Nouvelle vague de franchises chez Carrefour : le conflit social s'exacerbe
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Trente-neuf magasins Carrefour, dans lesquels travaillent près de 4.300 salariés, pourraient sortir du groupe.
Eric Gaillard
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Trente-neuf magasins Carrefour, dans lesquels travaillent près de 4.300 salariés, pourraient sortir du groupe.
Eric Gaillard
Le recours à la franchise s'étend chez Carrefour... au grand dam des syndicats. Le distributeur leur a annoncé prévoir de céder la gestion d'une quarantaine d'hypermarchés et supermarchés en 2025, dans lesquels travaillent près de 4.300 salariés. Une décision immédiatement contestée par la CFDT qui a indiqué avoir « décidé d'assigner dans les jours qui viennent Carrefour en référé », dans le but d'« empêcher toute nouvelle cession de magasin ». « La CFDT a une fois de plus quitté le champ du dialogue social pour privilégier celui de la judiciarisation », a réagi Carrefour dans un communiqué transmis à l'AFP.
Car le syndicat n'en est pas à sa première action en justice. En mars dernier, il avait déjà assigné Carrefour sur le même sujet, assimilant le passage massif de magasins en franchise et location-gérance à un « plan de restructuration déguisé ». « Nous demandons au juge de suspendre la cession des magasins annoncée aujourd'hui par l'entreprise, dans l'attente du jugement dans la procédure au fond d'ores et déjà engagée par la CFDT » en mars, a ainsi indiqué, ce vendredi 10 janvier, la CFDT.
Concernant cette procédure, « le juge a ordonné une médiation, dont le contenu est confidentiel et qui a pris fin le 26 décembre sur un constat d'échec », indique Sylvain Macé, secrétaire national chargé de la grande distribution à la CFDT services.
De son côté, le distributeur dit faire « confiance au juge des référés pour ne pas remettre en cause une décision qui a pour seul effet d'éviter la fermeture des magasins concernés, et par là même de sauver les emplois de leurs salariés ». Et de regretter que, « afin de poursuivre dans cette voie contentieuse, la CFDT a rejeté les propositions formulées par la direction », lors de la médiation.
« Depuis 2018, la location-gérance a prouvé sa capacité à redresser la performance de magasins fortement déficitaires », fait valoir la direction du groupe, affirmant qu'aucun hypermarché Carrefour n'a fermé depuis cette date. « Nous poursuivrons en 2025 le rythme du passage en location-gérance de magasins que nous ne parvenons pas à redresser dans un mode de gestion intégré », ajoute-t-elle.
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Carrefour a, en effet, multiplié ces dernières années le passage de magasins en franchise et location-gérance. Le nombre - 39 - de magasins susceptibles de basculer en 2025 est d'ailleurs dans la droite ligne des précédentes années, après 37 magasins dont 16 hypermarchés en 2024 (41 magasins dont 16 hypermarchés en 2023, 43 magasins dont 16 hypermarchés en 2022, 47 magasins dont 10 hypermarchés en 2021).
Au total depuis l'arrivée d'Alexandre Bompard à la tête du groupe, ce sont « 344 magasins (95 hypers et 249 supermarchés) qui ont ainsi été cédés à des repreneurs et plus de 27.000 salariés qui sont sortis des effectifs » de Carrefour, selon les estimations de la CFDT. Par ailleurs, la direction de Carrefour ne donne pas plus d'informations sur le nombre de salariés directs du groupe en France.
Il existe deux types de franchise : la franchise simple et la location-gérance. Cette dernière diffère par le fait que le gérant n'est pas propriétaire du fonds de commerce. Néanmoins, dans les deux cas, le distributeur externalise quasiment tous ses coûts - dont le paiement des salaires - et gagne de l'argent par deux mécanismes : en prenant une marge sur la marchandise vendue aux magasins, ainsi qu'en percevant des cotisations et, pour la location-gérance, un loyer pour le fonds de commerce. En outre, le commerçant s'approvisionne généralement en grande majorité auprès de la centrale d'achat du distributeur.
Le passage des magasins en franchise ou location-gérance permet aussi à Carrefour de sortir de ses comptes des magasins à la santé financière parfois fragile, retrouvant de la marge de manœuvre pour investir ou pour rémunérer ses actionnaires en dividendes et rachats d'actions.
Or, pour la CFDT, c'est en réalité un « plan de restructuration déguisé » que mène Carrefour. De son côté, la CGT a réagi ce vendredi en dénonçant un « carnage ». Car les syndicats déplorent que les salariés perdent, après une période de transition, tout ou partie de leurs avantages sociaux en rejoignant de plus petites entités juridiques.
La CFDT n'est pas la seule à saisir la justice. Une association de franchisés a également assigné Carrefour devant le tribunal judiciaire de Rennes. En outre, en juillet dernier, c'est le ministère de l'Économie qui s'est penché sur la cession de la gestion de magasins par Carrefour, accusant ce dernier d'entretenir vis-à-vis de ses partenaires franchisés des « pratiques restrictives de concurrence », qui « consistent très concrètement à asphyxier les franchisés en usant d'une position de force », selon les conclusions d'intervention volontaire des services du ministère.
Bercy a ainsi estimé que « de telles pratiques sont contraires à l'ordre public économique et justifient que soit prononcée une amende civile » d'un montant de 200 millions d'euros. Le ministère a également demandé au tribunal de prononcer la nullité de plusieurs clauses contractuelles.
Autant de critiques qui pèsent sur un système pourtant essentiel dans la stratégie du distributeur. Fin 2023, 72% de ses magasins dans les 8 pays où le groupe opère étaient en franchise. Un chiffre qui grimpe à 97,2% pour les magasins de proximité en France métropolitaine, 76,6% pour les supermarchés et 35,9% pour les hypermarchés. En outre, la franchise a généré 90% de ses ouvertures de magasins en Europe depuis 2018.
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Les magasins Carrefour concernés
Parmi les plus gros magasins Carrefour concernés par cette nouvelle vague de cessions, figurent ceux de Berck (Pas-de-Calais), Evreux (Eure), L'Isle-d'Abeau (Isère), Salaise-sur-Sanne (Isère), Etampes (Essonne), Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Montigny-les-Cormeilles (Val d'Oise), Orange (Vaucluse), Nice TNL (Alpes-Maritimes), Trans-en-Provence (Var), Perpignan-Roussillon (Pyrénées-Orientales), Saint-Jean-de-Vedas (Hérault), Fougères (Ille-et-Vilaine), Bourges (Cher), Dijon Toison d'Or (Côte d'Or).
(Avec AFP)
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