Grande distribution : les "indépendants" vont-ils faire mordre la poussière aux "intégrés"

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(Crédits : Pascal Rossignol)
Les Français bouderaient-ils les marathons en chariots à roulettes? Certes, les très grandes surfaces sont en perte de vitesse, mais si les grands groupes de supermarchés, Auchan, Casino et Carrefour, reculent depuis plusieurs années en France, au bénéfice des chaînes de magasins indépendants tels que E.Leclerc, Système U ou Intermarché, cela s'explique aussi par les difficultés rencontrées à l'international des uns quand les autres engrangent les bénéfices de leur approche franco-française.

Inertie, formats moins performants, pression du cours de Bourse... Les grands groupes de supermarchés, Auchan, Casino et Carrefour, perdent du terrain depuis plusieurs années en France, au bénéfice des chaînes de magasins indépendants tels que E.Leclerc, Système U ou Intermarché.

"Intégrés" VS "indépendants", les deux camps de la grande distrib'

D'un côté, des entreprises de plusieurs dizaines de milliers de salariés (320.000 pour Carrefour, 220.000 pour Casino, 63.000 pour Auchan) présents à l'international (même si Auchan et Carrefour ont quitté la Chine ces dernières années). Carrefour et Casino sont en outre côtés en Bourse. Ce sont les "intégrés".

De l'autre, les groupements de chefs d'entreprises "indépendants", comme E.Leclerc, Système U ou Intermarché. Chacun détient un ou quelques magasins. Le Groupement Les Mousquetaires, qui rassemble notamment Intermarché, Netto, Bricomarché, Bricorama, compte par exemple en son sein 3.072 chefs d'entreprise (et 150.000 collaborateurs), pour près de 4.000 points de vente.

L'agilité "sur le pont" récompensée

Avantage pour ces derniers, selon le spécialiste de la distribution française Olivier Dauvers, leur "agilité".

"Dans l'histoire contemporaine du commerce, la décennie 2010/2020 est la première où les commerçants ont dû affronter autant de vents contraires", écrivait-il mi-janvier sur son blog. "Par principe, mieux vaut alors être sur le pont à tirer des bords. Ce qui est précisément la force du modèle indépendant".

Adapter son assortiment à des habitudes locales, notamment les produits frais; piloter sa politique de prix par rapport à la concurrence alentour, surveiller étroitement l'état du magasin... La marge de manoeuvre peut alors être plus importante.

Cela se traduit en terme de parts de marché sur la décennie 2010/20: "Si on les cumule tous, les indépendants ont gagné 9,6 points de part de marché en 10 ans", explique Frédéric Valette, directeur du service Distribution de Kantar, spécialiste des études de marché qui fait référence en la matière en France.

C'est énorme: "Sur un marché de la grande consommation qui pèse près de 100 milliards de chiffre d'affaires, cela représente des centaines de millions d'euros de vente qui se déplacent", poursuit-il auprès de l'AFP.

Difficultés à l'international des uns, atouts du franco-français pour les autres

L'"agilité" des petites entreprises que sont les supermarchés indépendants - une taille qui les exempte en outre de certaines contraintes - n'est pas la seule explication.

"Cette décennie est celle où les intégrés ont eu fort à faire à l'international, ce qui fait qu'ils ont moins investi en France", explique aussi Frédéric Valette. Les indépendants, eux, sont essentiellement franco-français.

Carrefour, Casino... des résultats à recontextualiser

Autre élément clé: les intégrés ont beaucoup misé sur le modèle des hypermarchés. Or les très grandes surfaces ont de moins en moins les faveurs des Français. Elles souffrent en outre de la concurrence d'Internet pour la vente des produits non-alimentaires, longtemps leur point fort.

De quoi recontextualiser l'enthousiasme de Carrefour puis de Casino au sujet de leurs ventes annuelles de 2020, très particulières en raison notamment de l'énorme effet sur leur activité de la fermeture des espaces de restauration (restaurants, restaurants d'entreprise, cantines...) pendant une partie de l'année.

D'autant que E.Leclerc, le leader en termes de part de marché en France en 2020 et l'enseigne qui a le plus progressé sur la décennie 2010-20, n'a pas communiqué sur la progression de ses ventes. Le groupement est en outre très dynamique sur le segment du drive alimentaire, plébiscité à l'heure du Covid-19.

Les "intégrés" ont des atouts et... savent copier

Pour Frédéric Valette, les intégrés jouissent malgré tout d'avantages compétitifs. "Notamment sur le pilotage de projets qui peuvent être centralisés. Sur Internet par exemple", explique-t-il. "Ils sont en train de mettre le paquet là-dessus". En outre, "le 'sourcing' des produits est assez complexe à mettre en oeuvre sur les marques distributeurs bio", et Carrefour "se montre très fort là-dessus".

Enfin, les "intégrés" laissent de plus en plus de latitude aux magasins. Un changement de mentalité qui n'est pas sans rappeler le modèle des concurrents indépendants...

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Lire aussi : Négociations tendues entre grande distribution et industriels de l'agroalimentaire

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Commentaires
a écrit le 27/02/2021 à 8:18 :
Les intégrés ont beaucoup plus d'atouts que les indépendants. Comme cité dans l'article, le premier est la capacité appro, le second est la capacité prix, leur faiblesse est d'être en périphérie (mais c'est une vision de citadin vivant dans des grandes villes ou l'espace est survalorisé). En recontextualisant, c'est à dire avec la crise covid et l'appauvrissement de la population française (en mode et médian et non en moyenne qui ne veut rien dire), les intégrés seront toujours plus performants, les seuls à pouvoir répondre à l'impératif pouvoir d'achat en baisse, contrairement aux indépendants qui ont souvent des charges plus élevées et dont le pricing power n'est pas adapté au contexte de décroissance qui va arriver. Certes tous les indépendants ne sont pas dans la même situation, ceux qui répondent à une demande spécifique dans un milieu propice (toujours les grandes villes de plus de 100 000h) pourront tirer leur épingle du jeu, mais ils se feront plus rares.
a écrit le 26/02/2021 à 19:40 :
Le talon d'Achille des Hypermarchés ce sont les Galeries marchandes dont les commerçants sont étranglés par des loyers et des charges insupportables. Avec la baisse d'attraction de l'hypermarché et les dégâts du Covid, ces "temples de la consommation" sont en voie d'écroulement...tout comme les temples de l'Antiquité dont il ne reste que des ruines.
a écrit le 26/02/2021 à 10:27 :
Les intégrés sont trop lourd à manœuvrés, trop hiérarchisés, il faut déjà qu'il commence à remettre de formation dans leur équipes pour pouvoir décentraliser et laisser un peu de liberté au équipe sur le terrain d'agir. Dans un groupe intégré aucune décision n'est prise sans avoir eu recours à quatre cinq voir plus interlocuteurs, Je ne vous parlerais pas de référencement locaux il faudrait quelques fois des mois, même s'il essaye de lâcher un peu mais c'est lourd est les équipes sur le terrain ne sont pas formées pour gérer un rayon hormis la démarque connue est les centrales d'achats et les acheteurs ne souhaitent rien lâcher.

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