Dévastée par le coronavirus, la "fast fashion" va devoir repenser son fonctionnement

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Le suédois H&M compte encore des dizaines de milliers d'employés au chômage partiel dans le monde, selon un porte-parole, et prévoit un deuxième trimestre déficitaire après une chute des ventes de 46% en mars.
Le suédois H&M compte encore des "dizaines de milliers d'employés" au chômage partiel dans le monde, selon un porte-parole, et prévoit un deuxième trimestre "déficitaire" après une chute des ventes de 46% en mars. (Crédits : Mike Segar)
Près de 40% des entreprises du secteur de la mode s'attendent à un impact sur leurs revenus "bien pire" que celui de la crise financière de 2008, selon un sondage d'Euromonitor International. Pour se redresser, l'industrie de la mode rapide va aussi devoir s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation, observées depuis l'éclatement de la crise sanitaire.

Les magasins de Zara, H&M et autres Gap rouvrent progressivement dans le monde mais l'impact financier du coronavirus est dévastateur pour l'industrie de la mode rapide, qui va devoir repenser en profondeur son fonctionnement, selon les experts interrogés par l'AFP.

Près de 40% des entreprises du secteur s'attendent à un impact sur leurs revenus "bien pire" que celui de la crise financière de 2008, selon un sondage d'Euromonitor International.

Ce cabinet d'études de marché prévoit une chute d'au moins 12% des ventes mondiales d'habillement et de chaussures pour 2020.

L'espagnol Inditex, numéro un du secteur avec sa marque Zara, a essuyé au premier trimestre sa première perte nette depuis son entrée en Bourse en 2001, avec 409 millions d'euros en négatif.

Avec 88% de ses magasins fermés dans le monde au plus fort des confinements, les ventes du groupe ont été pratiquement divisées par deux. Mais Inditex, très solide financièrement et performant dans la gestion des stocks, a continué à payer les salaires de ses employés sans avoir recours au chômage partiel.

Une exception dans le secteur: rien qu'en Espagne, près de 8.000 employés ont été mis au chômage partiel par son concurrent Primark et 4.700 chez l'espagnol Mango, selon le syndicat Commissions ouvrières.

Le suédois H&M compte encore des "dizaines de milliers d'employés" au chômage partiel dans le monde, selon un porte-parole, et prévoit un deuxième trimestre "déficitaire" après une chute des ventes de 46% en mars.

La chaîne suédoise rouvre progressivement ses boutiques mais 1.350, sur environ 5.000, restaient fermées fin mai.

Au total, 68.000 employés du britannique Primark ont bénéficié de plans de chômage partiel gouvernementaux en Europe, "sans quoi nous aurions dû nous séparer de la plupart d'entre eux", a reconnu le directeur général George Weston dans un communiqué. Il souligne qu'entre le 22 mars et le 21 avril, l'enseigne n'avait "rien" vendu dans le monde.

L'américain Gap a lui essuyé une perte nette de 900 millions de dollars pour le premier trimestre.

Adieu au 'plaisir' du shopping?

Avec la réouverture des magasins, le japonais Uniqlo, dont les ventes avaient chuté de 60% en avril, évoque des ventes "solides" en mai pour sa collection été, tandis qu'Inditex pointe une "récupération progressive" avec environ trois-quarts de ses magasins rouverts.

Mais la remontée sera longue.

"Les marques se retrouvent avec d'énormes stocks sur les bras, c'est difficile de reprendre le timing alors que la mode est dépendante d'un calendrier, de saisons", avec des collections qui se renouvellent très vite, explique à l'AFP Benjamin Simmenauer, professeur à l'Institut de la Mode à Paris.

La crise a perturbé toute la chaîne d'approvisionnement mondiale, conduisant certains groupes à annuler des commandes chez leurs fournisseurs asiatiques, au prix d'énormes difficultés pour les travailleurs locaux.

