Le gendarme français des marchés financiers a publié ses propositions, très attendues, pour encadrer davantage l'activisme actionnarial. Depuis quelque temps en effet, les initiatives bousculant les fleurons de l'économie française se multiplient, à l'image de l'affrontement entre le fonds britannique Amber Capital et le groupe Lagardère. Si la crise du coronavirus a stoppé net l'élan des fonds activistes, ces derniers pourraient, dans un second temps, profiter des prises de participation à moindre coût.La position de la France en matière d'activisme actionnarial est enfin fixée. La semaine dernière, le gendarme de la Bourse a publié ses recommandations sur le sujet. Très répandue aux États-Unis et plus largement dans le monde anglo-saxon, cette pratique est en revanche récente en France et fait l'objet de nombreuses critiques. Elle désigne le comportement que certains investisseurs, alors qualifiés de fonds activistes, peuvent adopter en prenant des participations dans des entreprises pour exercer une action visant à modifier ou faire évoluer leur stratégie ou leur gouvernance.
Ces investisseurs sont notamment redoutés par les entreprises lorsqu'ils sortent du dialogue privé et mènent des campagnes publiques pour mettre en lumière certaines failles, comme la mauvaise performance d'un dirigeant, une stratégie inadaptée, la gouvernance mise en place, la composition du conseil d'administration ou encore la structure juridique choisie et la façon dont les dirigeants sont rémunérés. Leur objectif final étant de faire adopter des dispositions qui permettront d'améliorer la performance de l'entreprise et de bénéficier de l'augmentation de son cours sur les marchés à l'occasion d'une revente du capital.
Dernier exemple en date, l'affrontement entre Arnaud Lagardère et le fonds britannique Amber Capital, détenteur de 18% du capital de son groupe. L'investisseur souhaite, à l'occasion de l'assemblée générale du 5 mai, renouveler l'ensemble du conseil de surveillance, accusé de ne pas avoir été suffisamment vigilant à l'égard de l'héritier de Jean-Luc Lagardère aux manettes d'Hachette, du JDD, de Paris Match, d'Europe 1 ou encore des boutiques Relay.
"Le message principal de notre communication sur l'activisme actionnarial, c'est que nous disposons d'un cadre réglementaire satisfaisant [pour encadrer cette pratique, Ndlr]. Nous ne souhaitons pas le modifier en profondeur car ce serait au détriment des investisseurs actifs", a commenté Robert Ophèle, le patron de l'Autorité des marchés financiers (AMF) lors d'une conférence de presse téléphonique mercredi 29 avril."Nous sommes vraiment en faveur des investisseurs actifs. Le terme activisme a, lui, une connotation péjorative. Et, parfois, la frontière entre les deux [actif et activiste, Ndlr] est difficile à tracer",a-t-il poursuivi.