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« Connecter la transition énergétique grâce au raccordement »

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Antoine Jourdain, directeur délégué chez Enedis
Antoine Jourdain, directeur délégué chez Enedis (Crédits : Enedis)
Pour Enedis, 2018 sera l’année du raccordement. De la transition énergétique à l’impact de la mobilité électrique, les chantiers sont en effet nombreux pour le gestionnaire du réseau public de distribution. Lors d’une conférence de presse, Antoine Jourdain, directeur délégué chez Enedis, a détaillé les mesures à venir dans cette période-clé.

La Tribune de l'énergie : Dans le cadre de la transition énergétique, quels sont les enjeux du raccordement pour Enedis ?

Antoine Jourdain : Enedis réalise chaque année 400 000 raccordements, soit plus de 1 000 par jour. Au-delà des chiffres, nous constatons surtout une forte évolution des demandes, qui recouvrent des situations de plus en plus diverses.

Les énergies renouvelables se développent, et notamment l'éolien dont nous avons raccordé 500 MW rien qu'au troisième trimestre 2017, soit l'équivalent de la moitié d'un réacteur nucléaire. Les promoteurs immobiliers se renseignent de plus en plus sur les offres d'autoconsommation et, à la fin de l'année, près de 20 000 foyers produiront leur propre électricité pour la consommer. Chacun de ces aspects exige une réponse innovante et dynamique, pour préparer le raccordement de demain. Tout cela fait de 2018 une année charnière pour Enedis.

LTDE : Vous parlez d'ailleurs, à ce sujet, « d'année du raccordement »...

A.J. : Effectivement, nous atteignons un virage important pour la transition énergétique. La loi de transition énergétique et, encore récemment, les annonces de Nicolas Hulot démontrent une vraie volonté du gouvernement d'avancer sur ce sujet.

Le rôle du gestionnaire de réseau de distribution est d'accompagner ce mouvement et de permettre aux territoires de réussir cette transition énergétique. Il y a quelques années, Enedis a lancé différents démonstrateurs de smart grids qui commencent à porter leurs fruits. Pour y répondre, nous avons également engagé une vraie révolution numérique. Dix millions de compteurs Linky devraient être installés en 2018. Et nous avons donc décidé d'aller encore plus loin pour connecter la transition énergétique, en accélérant encore nos efforts.

LTDE : Quelles mesures Enedis va-t-elle mettre en place pour accélérer le raccordement ?

A.J. : Tout d'abord, nous investissons 3,5 milliards d'euros, pour moderniser le réseau, dont un milliard pour le raccordement. En 2017, Enedis aura créé 12 nouveaux postes sources et ajouté une cinquantaine de nouveaux transformateurs.  Nous élaborons des solutions différentes selon les segments. Concernant les grands producteurs, la principale mesure reste l'Offre de Raccordement Intelligent (ORI). Il faut rappeler que le réseau a été conçu pour acheminer l'énergie vers le consommateur, pas l'inverse. Nous devons donc apporter de la souplesse afin de nous adapter aux contraintes. En hiver, par exemple, la consommation augmente, mais le vent ne permet pas toujours aux éoliennes de produire à plein régime. Nos ORI permettent ainsi aux clients de générer de l'énergie quelles que soient les conditions.

Pour les particuliers qui possèdent des panneaux solaires ou veulent s'équiper, Linky apporte une innovation de taille. Là où, auparavant, il fallait trois grands compteurs, le seul compteur communicant gère les données de consommation ou de production, en toute transparence, sans branchement supplémentaire. Pour nous, il s'agit de la première brique du réseau intelligent.

LTDE : Comment prenez-vous en compte les nouvelles tendances, comme l'autoconsommation ?

A.J. : Nous sommes un service public est notre rôle reste de répondre aux besoins de nos clients. Nous constatons en effet une appétence croissante pour l'autoconsommation. Cette année, plus de 8 000 clients ont fait des demandes de raccordement pour consommer leur propre électricité et, aujourd'hui, l'autoconsommation représente plus de la moitié des raccordements photovoltaïques. Les enjeux sont également importants dans des copropriétés, très demandeuses, mais où chacun consomme différemment et où il faut développer une capacité à gérer les différents flux afin que chaque client puisse piloter son installation. C'est la mission du réseau public de distribution d'accompagner et de permettre ces évolutions.

LTDE : La question de la mobilité et des bornes de recharge électriques impacte aussi l'activité de raccordement. Quels sont vos objectifs ?

A.J. : Même s'il reste un segment mineur dans le secteur automobile, le marché du véhicule électrique est en forte croissance. Maintenant que cette dynamique est lancée, il y a fort à parier qu'elle ne s'arrêtera pas.

L'objectif du gouvernement, fixé à sept millions de bornes de recharge d'ici 2030, est très ambitieux. Imaginez ce que cela implique pour le gestionnaire du réseau : sept millions de raccordement et un chantier colossal.

Il y a aussi des flottes de bus électriques qui se constituent progressivement et qui vont demander de l'apport énergétique. Cela exige un gros travail de préparation en amont pour proposer la meilleure solution.

LTDE : La transition énergétique transforme-t-elle aussi Enedis et ses métiers ?

A.J. : Avec la transition énergétique, le réseau devient plus complexe. Il ne s'agit plus seulement d'amener l'électricité au consommateur, mais bien d'optimiser et d'adapter nos installations pour répondre à des besoins de plus en plus variés, avec des points de consommation dynamiques comme le véhicule électrique.

Or, pour amener de la performance, il faut une communication plus élaborée entre tous les acteurs, qu'il s'agisse des particuliers, des collectivités ou des industriels. De ce point de vue, notre démarche reste claire : nous conseillons sur chaque projet, de la manière la plus intelligente, afin d'arriver à un échange gagnant-gagnant.

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