Biogaz : comment le gouvernement veut accélérer

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Dans leur ensemble, ces mesures doivent permettre d'atteindre l'objectif déjà fixé en 2015 par la loi de transition énergétique pour la croissance verte: 10% de gaz renouvelable dans la consommation française à horizon 2030, soit une production annuelle de 30 TWh.
Dans leur ensemble, ces mesures doivent permettre d'atteindre l'objectif déjà fixé en 2015 par la loi de transition énergétique pour la croissance verte: 10% de gaz renouvelable dans la consommation française à horizon 2030, soit une production annuelle de 30 TWh. (Crédits : Jürgen Fälchle/Fotolia)
Le gouvernement a publié lundi les conclusions du groupe de travail lancé début février sur la méthanisation. Pour "verdir" le gaz français, il mise sur la simplification des procédures et sur les agriculteurs.

Le groupe de travail lancé début février par Sébastien Lecornu, secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, a rendu ses conclusions. Pour accélérer le développement en France de la méthanisation, technologie basée sur la dégradation par des micro-organismes de la matière organique afin de produire du biogaz, il mise sur 15 mesures, dévoilées lundi 26 mars.

Des délais d'instruction réduits et un guichet unique

Un premier ensemble de dispositifs vise à s'attaquer à l'un des principaux obstacles dénoncés par les professionnels: "des régimes d'autorisations complexes" qui, associés à la multiplication des recours, ralentissent les projets, expliquait en février à La Tribune le président du think tank France Biométhane Cédric de Saint-Jouan. Le gouvernement affirme désormais souhaiter réduire les délais d'instruction des projets de un an à six mois, ainsi que relever à 100 tonnes par jour (au lieu de 60) le seuil applicable à la déclaration des "installations classées pour la protection de l'environnement" (ICPE) -des projets soumis à des réglementations particulières en raison des nuisances ou des risques qui les caractérisent. Afin de simplifier les démarches administratives, l'exécutif prévoit également de créer un "guichet unique" pour l'instruction des dossiers réglementaires.

Des crédits facilités pour les agriculteurs

Un autre groupe de mesures vise spécifiquement les agriculteurs qui, grâce aux bio-déchets qu'ils produisent, détiennent aujourd'hui 80% du potentiel méthanogène français -le reste venant des stations d'épuration de l'eau et des déchets ménagers. Sébastien Lecornu a insisté ce matin sur le potentiel de "revenus supplémentaires" et stables que la méthanisation peut représenter pour ce secteur en crise, auquel s'ajoutent les économies en intrants chimiques découlant de l'utilisation gratuite des engrais et du digestat issus du processus de production du biogaz. Le gouvernement promet de faciliter l'accès au crédit pour la méthanisation agricole, de mettre en place un complément de rémunération pour les plus petites installations et de lancer des formations. À la veille du salon de l'Agriculture, le président de la République Emmanuel Macron avait déjà emprunté cette voie en annonçant, devant 1.000 jeunes agriculteurs reçus à l'Élysée jeudi 22 février, la création d'un fonds de prêts de 100 millions d'euros avec BPI France.

Le biométhane à ses débuts

Dans leur ensemble, ces mesures doivent permettre d'atteindre l'objectif déjà fixé en 2015 par la loi de transition énergétique pour la croissance verte: 10% de gaz renouvelable dans la consommation française à horizon 2030, soit une production annuelle de 30 TWh. Si le biogaz peut en effet être brûlé pour produire de l'énergie électrique et de la chaleur (cogénération), c'est surtout la possibilité de l'injecter, après épuration, dans le réseau de gaz sous forme de biométhane qui intéresse aujourd'hui, puisqu'elle peut contribuer à verdir l'offre de gaz -laissé pour compte par le développement du photovoltaïque et de l'éolien.

Lire: Pourquoi le gouvernement veut accélérer l'essor du biogaz en France

Or, réglementé en 2011 (alors que les conditions d'achat de l'électricité produite par la valorisation de biogaz ont été fixées en 2006), le biométhane représente encore moins de 1% du gaz consommé en France, et 44 installations sur 550 unités de méthanisation. Selon le dernier panorama du gaz renouvelable réalisé par le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et les gestionnaires de réseaux (Grdf, GRTgaz, TIGF), malgré une progression de la production de biométhane pour les réseaux de gaz de 162% en une année, 215 gigawattheures (GWh) étaient produits en 2016, alors que l'objectif serait de 1,7 TWh en 2018 et 8 TWh en 2023.

