Les gérants d'officines réclament le droit de pouvoir communiquer et de faire de la publicité afin de promouvoir de nouveaux services et compenser ainsi l'essoufflement de leurs ventes de médicaments. Ils s'appuient sur une étude d'Asteres évoquant plus de 1 milliard d'euros d'économies annuelles potentielles générée par l'amélioration de l'observance et du suivi des patients.
Ne plus être vus comme de simples vendeurs de médicaments. Tel est le credo actuel des pharmaciens. Ces derniers cherchent à promouvoir les activités de services pour attirer plus de personnes et trouver un nouveau relai de croissance. Et selon ces derniers, cela ne sera pas possible s'ils n'obtiennent pas le droit de communiquer ou de faire de la publicité en s'adressant directement aux patients.
Selon l'étude, ouvrir aux pharmacies d'officines la possibilité de communiquer et de faire de la publicité permettrait de réaliser des économies allant jusqu'à 1,3 milliard d'euros par an "a minima" sur les coûts du diabète (850 millions d'euros d'économies, estime Asteres), de l'hypertension et grâce à l'amélioration de l'observance (les traitements mal suivis coûtent 9 milliards de dollars par an à la France), notamment. Le rapport estime ainsi qu'une telle dérégulation améliorerait l'observance des patients, leur suivi et les inciterait à consulter de manière "préventive".
Pour parvenir à de telles estimations, l'étude a imaginé ce que pourraient être les économies générées en France si l'ouverture à la communication et la publicité atteignaient le degré d'efficacité de celle en vigueur dans plusieurs pays étrangers. Une analyse économétrique portant sur 14 pays, sur dix ans. "Si l'on ouvre le robinet de la communication dans l'Hexagone, il faudra compter 4-5 ans pour en arriver à une telle somme", assure à La Tribune Lucien Bennatan, patron du groupement d'officines PHR.
L'étude n'évalue pas les retombées économiques pour les pharmacies d'officines seules, mais il est évident que ces dernières s'y intéressent particulièrement, étant données qu'elles font face à une baisse de leurs marges, à la concurrence des sites et des parapharmacies.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
"Notre objectif est d'amener plus de patients dans nos pharmacies, pas par hasard ou parce que nous sommes juste au coin de la rue, mais pour notre expertise en matière de santé et en raison des services que nous sommes en mesure de leur offrir", avance à La Tribune Frank Grosse-Natrop, Pdg de PhoenixPharma.
Nouveaux services, nouvelles missions pour valoriser l'activité
Avec la possibilité de "mener des campagnes de prévention ou de promotion de la santé publique, communiquer sur les prestations, missions et activités, destinées à favoriser l'amélioration ou le maintien de l'état de santé des personnes".
"La pharmacie devrait être premier centre de santé, de soin de premier recours pour aider à l'acceptation du traitement. Il y a un rôle fondamental que pourrait jouer le pharmacien", commente Lucien Bennatan.
Ces propositions donnant la possibilité aux pharmaciens de communiquer ont été transmises au ministère de la Santé. Interrogé sur un potentiel agenda du rejet ou non de ces propositions, ce dernier n'a pas encore répondu à nos sollicitations.
Des dérives commerciales à craindre? L'éthique en question
Assigné par l'Ordre lui-même, le groupe PHR avait été condamné pour une compagne de communication menée en 2009 pour vanter les services rendus par ses pharmacies. La cour d'appel de Versailles avait jugé que ces messages étaient publicitaires vantant la qualité des officines du réseau indirectement dévalorisants pour les autres pharmacies. PHR avait été également épinglé pour des cartes de fidélité destinées aux produits de parapharmacie.
Les pharmaciens promettent de ne pas aller trop loin
Les pharmaciens promettent de pas vouloir aller trop loin. "Comparé à d'autres pays européens, ce changement se ferait seulement à petit pas en France", fait valoir le patron de Phoenix Pharma.
Lucien Bennatan assure quant à lui que "l'objectif est avant tout de communiquer sur les services" et non pas les produits. Néanmoins ce dernier veut mettre en avant les particularités de chaque groupement (e-santé, suivi des maladies chroniques,...).