Nucléaire : après 12 ans de retard, le calendrier de l'EPR finlandais d'Olkiluoto 3 dérape à nouveau

Nouveau décalage pour l'EPR finlandais d'Olkiluoto 3. La mise en service normale du nouveau réacteur nucléaire, déjà repoussée de fin juillet à septembre en raison de réparations sur le générateur, est désormais reportée à décembre, a annoncé mercredi TVO, l'exploitant de cette centrale de construction française. Une annonce qui intervient après celle d'un nouveau décalage du calendrier de l'EPR au Royaume-Uni.

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(Crédits : Reuters Staff)

C'était trop beau pour être vrai. Déjà repoussée de fin juillet à septembre en raison de réparations sur le générateur, la mise en service normale du réacteur nucléaire EPR d'Olkiluoto 3 en Finlande, est désormais reportée à décembre, a annoncé ce mercredi TVO, l'exploitant de cette centrale construite par le consortium Areva-Siemens.

Ce nouveau report a été décidé après l'observation en mai de "corps étrangers" dans le réchauffeur de vapeur de la turbine, a fait savoir TVO, précisant que cette découverte nécessitait "des inspections et des travaux de réparation" jusque fin juillet. On se dirige donc vers les 13 ans de retard. Pour rappel, ces déboires et dérapages financiers du chantier finlandais, synonymes de milliards d'euros de pertes, ont provoqué la réorganisation complète d'Areva, dont les activités principales ont donné naissance à Orano et Framatome (filiale d'EDF).

Seule reste Areva SA, une structure dont le but essentiel est d'achever Olkiluoto-3.

Avec une puissance installée de 1.650 mégawatts (MW), cet EPR est appelé à devenir l'un des plus puissants réacteurs d'Europe. Une fois mis en service, il fournira alors à la Finlande pas moins de 14% de son électricité, en complétant la production nucléaire des deux autres centrales du pays déjà en service, à Olkiluoto et à Loviisa, sur la côte ouest du pays. Ces installations produisent déjà environ 30% de l'électricité nationale.

Pour le chantier d'Olkiluoto-3, débuté en 2004, il faut s'armer de patience. Car en Finlande comme ailleurs, la construction des EPR est marqué par de nombreux glissements de calendrier et dérapages financiers. Le seul en construction dans l'Hexagone, à Flamanville (Manche), doit entrer en service en 2023, avec onze ans de retard et un budget multiplié par presque quatre (de 3,3 à 12,7 milliards d'euros hors coûts de financement). Quant à l'EPR d'Hinkley Point, dans le sud de l'Angleterre, le début de la production d'électricité vient d'être repoussée à 2027. Enfin, à Taishan (Chine), l'un des seuls EPR mis en service dans le monde reste à l'arrêt depuis juillet, du fait d'un incident technique.

Tensions entre TVO, Areva et la Stuk

D'origine franco-allemande, ces réacteurs achetés en Europe après la catastrophe de Tchernobyl devaient pourtant devenir le fer de lance de la filière atomique, et redynamiser une filière en perte de vitesse. De fait, ceux-ci offrent une puissance plus importante et une meilleure sécurité que les installations de deuxième génération, qui constituent le parc actuel. Mais entre défauts de soudure, anomalies sur la composition de l'acier du couvercle et du fond de la cuve et problèmes de fournisseurs, l'image de l'EPR s'est peu à peu écornée.

Dans le cas d'Olkiluoto, ces déconvenues ont même entraîné de longues et vives tensions entre TVO, Areva et l'autorité finlandaise du nucléaire, la Stuk. TVO avait signé en mars 2019 un accord pour mettre fin au contentieux, prévoyant qu'une indemnisation de 450 millions d'euros lui soit versée. Le Covid-19 avait à son tour provoqué de nouveaux retards sur le chantier finlandais.

Un retour en grâce de l'atome civil

Il n'empêche que, si les problèmes de l'EPR puis la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011, ont freiné les espoirs d'une « renaissance », l'énergie nucléaire, qui émet peu de CO2, voit ses perspectives s'améliorer de nouveau. Signe d'une conjoncture plus favorable, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a relevé cette année ses projections pour la première fois depuis Fukushima, prévoyant désormais un doublement de la puissance nucléaire installée d'ici à 2050 dans le scénario le plus favorable.

De son côté, Bruxelles a accordé à l'atome civil le « label vert », pour permettre à ses opérateurs de bénéficier de conditions de financement aussi favorables que ceux accordés pour développer les énergies renouvelables, même si les conditions sont nombreuses. Une situation sur laquelle compte surfer EDF.

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Enfin, en France, Emmanuel Macron a récemment annoncé son intention de construire pas moins de 14 EPR sur le sol national, dont huit posés en option sur le plus long terme, afin d'assurer le renouvellement du mix électrique d'ici à 2050. De quoi donner de la visibilité à la filière, qui attendait de longue date cette nouvelle impulsion.

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