LES DERNIERS BASTIONS DU SAVOIR-FAIRE (8/11) - Longtemps reléguée aux rayons oubliés, la brosse à dents fabriquée en France revient sur le devant de la scène. À Beauvais, La Brosserie Française, premier et quasiment unique fabricant français, défie les multinationales avec un savoir-faire centenaire.« J'ai des amis qui pensaient être au top de l'écologie en utilisant des brosses à dents en bambou... parce que le bambou, c'est un matériau naturel. Mais dès l'instant où les brosses vendues en France viennent de Chine, ce n'est pas du tout écolo », affirme Régis Garrot, responsable commercial de La Brosserie Française, bilan carbone de son produit à l'appui.
« Notre brosse en bois de hêtre français a une empreinte carbone vingt fois inférieure à une brosse en bambou importée de Chine lorsqu'elle est transportée par avion, (huit fois inférieure si elle arrive par bateau) ». Même conditionnée sous blister, une brosse Brosserie Française reste plus écoresponsable, avec son plastique recyclé et son carton certifié PEFC (gestion forestière durable).
Dans les Hauts-de-France, à Beauvais dans l'Oise, La Brosserie Française incarne une résilience industrielle trop rare. Dans les murs de cette usine centenaire, se perpétue un savoir-faire remontant à 1845, qui a réussi à prendre de l'avance sur la relocalisation, l'écoconception et la traçabilité. Pourtant, tout a failli disparaître, lorsque l'ancienne entité a déposé le bilan au début des années 2010, étranglée par la guerre des prix face aux géants de l'hygiène délocalisés en Asie. Mais c'était sans compter, Olivier Remoissonnet, alors directeur de l'usine, qui décide de racheter le site pour faire le pari inverse : relancer une production 100% française, qualitative et durable.
Une réorientation à 360 degrés
Autant dire qu'à l'époque, peu ont cru dans le projet. « On est parti du principe qu'on ne pouvait pas s'aligner sur le prix, une production française a forcément un prix de revient plus élevé qu'une production chinoise », explique Régis Garrot. Avant sa reprise, l'usine fabriquait des brosses à dents sous la marque Bioseptyl, alors distribuée exclusivement en grande surface, sous blister, avec peu de valeur ajoutée. L'activité était déficitaire, concurrencée par les géants asiatiques à bas coût. La production de marques blanches, notamment pour Pierre Fabre, existait déjà — et constitue encore aujourd'hui un pilier de l'activité.
Gaëtane Deljurie, à Lille