routes acier raffineries Démantelé EDF et pour finir l’obliger à vendre sa production électrique ...

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