Selon les conclusions d'un audit indépendant, EDF pourrait davantage optimiser les arrêts de production de ses réacteurs nucléaires. Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique, estime même que ces arrêts pourraient être écourtés de plusieurs semaines grâce à une meilleure performance opérationnelle… Un levier clé pour doper la production nucléaire, qui a chuté à un niveau historiquement faible cette année.Alors que la France pourrait ponctuellement manquer d'électricité au cours de cet hiver, en raison notamment d'un nombre important de réacteurs nucléaires à l'arrêt, EDF vient de publier les principales conclusions et recommandations d'un audit indépendant. Cette synthèse de six pages montre que les arrêts de production de ses réacteurs pour des opérations de maintenance pouvaient être écourtés, et ce grâce à une meilleure organisation de sa performance opérationnelle.
Cet audit sur la maîtrise industrielle des arrêts de réacteurs avait été commandé en novembre dernier par Barbara Pompili, alors ministre de la Transition écologique. Ses conclusions ont été publiées en juin 2022, mais rendues publiques seulement la semaine dernière à la demande d'Agnès Pannier-Runacher, actuelle ministre de la Transition énergétique.
Une marge de progression significative
«Cet audit a été fait par une équipe extérieure de professionnels à la fois du nucléaire, mais également de la conduite de projets complexes et d'ingénierie. Il établit un diagnostic de l'organisation de la performance opérationnelle des arrêts de tranches du parc nucléaire et montre une marge de progression significative pour l'entreprise en matière de performance opérationnelle, qui pourrait nous faire gagner quelques semaines sur les arrêts liés aux opérations de maintenance», a détaillé Agnès Pannier-Runacher lors de son audition à l'Assemblée nationale le 13 septembre.
Dans l'entourage de la ministre, on évoque même « 3 à 4 semaines » de raccourcissement possible, ce qui est considérable.
Dans le jargon de l'industrie nucléaire, un arrêt de tranche désigne l'arrêt de la production d'un réacteur nucléaire. Il en existe trois grands types. Les « arrêts pour simple rechargement » consistent à arrêter le réacteur pour renouveler un tiers du combustible usé. Ces arrêts sont effectués tous les 12 ou 18 mois environ. Ils durent en moyenne cinq semaines. Les arrêtés dits de « visite partielle », consistent à recharger le combustible usé, mais aussi à effectuer des opérations de maintenance plus avancées. Ils peuvent durer environ huit semaines. Les arrêts pour visites décennales, eux, sont beaucoup plus longs. Ils durent plusieurs mois et permettent de réaliser un examen de sûreté en profondeur. Ils interviennent tous les dix ans.
L'urgence d'optimiser les quatrièmes visites décennales
Les quatrièmes visites décennales sont encore plus particulières. Elles interviennent au quarantième anniversaire des réacteurs et comptent quelque 20.000 activités de maintenance et de contrôles. Objectif : faire tendre le niveau de sûreté de ces réacteurs vers celui des EPR. Or, les visites de ce type vont se multiplier dans les prochaines années pour les réacteurs de 900 Mégawatts (MW), construits dans les années 80. Le parc nucléaire tricolore en compte 28. L'optimisation de ces longs arrêts à venir pourrait donc jouer considérablement sur le niveau de production du parc, en berne depuis plusieurs années.