Lecornu optimiste

Lors d'une conférence de presse de présentation des conclusions du groupe de travail, Sébastien Lecornu s'est toutefois montré optimiste quant au but fixé pour 2030:

"C'est un objectif qui nous semble atteignable, il peut même être dépassé, à la seule condition qu'on prenne le problème par le bon bout", a-t-il affirmé.

Les propositions du groupe de travail sont d'ailleurs destinées à s'inscrire dans un cadre plus large: celui des travaux de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), qui tracera la feuille de route de la transition énergétique pour la période 2019-2023 et doit aboutir fin 2018. La PPE en effet "fixera de nouveaux objectifs de production de biogaz à court et long terme", a rappelé Lecornu.

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a écrit le 27/03/2018 à 6:16 :
Ne pas oublier que l'on capte le maximum du potentiel énergétique du biogaz avec son couplage à l'électrolyse, avec baisse drastique des émissions (même si ces dernières sont neutres voire même négatives avec la réduction des engrais) et injection directe dans le réseau. En d'autres termes il sera intéressant de coupler certaines importantes unités proches du réseau gaz/ou stockages/ou applications directes. La compétitivité par ailleurs de la méthanation (électrolyse + méthanation) dont le rendement industriel est désormais de plus de 80% est attendue entre 2020 et 2030 et en fait très probablement sous 5 ans. Il existe 36 sites de méthanation rien qu'en Allemagne et près d'une dizaine en France. Indispensable pour le stockage longue durée et régler l'intermittence des renouvelables comme réduire à terme à néant les importations de gaz qui polluent et nous ruinent !
a écrit le 26/03/2018 à 21:53 :
Enfin du renouvelable permanent: La j'approuve.....
a écrit le 26/03/2018 à 20:48 :
Le biogaz, comme il est appelé, n'est ni plus ni moins du méthane qui est un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2 sur 100 ans, plus on réduit le temps, plus il dépasse le CO2. La méthode de collecte du méthane à un bilan énergétique (celui de la science pas celui des lobby) est déplorable car il ne capte que celui qui est resté dans la matière récupérée.
Autant dire tout de suite que l'on marche sur la tête.
Réponse de le 27/03/2018 à 6:56 :
Pas exact car la part de C02 dans la méthanisation des sous-produits agricoles est de 19 à 33% (60 à 75% pour le méthane CH4). Une partie revient se fixer dans le sol. Une autre réduction provient de la nette diminution ou absence d'imports (et d'exploitation/émissions) d'engrais. Il y a un bilan quasi neutre voire négatif selon les types de cultures etc puisque ce sont de toutes manières des sous produits agricoles (végétaux, animaux etc) qui seraient généralement épandus sous formes de compost. On peut bien évidemment capter le C02 par couplage avec l'électrolyse et là on capte l'essentiel du pouvoir énergétique du biogaz tout en réduisant drastiquement la part de C02 avec un bilan non plus neutre ou proche mais négatif en terme d'émissions de C02 dans une unité performante. Enfin on ne peut comparer méthane dont la durée de vie dans l'atmosphère est de quelques 12 ans avec pouvoir 25 fois celui du C02 à horizon d'1 siècle, avec le CO2 excédentaire émis dans l'atmosphère qui y reste jusqu'à plusieurs centaines d'années (IPCC 4th Assessment Report Section 2.10)
Réponse de le 27/03/2018 à 9:30 :
le CH4 est en effet a effet de serre et donc, au lieu de le laisser "s'évaporer" dans la nature par la méthanisation naturelle de tous les déchets organiques de l'industrie humaine, on propose justement de ramener dans des stockages et l'utiliser en lieu et place du méthane que l'on extrait massivement des profondeurs de la terre... Entre les deux, il n'y a vraiment pas photo :-)
a écrit le 26/03/2018 à 17:22 :
"Sébastien Lecornu s'est toutefois montré optimiste quant au but fixé pour 2030"

2030 !? Ben ça va je ne serais plus là depuis bien longtemps ! Je suis optimiste donc ! Et puis si j'y suis encore cela voudra dire que j'ai acquis un réseau suffisant pour mentir en toute impunité.

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