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French Tech : la start-up Ÿnsect obtient un sursis de deux mois

Photo de Pierrick Merlet

Pierrick Merlet

Publié le 07 avril 2025 à 16:15 - Mis à jour le 07 avril 2025 à 17:20

L'avenir de l'usine d'Ynsect dans la Somme s'inscrit en pointillé.

L'avenir de l'usine d'Ynsect dans la Somme s'inscrit en pointillé.

Ÿnsect

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Menacée de liquidation, la start-up industrielle Ÿnsect a finalement obtenu un sursis de la part du tribunal de commerce. Le producteur de farines d'insectes change par la même occasion de CEO.

Le symbole de la réindustrialisation de la France n'est pas tombé ! Ou du moins, par encore... Le tribunal de commerce d'Évry (Essonne) a accordé un prolongement de la période d'observation à la start-up industrielle Ÿnsect, spécialisée dans la production de farine d'insectes, notamment pour alimenter le marché de la petfood ou encore celui de l'élevage animal. Alors que la jeune pousse a été placée en redressement judiciaire depuis le 3 mars, l'écosystème de la French Tech craignait l'annonce de la liquidation de cette entreprise érigée comme un modèle à suivre en matière de réindustrialisation de la France.

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« La prorogation de la période d'observation a été acceptée aujourd'hui, lundi 7 avril, par le tribunal de commerce. La prochaine audience de suivi se tiendra fin mai », fait savoir l'entreprise par l'intermédiaire d'un communiqué.

Les actionnaires historiques au rendez-vous

Pour obtenir cette bouffée d'oxygène, la société est arrivée à son audience du jour avec des éléments plutôt positifs. Elle a notamment annoncé auprès des instances l'obtention d'un nouveau financement de 10 millions d'euros auprès de ses actionnaires historiques, dont fait partie notamment Bpifrance. Un dossier suivi de très près par la banque publique d'investissement, l'un des bras armés du gouvernement dans sa politique industrielle...

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« Cet apport de fonds permet à l'entreprise de financer la poursuite d'activité, dont la production et la livraison des clients, et les discussions avec de potentiels investisseurs pendant les prochains mois », commente la direction d'Ÿnsect.

Pour justifier ses difficultés, la direction de Ÿnsect ne s'en cache pas : il s'agit ni plus ni moins que d'un manque de cash. « L'atterrissage du projet industriel nécessite encore des capitaux additionnels dans l'attente d'un niveau de production et de ventes permettant d'assurer la rentabilité de l'entreprise », avait notamment expliqué en milieu d'année dernière la direction de la société pour justifier la mise sous protection auprès du tribunal de commerce. Selon divers experts du secteur, une fourchette basse de 100 millions d'euros est nécessaire pour espérer mettre Ÿnsect sur les rails de la rentabilité, sans certitude non plus.

« La dernière levée de fonds n'a pas été à la hauteur des attentes », avait aussi confié à La Tribune une source proche du dossier en septembre dernier. À la fin de l'année 2023 et à cheval sur le début de l'année 2024, l'entreprise membre du Next40 de la French Tech a levé 160 millions d'euros. Mais depuis ses débuts, Ÿnsect prétend avoir réuni au total « 625 millions de dollars auprès de grands fonds d'investissement mondiaux, de banques et d'institutions publiques ».

L'usine pilote bientôt cédée ?

Pour séduire de nouveaux investisseurs, le conseil d'administration a nommé l'entrepreneur Emmanuel Pinto au poste de CEO, et ce depuis le 3 avril. Il remplace ainsi Shankar Krishnamoorthy, nommé à l'été 2023. Un costume de pompier de service dont Emmanuel Pinto ne devra pas perdre de temps à enfiler.

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« Professionnel aguerri de l'accompagnement des entreprises en difficulté, il aura la mission d'accompagner la société pendant cette période et de travailler avec les actionnaires à une recherche de solutions pérennes, dans le cadre de la procédure en cours », commente Ÿnsect.

Tout d'abord, il s'agira pour lui de réduire au maximum les charges fixes de son nouvel employeur, qui abrite aujourd'hui environ 200 collaborateurs après en avoir compté près de 360. Cette réduction des charges passera certainement par une cession complète ou partielle de son usine pilote de Dole (Jura) et sa quarantaine de salariés. « Une marque d'intérêt pour la reprise partielle du site Dole a été reçue par Ÿnsect dans le cadre de son appel d'offres en plan de cession clôt le 3 avril. Elle est actuellement en cours d'analyse et le tribunal se prononcera lors d'une prochaine audience fin mai », souligne la start-up.

Une compétitivité remise en question

Fondée en 2011, Ÿnsect s'appuie sur son usine de production d'insectes de 45.000 mètres carrés qui a enfin fourni ses premiers clients au cours de l'été 2024, mais deux ans après la date prévue. Situé à Poulainville (Somme), le site constitue la plus grande ferme verticale au monde dédiée à la production de protéines alternatives pour l'alimentation animale. Sa spécificité ? Ces protéines sont fabriquées à base de Molitor, un petit scarabée connu sous le nom de ver de farine, destiné à remplacer les protéines animales.

Certains acteurs estiment que les difficultés rencontrées par l'ancienne gloire de la French Tech sont notamment liées au choix de l'insecte, tandis que d'autres jugent qu'Ÿnsect est passée trop vite de la ferme pilote à la giga-usine, sans étape intermédiaire. Une stratégie du pas à pas adoptée par son concurrent Innovafeed, qui se porte un peu mieux financièrement.

Tous les acteurs français de ce marché affichent des capacités de production bien inférieures de ce qu'ils avaient annoncé au départ, car ils font face à des soucis de compétitivité forts. Ils sont en concurrence avec des produits extrêmement bien établis, qui ont fait des efforts pour réduire leur prix », analysait pour La Tribune en février Corentin Biteau, le président de l'Observatoire national de l'élevage d'insectes (ONEI).

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L'expert prenait alors l'exemple de l'alimentation des animaux d'élevage, marché sur lequel tous les acteurs français s'activent de près ou de loin. Une étude internationale à ce sujet publiée dans une revue scientifique en fin d'année 2024 dresse un écart de prix inquiétant. Si la tonne de farine d'insectes est vendue en moyenne 5.000 euros, la farine de poisson, principal produit concurrent, est affichée à 1.600 euros. Quant à la farine de soja, la tonne est estimée à 400 euros. « Ÿnsect a essayé, avant d'autres, de se positionner sur l'aquaculture, mais ils en sont sortis, car il est difficile d'y être compétitif face à ces produits, donc depuis quelques mois ils se concentrent sur la petfood. Mais ce dernier est un marché insuffisant pour les entreprises de cette taille », estime Corentin Biteau.

Pierrick Merlet

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