« Ici, vous avez tout, nous, on n'a rien. » Des phrases comme celle-ci, il en est revenu souvent aux oreilles du maire de Petit-Caux, la localité née de la fusion de 18 villages qui abrite la centrale nucléaire de Penly, aujourd'hui sous les feux des projecteurs avec la découverte de fissures sur ses réacteurs. Élu municipal depuis trois décennies, Patrice Philippe y est habitué. « À force d'avoir les tympans qui sifflent, je finis par croire que j'ai des acouphènes », ironise-t-il. L'édile le sait mieux que personne. L'opulence de sa commune suscite encore des jalousies trente ans après que la centrale a été raccordée au réseau. Il est vrai qu'ici, la rente de l'atome crève les yeux tant les infrastructures paraissent surdimensionnées.
Qu'on en juge. Dans cette petite ville forte d'à peine 10.000 habitants, la municipalité administre pas moins de 200 équipements publics (!) dont 15 de plus de 1.000 m2 - au rang desquels un stade de football digne de celui d'une ligue 1 et un centre aquatique adossé à une patinoire, sans compter une petite vingtaine de salle des fêtes, six gymnases, et autant de groupes scolaires. De quoi faire quelques envieux dans les collectivités environnantes. Pas étonnant dès lors que le projet d'EDF de construire deux nouveaux réacteurs réanime de vieux contentieux, pour ne pas dire de vieilles rancœurs.