Lire aussi : Sept ans après le Rana Plaza, les salariés du textile lâchés face au Covid-19

En outre, l'appétit de mode des consommateurs "va nettement se réduire, en raison de la forte réduction du niveau de revenus" provoquée par la crise, explique Marguerite Le Rolland, analyste chez Euromonitor dans une conférence en ligne.

Mais aussi parce que "le plaisir et l'aspect social du shopping sera très difficile à maintenir avec les mesures de distanciation sociale en place", estime-t-elle.

Des changements durables qui profiteront au commerce en ligne de vêtements, auquel ont pu s'habituer pendant le confinement de nouvelles catégories de population, comme les baby-boomers, explique l'analyste.

La plupart des groupes ont vu leurs ventes en ligne bondir: +50% au premier trimestre chez Inditex, +13% pour Gap et +17% pour H&M sur la même période, avec des hausses encore plus fortes en avril et mai.

Lire aussi : Le coronavirus, accélérateur d'un monde plus digital ?

Le secteur devra aussi s'interroger sur le genre de mode souhaité par les consommateurs. Après des mois d'enfermement, seront-ils en manque de tenues sophistiquées ou bien garderont-ils l'habitude des vêtements amples et confortables, voire de sport, dont les ventes ont grimpé pendant le confinement?

"L'incertitude est complète sur le sujet [...]. Mais on ne voit pas comment un événement d'une telle importance pourrait ne pas se traduire dans le style", affirme M. Simmenauer.

Par Emmanuelle Michel à Madrid avec les bureaux de New York, Tokyo et Stockholm

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Commentaires
a écrit le 14/06/2020 à 17:13 :
Le télétravail : va créer d’autres problématiques sociétales plus grave que le commerce d’après Covid 19.

Il me semble avoir lu un article dans une revue scientifique : l’invention d’un vaporisateur anti / Covid 19 , avec les mesures barrières et ce vaporisateur le shopping peut reprendre à 100% dans le monde entier .

Bref , pas de quoi faire un plat médiatique , nous devons dépasser «  ces caps «  et aller vers une amélioration et reprise économique.

Les commandes en lignes ne peuvent pas remplacer le commerce physique ( c’est une évidence !)
a écrit le 11/06/2020 à 11:46 :
Inditex perd plein de fric, et ne parle pas de licencier : que font les comptables et les consultants ?
C'est un scandale !
a écrit le 11/06/2020 à 10:07 :
Que produisent ces "Marques"?
Rien. Elles vendent de l'habillement dont les tissus et teintures(de mauvaise qualité) sont fabriqués à l'autre bout du Monde dans des usines à esclaves. Transportées par des moyens polluants pour être vendues finalement très cher par la grâce d'une publicité agressive. Les gagnants ne sont pas les producteurs qui "triment" 60/70 heures par semaine pour des salaires de misère, mais les Financiers et la Publicité, c'est à dire des improductifs, des sangsues, des vampires.
a écrit le 11/06/2020 à 9:32 :
"l'appétit de mode des consommateurs "va nettement se réduire, en raison de la forte réduction du niveau de revenus""

Ah ben enfin on entend des paroles sages ! Pas comme tout ces gens incompétents dans le seul boulot super bien payé est de nous rabâcher que tout va bien, indécent refrain par les temps qui courent quand même hein.

Les tee shirt à deux euros fabriqué à 10000 kilomètres de chez nous par des humains qui gagnent 65 euros par mois pour finir brûlés dans nos usines ce serait le bon moment pour arrêter net non ? Je sais pas moi un exemple tout bête comme ça, rien que ça déjà...

Et de grâce, pitié même, arrêtez de nous raconter des salades avec l'enrichissement des pauvres du monde hein parce que difficile de savoir ce dont tout ces pauvres gens auraient envie car tellement peu habitués à ce qu'on leur demande ce dont ils ont envie bien plus souvent leur ordonnant ce qu'ils doivent faire.

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