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L'homme malade ArcelorMittal poursuit sa cure d'austérité

Romain Renier

Publié le 24 janvier 2013 à 14:05

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En annonçant la suppression de 1.300 postes, ArcelorMittal a une fois de plus provoqué l'émoi dans l'opinion. Invoquant la non rentabilité du site, l'aciériste réfute l'idée selon laquelle cette décision participerait d'un mouvement de rationalisation du groupe. Pourtant, son endettement très important et sa stratégie très agressive pour le réduire portent à le croire. Pour l'heure, le groupe doit encore passer par la case négociation avec les syndicats et les autorités. Obligation de la loi belge. Et...

Une fois de plus, ArcelorMittal a provoqué l'émoi jeudi en annonçant la suppression de 1.300 postes sur son site de Liège, quinze mois après la fermeture de la filière liquide.

Des pertes importantes en 2012 pour le site

"La raison est purement économique, explique-t-on à la direction du groupe, car les résultats sont bien moins bons que prévu en 2012". L'aciériste invoque des conditions économiques dégradées en Europe, avec, en 2012, une chute de la demande en acier autour de 8 à 9% par rapport à l'année précédente et de 29% par rapport au niveau d'avant crise. Résultat, le site de Liège aurait perdu plus de 200 millions d'euros sur les neuf premiers mois de l'année, et ce malgré la fermeture des hauts fourneaux.

Pour faire face à ces pertes, le groupe souhaite mettre fin à six lignes de production, au rang desquelles, la cokerie. "Le cas de la cokerie est un petit peu à part, explique-t-on à la direction, nous sommes en surcapacité au niveau du groupe". D'importants investissements y ont été faits, mais il en resterait encore de nombreux à réaliser pour faire face à la perte de compétitivité du site et pour respecter les normes environnementales réclamées par la région wallone.

Encore une chance pour les salariés

Mais cette annonce choc ne doit pas être totalement prise au mot. La Belgique dispose en effet d'une loi dite Renault, qui prévoit de longues concertations entre syndicats, pouvoirs publics et entreprises souhaitant licencier. La procédure peut être très longue, et la décision finale peut être éloignée du souhait de l'entreprise. "Il s'agit d'une intention de fermeture, explique-t-on à la direction, mais cela peut prendre six mois, un an, deux ans".

De son côté, Elio di Rupo, le Premier ministre socialiste belge, est resté diplomate, faisant part de "l'incompréhension des autorités belges". Mais le chef de son parti, Paul Magnette, a eu des mots plus durs. "Cette trahison a fait perdre des mois aux forces vives liégeoises dans leur recherche d'un repreneur potentiel. Cette attitude est tout simplement scandaleuse et irresponsable", s'est indigné le leader socialiste, qualifiant l'attitude de Lakshmi Mittal de "lâche" et "cynique". Il a par ailleurs appelé "l'ensemble des responsables politiques et des forces vives à unir leurs forces pour permettre une reprise totale ou partielle des activités par un autre opérateur industriel, avec, le cas échéant, l'appui et l'engagement de la Wallonie". La région du sud de la Belgique est actionnaire minoritaire d'ArcelorMittal.

Pas de stratégie de groupe selon la direction

A la direction du groupe, on assure que l'engagement auprès du gouvernement français de garder la filière froide en activité à Florange et de reclasser les salariés issus de la filière liquide n'a pas de lien avec la décision de fermer ces six lignes de production à Liège. "On est aujourd'hui en surcapacité", explique-t-on simplement à ArcelorMittal.

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Hormis la cokerie, il ne s'agit pas d'une stratégie de groupe, affirme-t-on à la direction. Mais impossible de ne pas garder en tête la stratégie de désendettement très agressive de Lakshmi Mittal. Lancé dans une course effrénée à la rationnalisation, le groupe, dont les titres ont été placés en catégorie spéculative par les trois grandes agences de notation, multiplie les cessions d'actifs et les fermetures de sites jugés non rentables. L'aciériste est même allé jusqu'à annoncer son intention de lever 3,5 milliards de dollars sur les marchés en 2013.

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Du point de vue français, cette décision prend un parfum particulier, lorsque l'on sait que le groupe basé au Luxembourg s'était engagé en novembre dernier auprès des autorités belges à investir 138 millions d'euros dans la filière froide en la qualifiant de "stratégique". Ce qui ne sera pas sans rappeler les engagements pris par l'aciériste auprès de Jean-Marc Ayrault fin novembre aux salariés du site de Florange.

Romain Renier

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