Nucléaire : malgré les difficultés d’EDF, les Normands continuent de miser sur l’EPR à Penly

L'énième report de la mise en route du réacteur 3 de Flamanville et le trou d’air financier qui attend EDF font planer des doutes sur la capacité de l’électricien à mener à bien la construction des futurs EPR. A commencer par ceux de Penly en Normandie, premiers sur la liste. Dans cette région acculturée au nucléaire, ce projet à 15 milliards d’euros jouit encore d’un consensus mais les positions pourraient se crisper à l’approche des législatives. Vendredi 21 janvier les partisans de ce projet se réuniront à Petit-Caux pour rappeler leur soutien.

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Nichée au creux d'une falaise de la côte d'Albatre, la centrale de Penly a été choisie par le PDG d'EDF pour accueillir une première paire de réacteurs EPR
Nichée au creux d'une falaise de la côte d'Albatre, la centrale de Penly a été choisie par le PDG d'EDF pour accueillir une première paire de réacteurs EPR (Crédits : Pascal Rossignol)

Surtout tenir bon malgré les vents mauvais. La tempête que traverse l'électricien français n'aura pas raison de la grand-messe pro EPR programmée ce vendredi (21 janvier) dans la commune de Petit-Caux, berceau de la centrale nucléaire de Penly. Celle-là même où pourrait être construite la première paire des six nouveaux réacteurs voulus par Jean Bernard Lévy, le PDG d'EDF. Prévu depuis plusieurs semaines, le pow wow a été maintenu malgré l'annonce, entretemps, d'un nouveau report de la mise à feu de Flamanville et d'un problème de corrosion sur le système de sécurité de l'un des réacteurs de Penly, sans compter le coup porté aux finances d'EDF pour contenir la facture électrique.

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« Infaisable sans les collectivités »

Au menu de la réunion, un seul thème intitulé comme suit : « EPR 2, en faire une chance pour nos entreprises ». Pour en parler, un aréopage œcuménique. Seront présents les présidents centriste et LREM de la Région et du Département, le maire sans étiquette de la Ville, les patrons de gauche et de droite des quatre Intercos environnant la centrale et deux députés : l'un encarté chez En Marche, l'autre chez LFI. Tous au diapason. Car ici pas question de laisser voir le moindre dissensus. A l'exception des Verts pour qui il faut mettre un « stop au désastre », les élus du territoire savent faire bloc quand il s'agit de l'EPR. Une position assumée droit sans ses bottes par le président de la Région, Hervé Morin.

« Jean-Bernard Levy me l'a souvent dit : le consensus c'est la clé, théorise t-il. Sur un chantier aussi gigantesque, il y a de telles implications en matière de logement, d'infrastructures ou de formation que ce serait infaisable sans les collectivités locales dont presque toutes ces questions dépendent ».

Se passer du nucléaire, non merci

Alors, si certains ont des doutes, ils n'en laissent rien paraître. Le fiasco de Flamanville ? La faute à la désindustrialisation des décennies antérieures pour Sébastien Jumel, député communiste de Dieppe rangé, depuis quelques jours, derrière Jean-Luc Mélenchon. « On a tellement renoncé à notre souveraineté économique que c'était prévisible. Maintenant, il nous faut la reconstruire. C'est pourquoi nous voulons faire de Penly un chantier exemplaire ». Et qu'importe si sa nouvelle écurie de La France Insoumise veut émanciper le pays de l'atome, le député assume sa différence. Il reste favorable « à un nucléaire public et sûr » et indique avoir « reçu des assurances des dirigeants d'EDF ».

Même tonalité dans les milieux économiques locaux où l'on refuse de s'appesantir sur les déboires de l'énergéticien. « De toute façon, je ne vois comment l'on réussira à se passer du nucléaire », tranche Patrice Gault, président de l'influent groupement d'entreprises (plus de 160) Dieppe Meca Energies. Pas d'états d'âme donc chez cet entrepreneur qui anime la commission « développement économique » au sein du comité stratégique de pilotage créé par le préfet pour préparer l'arrivée de l'EPR. Il préfère mouiller la chemise pour inciter les PME à se mettre en ordre de bataille. « Si nous voulons prendre des marchés, il faut s'y préparer avec une tactique qui passe par une veille sur les appels d'offres et, si besoin, la constitution de groupements », disserte t-il. Lui participera « bien sûr » à la réunion de vendredi à Petit-Caux avec d'autres de ses collègues. Difficile, avec un taux de chômage à la peine, de faire la fine bouche devant un chantier pendant lequel le maître d'ouvrage promet 10.000 emplois.

Piscine à vagues

Si la division nucléaire d'EDF reçoit un accueil bienveillant sur cette partie du littoral normand, elle rencontre davantage d'opposition un peu plus à l'Ouest. En question, la construction programmée d'une nouvelle piscine d'entreposage de déchets dans l'enceinte de l'usine Orano de La Hague, à un jet de pierre de la centrale de Flamanville. Objet d'une concertation publique depuis le mois de novembre, le projet était initialement envisagé dans la centrale de Belleville-sur-Loire (Cher) avant qu'une levée de boucliers ait raison de lui. Il a été déporté dans la Manche où il fait des vagues.  Traditionnellement plus favorables à l'atome que la moyenne des Français, les habitants de la pointe du Cotentin se montrent plus sourcilleux que par le passé malgré la promesse d'un investissement de 1,5 milliard d'euros.

En atteste, la constitution d'un collectif « Piscine Stop » dont les deux premières réunions ont rassemblé près de 200 personnes : une mobilisation telle que l'on n'en avait plus vue depuis longtemps. « Trop, c'est trop ». « On en a marre des discours lénifiants d'EDF qui nous prend pour des imbéciles » a t-on entendu dans la salle. Même le président pro-nucléaire du Département de la Manche, s'est ému d'être « mis devant le fait accompli » dans une lettre à Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public, qui a beaucoup circulé. Signe, s'il en fallait, que les heurs et malheurs de l'électricien risquent d'aviver la contestation.

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Commentaires 3
à écrit le 01/02/2022 à 14:37
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detail ; ce n est pas les normands qui misent l EPR, c est EDF, l entreprise national aux 80 milliards d euros de deficit...

à écrit le 20/01/2022 à 11:09
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On peut difficilement concevoir un abandon du projet EPR. Ce n'a pas beaucoup à voir avec le consensus des Normands. Cela ne veut pas dire qu'on n'aurait pas besoin de réviser le concept nucléaire en France, qui avec lacunes avérées n'est guère à l...

à écrit le 20/01/2022 à 11:04
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On avait de très bons réacteurs nucléaires qui 50 ans après fonctionnent bien, les lobbyistes ont abusé de nos gouvernants et on se retrouve devant une impasse . Arrentons de miser sur les EPR et reprenons l'ancienne filière .

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