Meridiam et Evergaz se rapprochent pour se renforcer dans le biogaz

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Evergaz vise un portefeuille de 30 installations en Europe en 2020
Evergaz vise un portefeuille de 30 installations en Europe en 2020 (Crédits : Evergaz)
Evergaz, acteur de premier plan sur le marché émergent du biogaz, lève 30 millions auprès du fonds Meridiam afin de financer le développement de son portefeuille européen.

Les planètes semblent enfin s'aligner pour le biogaz français et Evergaz se donne les moyens d'en profiter.

Fondée en 2008 sous le nom de Holding Verte, Evergaz détient déjà 7 installations de biogaz, dont 4 en France, deux en Allemagne et une en Belgique, et une huitième en construction. Mais, à 1,5 million d'euros l'investissement moyen en fonds propres, Evergaz se trouve considérablement renforcé par l'entrée à son capital de Meridiam Transition. Ce fonds spécialisé dans la transition énergétique des infrastructures européennes, leader dans l'investissement et la gestion à long terme de projets d'infrastructures avec 6.2 milliards d'euros d'actifs sous gestion et dont le fondateur Thierry Déau appartient au Comité Acte (accélérateur de la transition écologique) mis en place par Nicolas Hulot, injectera en effet à terme 30 millions dans Evergaz. Une décision prise alors que les deux entreprises sont déjà partenaires sur les projets allemands. Cet argent frais ira en grande majorité directement dans le financement de projets en co-investissement, mais une part servira également à accroître les moyens de la holding.

Un objectif de 50 MW à l'horizon 2020

Du point de vue de Meridiam, cette collaboration va notamment permettre d'agréger de petits projets pour atteindre une taille critique, comme l'explique Julien Touati, son directeur du développement.

Fort de ce partenariat qui, outre le soutien financier, ouvre potentiellement les portes de toute l'Europe continentale, Evergaz ambitionne d'être à la tête d'un portefeuille de 30 centrales d'ici à 2020, dont 20 en France, pour une production totale annuelle de 100 millions de mètres cubes de biométhane valorisé en co-génération sous forme d'électricité et de chaleur, ou injecté dans les réseaux de gaz naturel. Cela correspond au traitement d'un million de tonnes de déchets, et à une production globale d'environ 50 MW.

Evergaz opère de plusieurs manières : soit en construisant des projets de A à Z, soit en reprenant des actifs existants et, le cas échéant, en les agrandissant. Les nouvelles installations dont s'enrichira son portefeuille d'ici à 2020 seront principalement des centrales construites ex-nihilo. C'est d'ailleurs ce que recherche en priorité Meridiam.

Une tradition de partenariats locaux

Les deux entreprises partagent une même vision du secteur du biogaz, qui accorde une place centrale à l'ancrage territorial.  Alors que les agriculteurs apporteurs de matière (agriculteurs, collectivités ou industriels... ) sont souvent réduits au simple rôle de fournisseurs, Evergaz a pour principe de les associer à la gouvernance des projets, via des pactes d'actionnaires leur octroyant un rôle réel. Le crowdfunding (notamment via un partenariat avec la plateforme Lendosphère spécialisée dans les énergies renouvelables) ou encore la mise en place d'installations accessibles au grand public - telles que des pompes au bio-GNV - permettent d'améliorer l'appropriation et l'acceptabilité des projets dans les territoires. « Il faut inventer des gouvernances innovantes », reconnaît Frédéric Flipo, directeur général délégué d'Evergaz, permettant d'associer les actionnaires des villes et des champs. Evergaz s'est déjà associé à l'entreprise locale de distribution Sicae-Oise pour investir ensemble 20 millions d'euros en 5 ans dans les Hauts-de-France.

Apporter de la crédibilité à la filière française

Ce partenariat devrait entraîner une croissance significative du chiffre d'affaires d'Evergaz, qui s'établit à 6 millions d'euros. Sa part de marché, aujourd'hui d'environ 10%, devrait se maintenir sur un marché très fragmenté et en croissance, ce qui en ferait l'un des principaux acteurs européens du secteur.

Rappelant que Sandra Lagumina, ancienne patronne de GDRF puis membre du Comex d'Engie qu'elle a quitté en novembre 2016, a rejoint Meridiam il y a quelques mois, Julien Touati souligne que « l'injection  - de biogaz dans le réseau - est à un tournant en France. Contrairement à ce qui s'est passé pour l'intégration de l'électricité verte, les opérateurs de réseaux y sont très favorables. GRDF prévoit en effet d'atteindre 30% de gaz d'origine renouvelable dans la consommation de gaz en 2030.

Très en retard sur ses voisins belge et allemand avec 600 centrales biogaz contre 9.000 en Allemagne, la filière française mise sur le plan méthanisation récemment annoncé par le gouvernement.

« Alors qu'il y a plusieurs façons de verdir l'électricité, il n'y en a qu'une pour verdir le gaz », souligne Frédéric Flipo, rappelant que la méthanisation est une solution vertueuse de gestion des déchets et de captation du méthane.

Au-delà d'Evergaz, l'implication de Meridiam doit apporter de la crédibilité à l'ensemble d'une filière vis-à-vis de laquelle les banquiers se montrent quelque peu frileux, et qui a donc souffert ces dernières années d'une sous-optimisation des montages financiers.

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