LTDE

Transition énergétique : la France peut-elle tenir ses engagements ?

 |   |  1021  mots
(Crédits : Givaga - Fotolia.com)
Clément Le Roy, Senior Manager au sein du cabinet Wavestone, spécialisé dans la transformation des entreprises, fait le point.

La Tribune de l'Energie : Où en est la France aujourd'hui quant à ses engagements européens en faveur de la transition énergétique ?

Clément Le Roy : Ce que l'on constate, c'est qu'en dépit d'une volonté politique forte affichée dans le domaine, le fameux « trois fois vingt » européen (ndlr : réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20% de la consommation et réaliser 20% d'économies d'énergie), n'est plus vraiment un concept qui est suivi et piloté.

Constatant que sur les trois axes, le point de passage 2020 n'allait pas permettre d'atteindre les objectifs fixés en 2008, l'Europe a plutôt misé sur le fait de repousser l'échéance à 2030 ou 2050, selon les indicateurs, et de considérer 2020 comme une échéance intermédiaire. Sur le point énergies renouvelables (EnR) par exemple, Eurostat indique que leur part représentait 17,5 % de la consommation d'énergie en Europe en 2017, contre 8,5 % en 2004. On pourrait donc atteindre les objectifs de 20% en 2020, mais plutôt par le bas.

Si onze pays ont dépassé leur objectif national, à l'instar de la Suède, de la Finlande ou encore de la Croatie, beaucoup d'autres, dont la France, sont en retrait. La part du renouvelable en France était de 16,3 % en 2017, pour un objectif fixé à 23 % en 2020. Concernant l'efficacité énergétique et les émissions de CO2, nous serons encore plus loin du compte. Trois ans après la tenue de la Cop 21 à Paris, force est de constater que 2017 et 2018 sont des années marquées par la reprise des émissions de CO2 partout sur la planète, la France enregistrant même une augmentation du rejet de ses gaz à effet de serre (GES).

Le Haut Conseil pour le Climat vient d'ailleurs de rédiger une note sur le sujet, laquelle stipule que dans les conditions actuelles, il sera impossible d'atteindre la neutralité carbone que l'on s'est fixé pour 2050.

Lire aussi : Photovoltaïque : en 2018, le marché européen a redressé la barre

LTDE : Comment peut-on expliquer cette marche à reculons ?

C.LR : La transition dans le secteur du transport, principal émetteur des GES, ne va clairement pas assez vite. Celle-ci ne peut se faire qu'au travers de trois grands axes que sont la technologie, la modification des repères sociétaux et le soutien politique. En matière de technologie, nous avons clairement des difficultés à choisir nos combats. Nous nous sommes positionnés en faveur du véhicule électrique, encore émergeant, son développement rapide n'étant pas attendu avant minimum trois à cinq ans.

Nous pourrions adopter le gaz vert, qui se révèle être très intéressant, mais les investisseurs financiers ne répondent pas encore présents pour déployer cette technologie. Quant à la solution de l'hydrogène, dont on parle depuis des années, elle ne pourra émerger que lorsque les groupes industriels afficheront une volonté de développer une filière structurée. En ce qui concerne les repères sociétaux, gardons en tête que la meilleure mobilité, c'est celle que l'on ne fait pas. Il est donc nécessaire de modifier en profondeur nos habitudes, en limitant tant que possible nos déplacements, automobiles, mais aussi aériens.

Des solutions ont commencé à se déployer, comme le télétravail, rendu possible grâce au digital, ou encore l'autopartage, mais la résistance des citoyens sur ce point reste forte, chacun étant habitué au confort qu'offre le véhicule individuel. Enfin, pour ce qui relève du soutien politique, il est difficile à obtenir, ses différents acteurs n'étant pas alignés. A titre d'exemple, certains députés viennent de remettre en cause le soutien apporté aux énergies renouvelables.

LTDE : Autre grand enjeu dans le domaine, la part du nucléaire dans le mix énergétique français. Qu'en est-il de l'engagement de la France de réduire à 50 % son énergie nucléaire d'ici 2035 ?

C.LR : Aujourd'hui, l'énergie française est nucléarisée à 70%, représentant la filière la plus importante derrière l'automobile. On a tendance à centraliser la question de la transition énergétique autour de l'axe du développement durable. Or, si celui-ci est important, la transition énergétique ne peut s'envisager sous ce seul angle. Elle inclut la prise en compte de différents facteurs, tels que l'économie et l'emploi, la nécessité de mettre en place un système énergétique fiable, d'avoir une production moins centralisée et d'opter pour des modes de consommation énergétiques alternatifs. L'Agence internationale de l'énergie vient d'établir un rapport mettant à jour que beaucoup de centrales nucléaires dans le monde sont aujourd'hui vieillissantes, perdant de leur capacité de production. Dans la perspective où l'on souhaiterait les remplacer par des systèmes alternatifs, par exemple, sur base d'un mix énergies renouvelables-gaz, elle annonce que 4 milliards de tonnes de CO2 seraient générées en plus par rapport à des centrales nucléaires. Nous n'avons pas encore trouvé de véritable alternative à l'énergie nucléaire. Tant que nous ne le ferons pas, l'objectif de la réduire à 50% d'ici à 2035 ne semble pas atteignable.

LTDE : Quels sont les axes importants que se doit de développer la France ?

C.LR : Le problème en France, c'est que toutes les réflexions ou actions pensées en faveur de la transition énergétique fonctionnent comme une somme d'éléments juxtaposés, et non en cohésion. Il y a, à mon sens, deux grandes partitions à accorder. La première, au sein même des pouvoirs publics, les stratégies adoptées par l'Etat, les Régions, les Départements et les collectivités manquant effectivement de cohérence.

La seconde concerne l'alignement du public et du privé. Pour que les grands groupes industriels soient partie prenante dans cette transition énergétique, ce qui représente pour eux un risque en termes d'investissements, il est nécessaire que les pouvoirs publics leur offrent une feuille de route, de façon à les sécuriser, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Lire aussi : Énergies renouvelables : combien d'emplois à la clé ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :