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Entreprises & FinanceDistribution

Les pharmaciens réclament le droit de faire de la publicité

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 21 octobre 2016 à 14:51 - Mis à jour le 21 octobre 2016 à 17:08

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Les gérants d'officines réclament le droit de pouvoir communiquer et de faire de la publicité afin de promouvoir de nouveaux services et compenser ainsi l'essoufflement de leurs ventes de médicaments. Ils s'appuient sur une étude d'Asteres évoquant plus de 1 milliard d'euros d'économies annuelles potentielles générée par l'amélioration de l'observance et du suivi des patients.

Ne plus être vus comme de simples vendeurs de médicaments. Tel est le credo actuel des pharmaciens. Ces derniers cherchent à promouvoir les activités de services pour attirer plus de personnes et trouver un nouveau relai de croissance. Et selon ces derniers, cela ne sera pas possible s'ils n'obtiennent pas le droit de communiquer ou de faire de la publicité en s'adressant directement aux patients.

Plusieurs groupements d'officines sont commanditaires d'une étude réalisée par Asteres et Rinzen Conseil sur le sujet, à laquelle La Tribune a eu accès.

Aider la Sécu à faire des économies

Selon l'étude, ouvrir aux pharmacies d'officines la possibilité de communiquer et de faire de la publicité permettrait de réaliser des économies allant jusqu'à 1,3 milliard d'euros par an "a minima" sur les coûts du diabète (850 millions d'euros d'économies, estime Asteres), de l'hypertension et grâce à l'amélioration de l'observance (les traitements mal suivis coûtent 9 milliards de dollars par an à la France), notamment. Le rapport estime ainsi qu'une telle dérégulation améliorerait l'observance des patients, leur suivi et les inciterait à consulter de manière "préventive".

Pour parvenir à de telles estimations, l'étude a imaginé ce que pourraient être les économies générées en France si l'ouverture à la communication et la publicité atteignaient le degré d'efficacité de celle en vigueur dans plusieurs pays étrangers. Une analyse économétrique portant sur 14 pays, sur dix ans. "Si l'on ouvre le robinet de la communication dans l'Hexagone, il faudra compter 4-5 ans pour en arriver à une telle somme", assure à La Tribune Lucien Bennatan, patron du groupement d'officines PHR.

L'étude n'évalue pas les retombées économiques pour les pharmacies d'officines seules, mais il est évident que ces dernières s'y intéressent particulièrement, étant données qu'elles font face à une baisse de leurs marges, à la concurrence des sites et des parapharmacies.

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"Notre objectif est d'amener plus de patients dans nos pharmacies, pas par hasard ou parce que nous sommes juste au coin de la rue, mais pour notre expertise en matière de santé et en raison des services que nous sommes en mesure de leur offrir", avance à La Tribune Frank Grosse-Natrop, Pdg de PhoenixPharma.

Nouveaux services, nouvelles missions pour valoriser l'activité

Depuis la loi HPST 2009, les pharmaciens peuvent offrir de nouveaux services comme "contribuer aux soins de premier recours définis", "participer à l'éducation thérapeutique et aux actions d'accompagnement de patients " ou encore "proposer des conseils et prestations destinés à favoriser l'amélioration ou le maintien de l'état de santé des personnes". Mardi 18 octobre, une étape supplémentaire a été franchie: les députés ont autorisé les vaccinations anti-grippe par les pharmaciens à titre expérimental.

L'impossibilité de communiquer directement en direction du patient, ou de faire de la publicité, pourrait ne plus durer longtemps. L'Ordre national des pharmaciens, autrefois réticent à l'ouverture de cette pratique, avait assoupli sa position fin 2015, évoquant la nécessité de s'adapter à l'apparition de nouvelles missions pour les pharmaciens avec la loi HPST de 2009. "Il est légitime de s'interroger sur les moyens mis actuellement à la disposition des pharmaciens pour valoriser leur activité et la faire mieux connaître aux patients, pour rester concurrentiels."

L'Ordre des pharmaciens propose de nouvelles règles au ministère

Et en septembre 2016, la position de l'Ordre a nettement changé. "Nous avons voulu actualiser certaines règles pour permettre à tout pharmacien qui le souhaite de mieux utiliser, dans un cadre défini, les outils à sa disposition pour renforcer le lien qu'il entretient avec ses patients."

Avec la possibilité de "mener des campagnes de prévention ou de promotion de la santé publique, communiquer sur les prestations, missions et activités, destinées à favoriser l'amélioration ou le maintien de l'état de santé des personnes".

"La pharmacie devrait être premier centre de santé, de soin de premier recours pour aider à l'acceptation du traitement. Il y a un rôle fondamental que pourrait jouer le pharmacien", commente Lucien Bennatan.

Ces propositions donnant la possibilité aux pharmaciens de communiquer ont été transmises au ministère de la Santé. Interrogé sur un potentiel agenda du rejet ou non de ces propositions, ce dernier n'a pas encore répondu à nos sollicitations.

Des dérives commerciales à craindre? L'éthique en question

Reste les risques de problèmes d'éthique. Si les pharmaciens ne peuvent communiquer ou faire de la publicité, c'est pour éviter les dérives commerciales par exemple, et parce qu'"ils doivent concilier leur activité avec les impératifs de protection de la santé publique", rappelait l'Ordre national des pharmaciens en juin 2015.

Assigné par l'Ordre lui-même, le groupe PHR avait été condamné pour une compagne de communication menée en 2009 pour vanter les services rendus par ses pharmacies.  La cour d'appel de Versailles avait jugé que ces messages étaient publicitaires vantant la qualité des officines du réseau indirectement dévalorisants pour les autres pharmacies. PHR avait été également épinglé pour des cartes de fidélité destinées aux produits de parapharmacie.

Les pharmaciens promettent de ne pas aller trop loin

Les pharmaciens promettent de pas vouloir aller trop loin. "Comparé à d'autres pays européens, ce changement se ferait seulement à petit pas en France", fait valoir le patron de Phoenix Pharma.

Au Royaume-Uni par exemple, "il n'existe pas réellement de règles particulières pour la publicité de l'officine, qui est autorisée jusque dans les cabinets médicaux". Ou encore, aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande, le secteur est totalement déréglementé. La communication et la publicité par les groupements sont autorisées quels que soient les produits et les services.

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Lucien Bennatan assure quant à lui que "l'objectif est avant tout de communiquer sur les services" et non pas les produits. Néanmoins ce dernier veut mettre en avant les particularités de chaque groupement (e-santé, suivi des maladies chroniques,...).

Jean-Yves Paillé

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